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Société - 8 juillet 2021

Cameroun > Communication publique: « Notre cher et beau pays » comme une lapalissade

Questionnements sur la dimension sémantique de cette clé passe-partout qu’affectionne le discours officiel.

Au sein de la haute administration tout comme en périphérie, on ne s’adresse plus du piedestal des pouvoirs conférés, sans utiliser la formule « notre cher et beau pays », non pas comme un qualitatif ou une métaphore, mais bien plus comme une incarnation, une consécration de l’État Cameroun. Distillé à longueur de journée par les tenanciers de la puissance publique, de la capacité publique, par ceux-là même qui sont sensés veiller au bien être collectif, au partage équitable du patrimoine national, ce concept coule de certaines lèvres comme du venin qui agace ou énerve.

L’hymne national, « Ô Cameroun berceau de nos ancêtres », fait bien référence à cette rhétorique de l’heure en qualifiant le pays de  « chère patrie ou la terre chérie », qui est le seul vrai bonheur de tous les Camerounais. Acte! C’est une vision collective, un rappel à la mémoire de ses filles et fils d’entretenir pour toujours une soif inextinguible d’amour envers la Nation.

On formate de ce fait dès la tendre enfance l’esprit des citoyens pour qu’ils s’attachent de manière indéfectible à la maison Cameroun. Avec le temps, du fait de la conjugaison des contingences et des errements multiples, le concept de « cher et beau pays » commence à perdre de sa superbe sémantique précisément à cause des actes d’antipatriotisme avérés ou allégués de la part de certains Camerounais qui sont aux manettes, des supposés modèles qui rament à contre-courant de la normalité ou de la probité selon les contextes.

Au moment où une partie de République a pris les armes contre l’État, n’est-il pas temps de reconsidérer le contenu et la profondeur des discours publics ? Que signifie  » cher et beau pays »? Un slogan politique fait de mots creux qu’on brasse à longueur de journée ? Oui, le Cameroun est beau mais  aujourd’hui suffit-il seulement de le ressasser pour créer cette beauté et insuffler dans les coeurs l’attachement au pays?

Les jeunes Camerounais qui fuient le chez-eux et se risquent à travers le désert et la Méditerranée, est un autre pan glissant de notre affirmation et de notre croyance que la foi au Cameroun est vive! Des plaies du NoSo, les discours de haine qui écument la place publique, les attaques de la diaspora sur la personne du chef l’État, et bien d’autres sont des glas moins sonores qui appellent à un changement de cap dans la perception de ce qu’est le Cameroun à l’heure actuelle.

Ce n’est pas une affaire de parti politique ou d’appartence communautaire, mais au delà de tous les  clivages probants, une souhaitable féroce volonté  politique de réunir les Camerounais de tous bords autour d’un autre idéal concret qui force les coeurs à la repentance. Il est donc question de mettre un terme aux pratiques declaratoires détachées des faits qui ont court depuis la colonisation et d’entrer dans l’ère triomphal des prévisions et des statistiques pour un management optimal du pays. Sur ce point, il y a urgence car tous pactiseront pour le bonheur construit du Cameroun. 

Cher et beau en question

A bien regarder ceux qui mobilisent ce concept avec bonheur, tout se passe exactement comme si heureux d’être à un quelconque poste élevé, heureux d’y être, ils veulent partager le bonheur par la parole aux meurts de faim. C’est agaçant pour un sans dent, d’écouter du haut de la tribune que le Cameroun est beau et cher. La question à rebrousse poils est de savoir par quel miracle un affamé contemplerait la beauté ambiante.

Ventre affamé n’a point d’oreilles a ici toute sa vigueur. « Notre cher et beau pays », est un concept qui doit être la chose la mieux partagée, qui a un sens pour tous. Une foi en l’avenir partagée par tous, parce que le Cameroun dans sa diversité ne peut converger que vers ce qui force l’unité bien comprise pour l’avenir. Cela ne peut se faire faire que sur le chemin d’une bonne communication. De ce fait le Snd30 dans sa dimension sociale ne bénéficie pas toujours des pleins feux pour éclairer l’opinion sur son accompagnement.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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