Home Opinion Cameroun > Chronique > Ras-le-bol: La nudité des femmes comme mode de contestation
Opinion - Société - Une - 25 novembre 2020

Cameroun > Chronique > Ras-le-bol: La nudité des femmes comme mode de contestation

Le 21 novembre 2020, des femmes du Mouvement pour la renaissance du Cameroun(Mrc) ont exprimé leur ras-le-bol et ont battu le pavé. Histoire d’exiger la levée de l’assignation à résidence de fait de Maurice Kamto. Sous la férule de Mispa Awasum, présidente nationale des femmes du Mrc, aujourd’hui écrouée à la prison centrale de Yaoundé, vingt-et-une femme se sont massé et ont marché suivant l’itinéraire conduisant au domicile du président national du Mrc.

Interpellées et conduites, les unes, au commissariat central no1, et les autres, au commissariat du 3ème arrondissement de Nkomndongo, toutes ont été libérées dans la nuit du 21 novembre 2020. Au moment où les langues, proches de la défense de l’approche normative et dogmatique, se délient pour tirer à boulets rouges sur ces actrices politiques féminines du Mrc parce que ayant fait montre d’impudicité, une autre grille de lecture chère à l’approche compréhensive au sens weberienne table sur la perception de la nudité des femmes comme mode de contestation au Cameroun.

Dans l’Anthropologie culturelle de la malédiction et du fétichisme dans les sociétés africaines, le nudisme ciblé, loin de toute parade exhibitionniste et de toute propension à la séduction, est une projection de sortilège, d’envoûtement et de malchance. Lorsqu’une femme âgée se fâche contre un(e) cadet(te) social(e) dans un environnement déterminé au point d’être extrêmement ulcérée, elle est susceptible d’ôter son vêtement, très souvent, son pagne devant la personne concernée. Histoire de la couvrir d’opprobre, de discrédit et de malédiction.

Dans des villages, à l’époque, un pareil phénomène avait été expérimenté. Toute chose matérialisant la colère féminine. Il y a quelques années, dans la ville de Yaoundé, c’est l’ancien Délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé qui avait subi une forme de violence symbolique face aux femmes vendeuses et revendeuses du marché de Mvog Atangana Mballa.

En effet, exaspérées par les casses urbaines de Jack Boer, l’ancien magistrat de la capitale métropolitaine avait diligenté ses lieutenants pour démolir les petits et grands commerces des entrepreneurs économiques, dont certains étaient à l’origine du désordre urbain.

Le jour où Gilbert Tsimi Evouna et ses « soldats » se sont pointés, des femmes « buyam and sellam » vêtues, toutes, des « Kaba ngondo » et massées aux abords des rues de Mvogmbi ont, tout simplement, soulevé leurs pagnes. Question de montrer leur nudité à cet ancien gestionnaire de la métropole politique. Tous ahuris, Tsimi Evouna et ses agents ont compris le ras-le-bol de ces dernières et ont rebroussé chemin stoppant ainsi toute entreprise de casse. Jusqu’à ce jour, personne n’est revenu procéder à la démolition de ces commerces, source de désordre urbain.

Pour les amazones du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), il s’agit d’une ultime forme de contestation politique, laquelle excède les réquisitions morales de la pudeur publique pour investir les structures de sens de l’indignation démocratique, de la scandalisation de la gouvernance et de la dramatisation de l’ordre gouvernant, du régime des libertés publiques et des droits de manifestation au Cameroun.

L’approche stratégique de cette « sexocratie revendicative « (Siméon Roland Ekodo Mveng) et de cette « pornocratie libérale » vise non seulement à déverrouiller l’espace public des mobilisations collectives au moyen d’une arme non-conventionnelle (le sexe).

Mais aussi, de par sa cristallisation médiatique à l’heure des techno médias (réseaux sociaux), cette modalité de la contestation a pour enjeu de provoquer une onde de choc para diplomatique dans les centres décisifs de commandement des anciennes colonies dans un contexte international marqué par la montée en puissance du féminisme radical.

Des amazones du Social démocratic front(Sdf), les Takumbeng en l’occurrence, avaient, en 1992, produit un mouvement plus prescriptif et massif dans le dessein d’exiger la levée de l’assignation à résidence surveillée du Chairman Ni John Fru Ndi durant la période de contestation post-présidentielle de l’ordre gouvernant.

Serge Aimé Bikoi, Journaliste. Rédacteur en chef panorama papers. Sociologue du développement.

Quelques jours après, le pouvoir en place avait cédé à cette revendication du mouvement des femmes radicales et avait décompressé la machine autoritaire. Une modalité organisationnelle féministe d’une telle ampleur, trente ans après, n’a plus eu droit de cité et incline à revisiter les ressorts officiel et officieux des mouvements de contestation et de protestation collective féministe au Cameroun.

Serge Aimé Bikoi, journaliste et Sociologue du développement.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Check Also

Etats-Unis > Portrait: Retour sur le parcours de Joe Biden, 46e président des Etats-Unis

Une page se tourne aux Etats-Unis. Le président élu Joe Biden et sa vice-présidente Kamala…