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Société - Une - 25 janvier 2021

Cameroun > Chefferie traditionnelle: L’urgence des réformes

Le 20 janvier 2021, le Ministre de l’Administration Territoriale au cours d’une rencontre tenue dans les services du Gouverneur de l’Ouest dans la vile de Bafoussam avec des Chefs traditionnels de la Région

Paul Atanga Nji s’est insurgé contre une déclaration signée le 19 novembre 2020 par des membres du Conseil des Chefs Traditionnels de l’Ouest.
Dans ce document, des Chefs ressortissants de sept (07) des huit (08) Département de l’Ouest, excepté le Noun, se sont prononcés sur la situation sociopolitique du Cameroun en préconisant des solutions jusqu’à présent non explorées par le régime en place ; comme des négociations directes entre le pouvoir et les groupes séparatistes sous l’égide d’un médiateur pour mettre fin à la crise dans les Régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ;ou encore la réforme concertée des lois électorales en vue d’une transition pacifique.
Ce qui n’est pas du goût du Ministre Paul Atanga Nji qui estime que les Chefs sont sortis de leur rôle.

La veille de la rencontre avec le Ministre, précisément le 19 janvier 2021, le Préfet du département des Hauts Plateaux, Oumanou Yampen a adressé un courrier au Chef de 2ème degré du groupement Bamendjou, Jean Rameau Sokoudjou, portant « deuxième mise en garde »,en lui signifiant qu’il continue depuis un certain temps à agir en marge des textes en vigueur

« au travers des propos de nature à mettre en péril la stabilité des institutions républicaines et la légitimité de celui qui les incarne. »

Pour le Préfet, les récentes prises de parole du Chef Sokoudjou contre le pouvoir, sont de nature à « inciter les populations à la révolte et à l’insurrection.»

Aussi le prévient-il que :

« toute nouvelle sortie cybernétique ou médiatique intempestive » de sa part, au mépris du respect de l’Etat de droit et des institutions de la République, l’exposera à la rigueur de la loi”.

Le 20 juillet 2020,le Préfet avait déjà adressé une correspondance portant première mise en garde au Chef SoKoudjou, après que ce dernier a reçu dans sa chefferie le 18 juillet, des opposants politiques et acteurs de la société civile sans avoir au préalable, informer les autorités ,selon leur interprétation de la loi sur les réunions et manifestations publiques du 19 décembre 1990.

Depuis, la deuxième mise en garde du Préfet au souverain de Bamendjou alimente des polémiques au sein de l’opinion. D’ailleurs, certains en guise de soutien à Jean Rameau Sokoudjou et dans l’optique de défendre les libertés constitutionnelles d’expression et d’opinion du Chef traditionnel, annoncent un « pèlerinage à la chefferie Bamendjou le 30 janvier 2021. »

Dans le Département du Noun, le leader de l’Union Démocratique du Cameroun (UDC), Patricia Tomaino Ndam Njoya, par ailleurs maire de la commune de Foumban, dénonce régulièrement le comportement du Sultant Roi des Bamoun, le Sénateur Ibrahim,Mbombo Njoya qui est aussi le Chef de la délégation régionale permanente de l’Ouest du comité central du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc) au pouvoir.

Dans une déclaration publiée le 22 janvier 2021, l’Udc condamne notamment et «fortement la tendance monarchique qui reprend corps dans le Département du Noun », en citant en exemple le cas de la réfection de la porte d’entrée de Foumban, source de vives tensions entre la mairie et le sultanat.

Dans la Région du Nord, des batailles sont permanentes entre d’un côté, le lamido de Rey Bouba, Aboubakary Abdoulaye, actuel 1er Vice-Président du Sénat et patron du RDPC dans la Région et de l’autre côté, les militants de l’Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (Undp) qui ont comme figure de proue, Célestin Yandal, maire de la commune de Touboro.

Ce dernier se bât notamment pour la reconnaissance et la préservation de la culture des autres communautés du Département presque asservies depuis plusieurs siècles par la communauté qui occupe le lamidat et qui ne représente qu’environ 06% de la population totale du plus vaste Département du Cameroun.

Ces quelques faits, non moins significatifs, démontrent à suffire que le texte général, en l’occurrence le décret du 15 juillet 1977 qui organise les chefferies traditionnelles semble aujourd’hui obsolète.

Selon l’article 19 de ce décret : «Sur l’autorité du Ministre de l’Administration Territoriale, les Chefs traditionnels ont pour rôle de seconder les autorités administratives dans leur mission d’encadrement des populations.» L’interprétation ou la compréhension de cet article ne fait pas l’unanimité.

Éric Boniface Tchoukeu, Journaliste éditorialiste. Chef de Chaîne Radio Siantou. Conseiller Editorial et founding father panorama papers

C’est pourquoi, il faut avec lucidité affronter la réalité et opérer des réformes nécessaires pour adapter les chefferies traditionnelles, temples de préservation des cultures et des traditions locales, à l’évolution du temps; et en tenant compte des particularités de certaines entre elles.

L’aménagement d’un couloir de participation politique exclusivement dédié aux Chefs traditionnels à travers la mise en place des Régions, commande aussi des réformes de l’institution cheffale.

Eric Boniface Tchouakeu

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