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Société - Une - 25 janvier 2021

Cameroun > Chefferies indigènes, Chefferies traditionnelles: Modernité et développement durable

De
l’Arrêté colonial n°24 du 4 février 1933 fixant le statut des chefs indigènes
au
Décret présidentiel n°77/245 du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles
que faire

Quoiqu’il soit extrêmement difficile de réussir à se détacher du poids des représentations grammaticales héritées de la colonisation, il faut savoir que l’appellation Chefferie traditionnelle est aussi dévalorisante qu’infantilisante, et qu’il conviendrait, dès à présent, de trouver une autre appellation pour ces entités territoriales…

L’appellation Chefferie traditionnelle dans le Cameroun indépendant, est officialisée par le Président Ahmadou Ahidjo, qui a signé le Décret n°77/245 du 15 juillet 1977. Toutefois, il est vrai que cette appellation est moins péjorative que Chefferie indigène, qui a été officialisée par le Gouverneur colonial français, Paul Auguste François Bonnecarrère, qui a signé l’Arrêté n°24 du 4 février 1933 fixant le statut des chefs indigènes…

Il est important de rappeler qu’il y a 137 années, avant le début du partage de l’Afrique entre les Occidentaux, suite à la Conférence coloniale de Berlin en 1884, ce que nous appelons aujourd’hui “Chefferies traditionnelles” étaient des Micro-États, où les pouvoirs législatifs, religieux, exécutifs et judiciaires étaient concentrés entre les mains des Monarques, à l’exemple notable du Roi Nsangou, qui est le 16ème de la Dynastie Bamoun, et qui était sur le trône au moment où les Allemands ont commencé à Soumettre militairement les Micro-États qui ont fait partie du grand ensemble politique qui s’appelait Kamerun, et qui n’existe plus aujourd’hui, parce que l’Allemagne ayant perdu la première guerre mondiale, ses possessions coloniales lui ont été arrachées, et partagées entre les vainqueurs de ladite guerre…

À la suite de celui qui est considéré comme l’un des pionniers de la sociologie, à savoir Émile Durkheim, qui avait déjà compris que les règles de gestion de petites entités géographiques (solidarité mécanique, personnalisation des processus socio-politiques) comme l’étaient les Micro-États pré-coloniaux, sont radicalement différentes des règles de gestion de grandes entités géographiques (solidarité organique, impersonnalisation des processus socio-politiques) comme l’étaient devenus les États-Nations d’Europe, il faut savoir qu’au fil des siècles, les Micro-États pré-coloniaux auraient inexorablement évolué vers ce que sont aujourd’hui les États occidentaux, à savoir par exemple qu’au sein du Royaume Bamoun, le Roi n’aurait plus concentré entre ses mains le pouvoir législatif, religieux, exécutif et judiciaire, car ses prérogatives auraient été réduites uniquement au pouvoir exécutif, avec même l’éventualité que la dévolution du pouvoir exécutif n’obéisse plus au lignage de sang, mais plutôt au principe de la compétition démocratique…

Il s’agit donc de véritablement comprendre que, d’une part, concernant l’Afrique subsaharienne en général, la colonisation a brutalement accéléré la maturation socio-politique des Micro-États existant il y a 137 années, et d’autre part, concernant le Cameroun en particulier, les échauffourées entre le bouillant Ministre de l’Administration Territoriale et les Chefs traditionnels — qui viennent de recevoir un carton jaune dudit Ministre —, ne sont que le reflet de l’impossibilité de cohabitation pacifique entre des règles basées sur l’impersonnalisation des processus socio-politiques (État moderne) et des règles basées sur la personnalisation des processus socio-politiques (Micro-États pré-coloniaux)…

Dans la revue Africa développent du “Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique” du dernier trimestre de l’année 2000, Charles Nach Mback a publié un article intitulé La chefferie traditionnelle au Cameroun : ambiguïtés juridiques et dérives politiques, où il explique que contrairement au Cameroun qui a choisi de poursuivre l’effort d’intégration de la chefferie traditionnelle dans son organisation administrative, d’autres pays comme le Bénin, le Burkina Faso ou le Mali, ont plutôt opté pour une solution à la fois radicale et expéditive, EN éradiquant de l’organisation administrative les chefferies traditionnelles (page 3)…

…mais ce qui est véritablement intéressant, c’est qu’une idée sous-jacente se dessine magnifiquement par la suite, à savoir que LÀ où l’économie est demeurée primitive car ne reposant que sur l’agriculture, les chefferies traditionnelles ont continué, non seulement, de représenter une référence pour une bonne frange de la population, mais davantage, d’influencer les autorités politiques et administratives !

De là, on se rend bien compte qu’il existe un lien non négligeable entre d’une part, chefferie traditionnelle, économie primitive, personnalisation des processus socio-politiques et solidarité mécanique entre les membres d’une communauté, et d’autre part, organisation administrative moderne, économie développée, impersonnalisation des processus socio-politiques et solidarité organique entre les membres d’une communauté…

Cela étant, l’Afrique subsaharienne en général et le Cameroun en particulier sont drastiment écartelés entre le passé et l’avenir, entre l’idée affective d’essayer de faire revivre les Micro-États pré-coloniaux, et l’impératif de s’arrimer à l’inéluctable maturation socio-politique desdits Micro-États…

(é) L’épistémologue, Faustin Etouké

En conclusion, attendu que l’économie du Cameroun est encore assez primitive, puisque nous avons un grand nombre de compatriotes qui vivent dans la misère, n’ayant accès qu’aux techniques et moyens agricoles rudimentaires, l’intervention des chefferies traditionnelles dans le champ socio-politique est d’une nécessité vitale, et pour qu’une telle intervention devienne perceptible à l’effet de produire des résultats utiles pour le développement durable de notre pays, il faut procéder à un redécoupage administratif (arrondissements, préfectures, régions) au Cameroun, pour que les subdivisions administratives reflètent de manière plus homogène les diversités sociologiques camerounaises…

Faustin Etouké

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