LA UNE Médias panorama 17 mai 2020 (0) (979)

Cameroun > Charles Atangana Manda: Accusé de tribalisme, il s’excuse

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C’est en direction des internautes que le collaborateur de René Emmanuel Sadi présente ses excuses. C’est du basic. Personne n’est dupe sur ce qui tourmente Charles Atangana Manda.

C’est la lettre de la Directrice de Rfi écrite directement au ministre de la Communication, en réplique à sa « communication technique » avec ses deux confrères, de la Direction Afrique de la radio mondiale.

C’est à coup sûr en lisant la lettre de Cécile Mégie abondamment relayée sur la toile que celui qui est le Directeur de l’Observatoire des médias et de l’opinion publique au Mincom, s’est rendu compte de la dimension volatile que prenait la suite de ses échanges informelles, sur Whatsapp pour reprendre ses termes, avec Christopher Boisbouvier et Laurent Correau, de la Direction Afrique de Rfi. Il contrattaque, avec le sentiment d’être trahi par les journalistes de Rfi. Le mal est fait. Il est entre le feu de sa hiérarchie et l’enclume de Rfi.

« Donc, je présente mes excuses. Sur le fait que j’ai été mal compris, il y a eu une mauvaise interprétation, aucune connotation tribale, parce que pour moi, je ne sais pas qui est Ewondo, qui est Bamiléké », lance-t-il pour se dédouaner de l’accusation « proximité sociologique », expression utilisée dans ses échanges avec les journalistes de Rfi, qui écume désormais sur les réseaux sociaux. Il va plus loin en proposant l’arbre de paix à Alain Foka. Ce n’est pas vain de le faire car la Directrice de cette radio s’est offusquée de l’offense faite à son journaliste à qui elle renouvelle sur le coup toute sa confiance.

Un désaveu des prétentions camerounaises, en somme. « J’envoie à Alain Foka l’arbre de la paix du trône où je suis assis. Je suis même prêt à faire d’Alain Foka, un notable de ma chefferie », confesse-t-il. « Je voudrai avoir l’humilité de faire amende honorable pour dire que je le regrette. Quand on est dans le champ de l’action à aucun moment je n’ai voulu assimiler…, d’ailleurs M. Foka, autant que je sache…, J’ai même personnellement toujours…, Je n’ai aucun problème avec M. Foka. Donc sur l’échelle des valeurs, j’ai voulu tout relativiser. Je fais donc amende honorable à tous les internautes de comprendre que c’est un citoyen républicain, un technicien de l’Etat, un expert de la République, qui a fait son travail sous une posture paradigmatique, essentiellement scientifique, sous le prisme de la sémiotique des médias. Mes patrons vous le diront, chaque fois que je fais une analyse, il y a toujours une connotation scientifique », enchaîne-t-il pour laver l’opprobre qui le couvre sur la toile.

A l’égard de sa hiérarchie
Charles Atangana Manda le sait, il doit s’expliquer sur les tenants et les aboutissants de la lettre envoyée par Rfi à Sadi. « Je fais cette note, cela s’appelle dans notre jargon, une note technique. Message whatsapp qui n’engage l’administration en rien. Tous ceux qui ont fait des études en matière d’administration, en technique administrative, le savent.

Un journaliste n’avance pas masqué tout comme un haut cadre administratif n’avance pas masqué », argue-t-il. C’est au nom du ministre de la communication qu’il s’est adressé aux journalistes de Rfi. Sur cette base, ils ont pu se référer à leur hiérarchie puisque le journaliste camerounais précise dans sa communication informelle que c’est au nom du ministre. A-t-il été naïf sur le coup ? De toute évidence, il ne pouvait s’imaginer que son entretien avec « ses confrères » serait versé sur la place publique. Il va donc, si le ministre ne lui avait expressément donné l’ordre de poser le problème en y associant l’ingrédient tribal ou « proximité sociologique », devoir affronter les rigueurs de son ministre qui répugne par-dessus tout, les puérilités.

En ce moment précis où le tribalisme gangrène la société camerounaise, particulièrement sur les réseaux sociaux, voici que sa hideuse facette politique est exposée à l’international, suscitant l’ire et la désapprobation totales des journalistes français. C’est dans ce bourbier que le ministre se retrouve propulsé, tenu d’assumer avec toute la délicatesse les impairs de ses collaborateurs dans un monde aussi fugace et versatile que celui de la communication. « Techniquement, c’est quand nous avons fini avec des investigations que nous remontons des informations à la hiérarchie, c’est à ce moment que nous faisons une note au ministre de la communication quand nous sentons que nous sommes prêts pour appeler la haute attention de qui de droit », s’explique-t-il. Un avant-propos en direction de « qui de droit ».

Tribalisme ou Proximité sociologique
Atangana Manda explique-t-il l’inexplicable ? En lisant les termes de la patronne de Rfi, face à ceux tenus par le collaborateur du Mincom, on franchit le pas de l’affirmative. « Le ministre de la Communication du Cameroun me charge par la présente de prendre langue avec vous pour me rassurer que vous suivez attentivement, depuis quelques semaines, les émissions présentées par Mr Foka, Camerounais d’origine, et dont l’approche et la proximité sociologique d’avec un acteur politique de l’opposition mérite plus que jamais un regard attentif des responsables de Rfi », avait-il sollicité entre autres des responsables de Rfi au nom du ministre.

La réponse venue de Paris, tout un recadrage, ajoute de l’envergure à la conviction des propos saupoudrés de tribalisme de Charles Atangan Manda. « Nous ne saurions accepter les sous-entendus à caractère ethnique contre l’un de nos collaborateurs, tels que ceux qui ont pu être proférés dans un premier message qui nous a été adressé le lundi 11 mai », a-t-elle assené dans sa lettre au Mincom. L’accusé se défend, en étalant les différentes proximités. « Nous sommes des experts, nous utilisons un langage analytique.

Nous en sommes au regret qu’il y a eu une interprétation mal orientée sur ce groupe de mots, qui est un groupe de mots simplement en situation de relation presse. Quand je parle de proximité sociologique, je voudrai dire que dans l’échelle en sémiotique des médias, parce qu’on va dans l’administration avec une certaine expertise, vous avez la proximité affective qui est plus forte ; vous avez la proximité idéologique, vous avez la proximité professionnelle. C’est-à-dire que dans l’échelle d’appréciation au plan scientifique, la proximité sociologique est la plus simple et la plus banale qui n’engage personne en quoi que ce soit », ajoute l’expert en communication. En clair, il signifie que le tribalisme n’est pas son dada. « Je suis Charles Atangana Manda, je n’ai jamais été tribaliste, je ne serai jamais tribaliste, je ne suis pas tribaliste. Je suis un expert de technique qui a investigué. J’investigue tous les jours sur les médias.

A l’heure qu’il est, le ministre de la communication n’a pas encore une seule note sur mes investigations concernant cet aspect des choses. Evidemment quand des gens organisent des émissions télévisées, vous voyez qu’elles sont à charge », se plaint-il en pensant ou en faisant allusion à chaîne bleue de Douala qu’il a brocantée tout au long de sa communication. « Il y a eu hier une émission dans une chaîne de télévision à Douala, Equinoxe où on m’a traité de tribaliste. J’espère qu’on va y arriver», s’est-il offusqué. Charles Atanga Manda, tribaliste ? La question reste et demeure toute entière.

Léopold Dassi Ndjindjou


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