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Société - 7 jours ago

Cameroun > Cardinal Christian Tumi: L’homme de conviction de A à Z

L’archevêque  émérite de Douala est décédé le 03 avril 2021 à Douala, veille de célébration de la fête de pâques, des suites de maladie à un peu plus de 90 ans, plongeant de nombreux Camerounais et admirateurs dans la tristesse.

Au delà d’être le 01er et jusqu’à présent l’unique Cardinal de l’église catholique romaine au Cameroun, ce qui fait de lui la figure la plus emblématique qu’a connu cette chapelle religieuse dans le pays, Christian Tumi était assurément la plus grande autorité morale du Cameroun.

C’est un statut qu’il a su construire tout au long de son existence en défendant avec courage et détermination ses convictions dans un environnement sociopolitique qui lui a souvent été hostile.Ce sont à la vérité les opinions politiques du prélat qui lui ont parfois valu des ennuis avec les autorités. Car de Ahidjo à Biya, il a généralement été très critique vis-à-vis du pouvoir.

Christian WiyghansaÏ Shaaghan  Cardinal Tumi est né le 15 octobre 1930 à Kikaikelaki, un  village de l’Arrondissement de Kumbo ,Département du Bui dans la Région du Nord-Ouest. WiyghansaÏ Shaaghan   signifie d’après une traduction littérale en anglais : « a passing visitor in this world », « un visiteur de passage sur la terre. » Il voit en effet le jour au moment où une terrible épidémie fait beaucoup de victimes infantiles dans son village.

Il fera ensuite des études notamment dans des séminaires qui le conduiront même à Ibadan et Enugu au Nigéria et en France. De retour au Cameroun en 1973, où il a été ordonné prêtre le  17 avril 1966, il est nommé Recteur , fondateur du grand séminaire Saint Thomas d’Aquin des diocèses de Buéa et Bamenda.Il est en plus chargé par Monseigneur Paul Verdzekov alors archevêque de Bamenda, de fonder un groupe œcuménique d’hommes et de femmes qui ont fait des études universitaires avec pour mission, d’analyser des événements sociopolitiques du Cameroun à la lumière de l’évangile du Christ.

La première sortie de ce groupe dénommé : « Christian Study Group » en 1977 au moyen d’une lettre pastorale sur la lutte contre la corruption au Cameroun, lui crée ses premiers ennuis. Christian Tumi est convoqué par le Gouverneur de la province du Nord-Ouest, David Abouem  à Tchoyi, qui lui signifie que Yaoundé était déjà au courant des « agissements » de leur groupe et qu’il a reçu les instructions de son Ministre lui demandant de les mettre aux arrêts. Mais il ne le fera pas.Le Président Ahmadou Ahidjo pour affaiblir ce groupe, fera de Solomon Nfor Ngwei, l’un de ses membres, un Ministre dans son gouvernement. Et Christian Tumi sera nommé évêque à Yagoua et ordonné en personne par le Pape Jean-Paul II le 06 janvier 1980.

Il sera par la suite nommé  archevêque coadjuteur, puis archevêque de Garoua respectivement  le 19 novembre 1982 et le 17 mars 1984. C’est pendant sa présence à la tête du diocèse de Garoua qu’il est fait Cardinal et consacré au Vatican le 28 juin 1988.

Son séjour dans le Grand Nord est considéré par certains comme relevant des « affectations disciplinaires » ; même si là bas, il a aussi des problèmes avec des Gouverneurs  notamment parce qu’il s’oppose à l’islamisation forcée des chrétiens.

L’un des gouverneurs lui demandera même de présenter des excuses publiques à l’administration. Dans sa réponse, il demandera plutôt que l’Etat adresse des félicitations à l’église catholique romaine pour ses bienfaits dans cette partie du pays.

Avec le régime du Président Paul Biya, celui qui l’a le  plus persécuté selon ce qu’il nous a confié dans une interview en avril 2007, les  choses seront encore plus difficiles surtout lorsque celui qui était devenu archevêque de Douala  du 31 août 1991 au 17 novembre 2009, date de son départ à la retraite, rompt le silence pour notamment évoquer des élections, qui selon lui ne sont pas crédibles parce qu’elles sont organisées de manière non transparente au Cameroun. Ses déclarations  sur les violations des droits de l’homme, ses critiques du commandement opérationnel   ayant notamment accouché l’ « affaire des neuf (09) disparus de Bépenda » lui valent aussi des inimitiés du régime qui tente même d’empêcher l’ouverture de la radio Véritas de l’archidiocèse de Douala.

Le Cardinal Christian Tumi a souvent indiqué que lui et plusieurs de ses proches ont souvent reçu de sérieuses menaces de mort provenant des acteurs du régime  du fait  simplement de l’expression publique de leurs opinions.

Il en parle d’ailleurs dans son livre « Les deux régimes politiques d’Ahmadou Ahidjo, de Paul Biya et Christian Tumi, Prêtre (Eclairage).» Cet ouvrage  publié en 2006 par l’imprimerie Macacos de l’archidiocèse de Douala apparaît comme une partie de ses mémoires. Il y déclare avoir atteint son ambition dans la vie  qui est : « le service du Christ dans  son église, comme prêtre et évêque.»

l croît «avoir eu plus d’influence sur les cœurs des gens qu’un Président de la République sur ces concitoyens», en référence aux ambitions présidentielles qui  lui ont souvent été prêtées. Sur ce point, le Cardinal Christian Tumi a toujours soutenu n’avoir jamais eu l’ambition de diriger le Cameroun. Ces dernières années; il s s’est beaucoup investi malheureusement sans succès, pour la résolution de la grave crise qui secoue les Régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis octobre 2016. Le plus bel hommage qu’on pourrait lui rendre, serait de résoudre de manière définitive cette crise.

Eric Boniface Tchouakeu

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