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Politique - 19 septembre 2021

Cameroun > Conflit anglophone: L’appel pour une Commission vérité et réconciliation

Les évènements sanglants de jeudi dernier à Ndop (Bamesing ) dans le Nord-Ouest interpellent la conscience nationale sur l’urgence d’une telle instance pour espérer un adieu aux armes.

Cela devrait être un impératif, par la dimension de la désolation et de la dévastation dans les deux régions troublées, que les va-t-en guerre de l’intérieur et de l’extérieur du pays, aussi bien au sein du pouvoir que des bandes armées, commencent à faire à face à une introspection.

Jusqu’où ira cette guerre qui exsangue l’âme du Cameroun toujours un peu plus? La perception angoissante d’un État avec tant d’outils implémentés pour un retour vain à la paix peut évidemment mettre en perspective une certaine réticence de faire le pas. Pourtant, il est plus que primordial  pour le pouvoir de mettre un peu d’eau dans son vin car en pareille circonstance, les vocables échec  et humiliation n’ont aucun sens. De ce fait, l’unique guide line des autorités devrait se résumer à la recherche de la  paix à tout prix et à tous les prix. Il appartient dès lors à l’État du Cameroun, débarrassé de tout complexe, d’aller encore un peu plus loin dans le tortueux, montueux chemin de la paix. Un véritable labyrinthe ! 

Et c’est le lieu d’avouer de la posture d’observateur de la scène que l’idée de la création d’un Comité national de désarmement, démobilisation et réintégration, participait même de la réconciliation entre les séparatistes et la République. Les Centres de déradicalisation des ex-combattants sont fonctionnels, en ce qui concerne le conflit dans la zone anglophone, et recrutent timidement les pensionnaires. Seulement, les plus redoutables des combattants tardent à rejoindre les rangs, désespérément attendus. L’État de toute évidence se trouve aujourd’hui devant quelques épineuses questions telles qu’avec qui faire la paix?

Comment et où ?  A la première interrogation, c’est évident que les acteurs stratégiques de la paix sont aussi bien au Cameroun, en prison où en liberté, tout comme à l’étranger. Le répertoire en interne est certainement maîtrisé et devrait conduire à un élargissement des détenus sur la base d’un scénario arrêté pour faire taire les armes. Il est aussi clair que les acteurs de la diaspora, par leurs différentes postures face au pouvoir, sont le ventre mou dans la dynamique de cette construction car pour les impliquer dans quelconque initiative de paix, il y a lieu  de penser que ces Camerounais de l’étranger, appelleront à une médiation pour répondre à un appel venant de Yaoundé.

Précisément, et c’est là où le bât blesse car le pouvoir du Cameroun, jusqu’aujourdhui a toujours précautionneusement évité  les tierces dans le règlement du Conflit. Cette méfiance est somme toute compréhensible car dans le cadre d’une médiation extérieure, le pouvoir ne maîtrise plus totalement ni l’identité, ni le contenu des agendas des différents acteurs qui peuvent s’inviter autour d’une table de négociation. C’est précisément dans cette optique que la création d’une Commission vérité et réconciliation revêt toutes ses lettres d’or.

Il ne s’agit pas d’une instance partisane infestée de politiciens sans vergogne, mais d’un haut lieu où des hommes et des femmes convaincus de détachement, auréolés de neutralité et de moralité, recrutés prioritairement dans les deux régions, en fonctions des milieux, viendront avec ceux de leurs frères et sœurs de la partie francophone du pays, crever tous les multiples abcès qui ruinent le vivre ensemble harmonieux entre les peuples des deux rives du Moungo. C’est une une voie empruntée par le pays de Nelson Mandela pour se guérir de la lugubre politique d’Apertheid. Pourquoi pas le Cameroun ?

Sépatistes, Cheval de Troie de la déstabilisation massive

Les séparatistes dans les deux régions du pays sont en passe de devenir un instrument de déstabilisation certaine du Cameroun post-independance. Le pays n’a jamais été aussi secoué et il faut lucidité gardée, recorraitre que ça commence à aller de travers. Et pour cause? Il y a un regain d’activités des entrepreneurs de la violence dans la zone. Cette fois, ils sont en possession des armes de guerre à l’exemple des lance-roquettes.

D’où leur vient cette arme du moment où on sait que l’armée ne déploie pas cet arsenal dans la zone anglophone? Il y a quelques semaines, Paul Atanga Nji, le ministre de l’administration territoriale a conduit une délégation au Nigeria dans le but bien compris de renouveller les termes de l’entente cordiale entre les deux pays le long de la très longue frontière commune.

On avait alors suspecté que le grand voisin  se serait un peu assoupi dans sa mission de veille permanente pour traquer les trafiquants de toutes sortes qui écument le long de la frontière. L’histoire joue en faveur du Cameroun car en son temps, lorsque le Nigeria faisait face à la sécession du Biafra, le Cameroun avait refusé de prêter le flanc à la déstabilisation du Nigéria. C’est du Gabon et de la Côte d’Ivoire, que les initiatives françaises furent lancées. Le Nigeria a cette dette historique vis-à-vis du Cameroun.

De toute évidence à la lecture de la réalité du terrain, les Américains avaient prédit juste: il est impossible de taire la violence secessionniste par les armes. L’opinion constate à son grand dam, la montée en puissance des bandes armées avec un armement de pointe. Le rôle de l’Armée, dans un tel contexte devient délicat, empêtrée qu’elle est désormais dans le dilemme de se défendre et la condamnation tous azimuts de la communauté internationale à la moindre incartade.

Il va sans dire que dorénavant, sur les routes où les bandes armées ont disséminés des engins explosifs improvisés (Eei), l’armée va essuyer en plus les tirs des lance-roquettes pour démolir ses appareils roulants, une hostilité à peine voilée de certaines populations. A Bamesing, dans l’arrondissement de Ndop, la destruction de deux véhicules de l’armée avec dix corps sur le carreau doit interpeller les consciences sur la dimension du drame.

La curiosité est le silence généralisé devant cette perte, autant en interne qu’à l’extérieur du pays. Sur la toile, les bandes armées ont posté les vidéos de leur trophée, un peu comme pour signifier leur engagement à poursuivre les opérations guerrières. Si rien n’est fait, le risque est grand pour que le séparatisme exigé au bout du canon se mue en un cheval de Troie, devenant de ce fait une arme de déstabilisation massive du pays.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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