Opinion Société panorama 21 octobre 2020 (0) (152)

Cameroun > Délinquance: Du phénomène des “microbes” à Douala

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Qui sont réellement “les microbes” à Douala? Ce phénomène social s’intègre, de manière progressive, voire de façon brutale, dans la capitale économique.

En début octobre 2020, les quartiers “Ndokoti”, “Ange Raphaël”, “New Bell” et “Deido” ont été les cibles des jeunes armés de couteaux, machettes et gourdins.

Ces derniers pillent, agressent, volent et sèment la terreur au grand malheur des populations locales. Difficile de construire une identité précise des jeunes qui se recrutent au milieu des “microbes” de Douala. Si en Côte d’Ivoire, ils sont nés de la crise post-électorale de 2010 qui en a résulté, au Cameroun, il n’existe pas de guerre civile, mais fort au contraire des formes de violences urbaines hétérogènes perpétuées par des jeunes, dont l’âge varie entre 15 et 30 ans. 

Une première vague des enfants “microbes” est constituée des enfants de la rue. Ils ont quitté leurs parents, leurs familles pour élire domicile dans les taudis abandonnés ou dans des véhicules vétustes, qui jonchent les rues de la ville de Douala. Une autre vague est composée des enfants qui vivent dans les logements avec leurs parents, mais qui subissent des influences négatives de leurs amis ou de leurs pairs. Il peut s’agir des camarades de classe ou des personnes qu’ils fréquentent dans des quartiers. L’on remarque également qu’au milieu de cette vague, il y a les anciens prisonniers.

Des enfants qui, à un moment ou à un autre, ont fait un séjour dans les cellules où la prison centrale de Douala à New Bell. A proximité de ce fragment, il y a d’autres jeunes ayant subi une injustice et qui expriment le vœu de se venger en perpétuant le mal. 
Quels que soient les lieux de provenance de ces jeunes malfaiteurs, les dénominateurs communs de cet agrégat d’enfants restent  la précarité financière et matérielle dans laquelle vivent leurs familles et eux-mêmes, la frustration de ne pas avoir accès au nécessaire pour survivre, la consommation de la drogue et l’extrême violence récurrente dans cette agglomération.

Cette progéniture est victime d’un environnement économique et social, lequel ne résout pas leurs besoins vitaux. Par ailleurs, l’une des singularités du phénomène  de Douala est liée à leur émergence consécutive à la faiblesse des moyens de contrôle social, au relâchement des appareils répressifs de l’État, ainsi qu’à la défaillance du système de renseignement prévisionnel et de la justice camerounaise. Puisqu’il ne faut point le dissimuler, ce phénomène des microbes puise l’essentiel de son prétexte dans les réactions d’auto justice ou de justice populaire observées dans nos cités.

Très souvent, il arrive qu’un ressortissant d’un quartier ou alors un membre appartenant à un groupe ait été éliminé au cours d’une opération policière ou de justice populaire, c’est alors que ces jeunes prennent gourdins, couteaux et machettes, investissent les rues dans l’optique de rendre justice à l’un des leurs. 

Serge Aimé Bikoi, Journaliste éditorialiste. Sociologue du développement, Rédacteur en Chef Panorama papers.

Face à ce scénario de la violence, les parents de ces enfants (pour ceux qui en ont encore), semblent impuissants. Ils ne disposent d’aucune arme eu égard à cette forme de libertinage juvénile. Tel que la situation se présente, c’est un phénomène qui ne fait que s’enclencher. A moins que le gouvernement et, par extension, les forces de l’ordre ne prennent le taureau par les cornes pour extirper cette modalité de l’insécurité urbaine à Douala.

Serge Aimé Bikoï


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