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Cameroun > Climat social: Comment le gouvernement pousse le peuple dans la rue

Augmentation des prix des produits de première nécessité, pénurie des carburants, manœuvres politiques contestées, corruption galopante, accès difficile aux services de base, insouciance face à la complainte sociale. Comme en 2008, le gouvernement ne semble pas constater l’ampleur de la grogne sociale latente. Pourtant, l’urgence des mesures efficaces et pérennes s’impose.

Par panorama
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Par Joseph OLINGA N.

De quoi demain sera-t-il fait au Cameroun ? La question se pose mais le débat public reste fermé, interdit par ceux qui détiennent les rênes du pouvoir. Et pourtant, ce débat, il faut le faire. Parce que la logique et l’histoire nous apprennent que demain sera fait de ce que nous semons aujourd’hui. La raison est toute simple : en politique comme en économie, chaque pays récolte au bout du compte les fruits de ce qu’il a semé. Et ces fruits peuvent être sucrés ou amers.

L’ambiance sociopolitique et économique au Cameroun n’échappe pas à cette logique de causalité. Le contexte actuel rappelle à suffisance les prémices et le dénouement des évènements de fin février 2008. Des moments marqués par des violences urbaines qui ont embrasé le pays dans son ensemble. «Emeutes de la faim», comme on le commun les appellent qui n’avaient pour rapprochement que celles de 1991, dénommées «Villes mortes».

Prix des carburants à la pompe

Les émeutes de février 2008 avaient pour cause immédiate l’augmentation du prix des carburants à la pompe. Ceux-ci ont connu une augmentation de 15 Francs le 7février 2008. Une hausse qui passe relativement inaperçue, les esprits étant concentrés sur les performances des Lions indomptables alors engagés dans la Coupe d’Afrique des nations de football. Seulement, la mesure impacte sur les prix des produits de consommation courante, à la clé les tarifs des transports grimpent ainsi que ceux de tous les secteurs de la vie nationale, obligeant les fans de football à revenir à leurs réalités existentielles. En juillet 2022, la situation paraît similaire. L’éventualité de voir le prix des carburants à la pompe est probable. Pis, les pénuries à la pompe se multiplient.

Autre point d’ancrage des émeutes de 2008, le projet de modification de la constitution emmené par les proches du président de la République. Il s’agit pour eux de faire sauter le verrou de la limitation des mandats afin de permettre à leur candidat de briguer un nouveau mandat à la tête de l’Etat. Le projet nourrit une vive contestation dans l’opinion et les sphères politiciennes, y compris au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Dans la foulée, toute expression est interdite et réprimée. Le projet passe et l’embrasement populaire fait la suite de l’actualité.

Manipulations constitutionnelles

Douze ans plus tard, un autre projet de modification constitutionnel est insidieusement annoncé et, des rumeurs relatives au positionnement du fils du président de la République ravivent l’indignation dans l’opinion. Comme en 2008, les prises de parole relatives à cet autre projet sont interdites et réprimées. Le mécontentement perceptible dans une large frange de l’opinion est autant vivace au sein même du Rdpc ou des tendances se structurent un peu plus.

Dans les médias, le parallèle n’est pas difficile à établir avec l’ambiance de l’année 2008. Sanctions et intimidations font le gros de l’actualité entre certains mandataires du pouvoir et la communauté médiatique du secteur privé. Tout à côté, les mandataires du pouvoir mettent un zèle particulier à museler et asphyxier les journaux, radios et chaînes de télévision résistant ou ayant survécu aux affres de l’enrôlement à la défense des causes pro-pouvoir.

Mesures économiques sans effets

Le discours et les projections économiques résistent peu à l’évidence. Partis du point d’achèvement de l’initiative Pays pauvre très endettés (Ppte) et du Contrat de désendettement et de développement (C2D), dont l’objectif était de contribuer au financement du déploiement du Programme national de développement participatif (Pndp), les données statistiques ne rassurent pas. Le pays stagne dans la catégorie des Etats fragiles. La mauvaise gouvernance affecte de manière endémique les politiques sociales annoncées, la maîtrise et la réalisation des budgets, la sécurité des citoyens et l’accès aux services publics de base.

Des manquements reconnus par le sommet de l’Etat. Le président de la République qui invoque, lui-même, l’incapacité et l’insouciance de certains mandataires du pouvoir à juguler la demande sociale. Hors, la mal-gouvernance, soutiennent les experts, a pour corollaire d’affaiblir les institutions et favoriser la fragilité des Etats, avec pour conséquence d’entraîner l’émergence des violences.

Etat des lieux économiques

Le destin du Cameroun se tisse-t-il avec la complicité des mandataires du pouvoir ? Tout laisse à croire. L’appréciation des statistiques croisées laisse dire qu’au cours des dix dernières années, la population vivant dans l’extrême  pauvreté a évolué de 15%, soit un peu plus de 14 millions de personnes survivant en dessous du standard d’un Dollars requis par les institutions internationales. Dans le même temps, l’endettement public est officiellement estimé à 46% du Produit intérieur brut (Pib), le sous-emploi est évalué à 70% de la population active, la population ayant accès à l’eau potable, à l’électricité et aux autres services de base, cumulés, est d’environ 50%. Présent sur le podium des pays les plus corrompus depuis de nombreuses décennies le pays y occupe la 144e place sur 180 Etats répertoriés. La situation est telle que, les ingrédients de la grogne sociale de l’année 2008 se réunissent sous le regard insouciant des mandataires du pouvoir au Cameroun. Une réalité en contradiction avec les mesures et annonces faites par le gouvernement.

Dans ce contexte de grogne sociale, plus que latente, le gouvernement semble faire le pari de miser sur des oppositions dont l’opinion retient la fébrilité, la corruptibilité et souvent des compagnonnages à peine dissimulés. Dans le même temps, le pouvoir ignore les évolutions d’une opinion publique considérablement évoluée qui exprime désormais son souci de rupture avec les modes de fonctionnement établis. En première ligne, une jeunesse qualitativement et quantitativement scolarisée qui aspire au mieux-être et au mieux vivre. Paramètre auquel, les tenants du pouvoir ne sont pas habitués ou refusent l’existence. Apprécient-ils cette menace à sa juste valeur ? Envisagent-ils toujours le recours aux vieilles méthodes de dissuasion dont les effets sont éprouvés ? Pour combien de temps encore les gouvernants vont ignorer la complainte populaire qui gagne en intensité et en échos ? Ont-ils conscience que la pression sociale, économique et politique qu’ils favorisent est à tel point que le volcan, déjà en ébullition peut cracher à tout moment ?

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