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Politique - 27 juillet 2021

Cameroun > Conflit anglophone: Un consensus politique pour sauver la République

La spécificité de la République est qu’il est un cadre institutionnel et même spirituel bâti sur le socle de l’unité, de communauté partagée. Le vivre-ensemble ou le faire ensemble au service de la paix.

La grosse attaque contre la République,  et de loin la plus importante après les indépendances, est la guerre de sécession en cours dans les deux régions anglophones du Cameroun. Les bandes armées précisent d’ailleurs toujours dans leur communication qu’elles sont en guerre contre la République. Une façon très claire d’avouer qu’elles contestent le cadre institutionnel de vie commun, de destinées partagées. Comment en sommes-nous arrivés là ?

L’histoire répondra avec exactitude à cette question plus que  quelques tentatives explicatives le plus souvent partisanes et limitées qui écument l’actualité. Aujourd’hui, la préoccupation essentielle est non seulement de trouver la formule pour éteindre ce foyer de violence mais encore la panacée pour que plus jamais aucune autre tentative de rupture du cordon ombilical qui lie quelconque communauté ou composante à la République ne se produise plus jamais. Cette préoccupation est avant tout celle des autorités avant d’être un devoir citoyen pour tous les Camerounais.

Est-ce bien le cas lorsqu’on scrute les comportements et les déclarations dans la société d’aujourd’hui ? En commençant par le pouvoir, il est incontestable qu’en dépit de tous les efforts qu’il a déployés pour mettre un terme à la guerre en cours dans les deux régions du pays, les bandes armées continuent de semer la terreur et la désolation dans cette partie du pays.

Après plusieurs appels à déposer les armes et de rentrer impunément dans les rangs de la République, les sécessionnistes font pour l’essentiel la sourde oreille, persistant dans leur posture belligène comme moyen d’accéder à leur objectif. En dépit de la tenue du Grand dialogue nationale l’année dernière, une frange importante de la population appelle à poursuivre ce dialogue sous un autre format aux fins de convaincre les plus irréductibles à se mettre autour de la table.

Cette formule elle-même semble prendre du plomb dans l’aile au moment où des voix montent de ces deux régions pour insister que les fils de ces deux régions doivent se réunir, sous la forme d’une 3ème « All anglophones conférence » qui se tiendrait au besoin en terre étrangère pour permettre à ceux de l’extérieur qui redoutent pour leur sécurité au Cameroun d’y participer. On revient là à la case de départ avec les propositions du regretté cardinal Tumi. Possible?

Difficile de l’admettre aujourd’hui car aux yeux de Yaoundé, ce serait déjà donner un go ahead à ceux qui sont déjà pris dans l’engrainage de la violence pour mieux structurer leur entreprise séparatiste. L’autre piste qui semble aussi glissante et ténébreuse, est de renouer langue avec Ayuk Tabe et les siens en prison, comme annoncé un temps au sein de l’opinion. Sur ce point, le pouvoir aurait déjà compris que les bandes armées ne se battent pas pour leur libération mais pour la séparation.

Bien plus l’exigence de leur libération n’est pas mis sur la table de manière pressante et de manière unanime par les sécessionnistes. La piste militaire, quant à elle patine. Les bandes armées décapitées par les frappes chirurgicales de l’armée se sont essaimées et ont au fil du temps pris du galon dans l’acquisition du matériel. Aujourdhui, elles frappent de manière perfide en posant des engins explosifs improvisés sur la voie publique ou  par des raids sur moto, semant la psychose.

Le Cameroun expérimente dans ces deux régions la matérialité d’une guerre asymétrique, au sein de sa propre population. Elle devient une guerre de nerfs pour l’armée qui est tenue de respecter les obligations de guerre face aux hordes sans foi ni loi. Quand les Forces de Défense et de sécurité les traitent de terroristes sécessionnistes, ce n’est pas en vain, car sur le terrain au quotidien, elles touchent du doigt cette réalité. Est-ce donc à dire que cette guerre est sans fin? Loin de là et tant s’en faut. Elle prendra fin, définitivement mais comment et à quel prix?

L’argument politique

Il est urgent que les acteurs politiques reviennent au plus vite à l’esprit républicain. Le régime dans ce sens a accédé en vain à toutes les revendications à la naissance de cette guerre. C’est une preuve par neuf que les solutions, loin d’être administratives exclusivement sont plus que jamais politiques.

En accordant le statut spécial aux deux régions comme résolu au Grand dialogue national, on se serait attendu à une sorte d’accalmie belligène. Il faut être lucide de reconnaître que les bandes armées continuent leurs activités comme si rien n’avait été fait. Il y a donc lieu pour le pouvoir de fédérer autour du président de la République toutes les forces politiques, sans exclusive dans la recherche concertée d’une sortie de crise.

Ceux qui disent  s’appeller  Ambazoniens, sont venus protester ou manifester à Genève devant l’Intercontinental où réside le président de la République. Le revers de la médaille de leur action indique clairement qu’ils reconnaissent en Paul Biya leur président. C’est donc dire que la solution définitive à la guerre dans les deux régions troublées est imminemment politique. On doit aussi reconnaître le rôle professionnel de l’armée camerounaise qui a fait du mieux qu’elle pouvait pour qu’il y ait le moins de dérapage possible, en traduisant les éléments fautifs devant les tribunaux.

L’autre Pan de cette guerre qui pourrait être préjudiciable au Cameroun est de voir des puissances étrangères nous aider à faire la paix. Dans ce cas là, le pays irait négocier la paix à l’extérieur avec un agenda qui lui échappe, ignorant les acteurs de la paix qu’il rencontrera autour de la table. Au nom de l’intérêt national, un consensus au sein de toute la classe politique sur les chemins de la paix devient une urgence qui se nourrit des intérêts politiques égoïstes des uns et des autres.

Considérer la posture de la communauté internationale

Les États-Unis d’Amérique qui hébergent une quantité des financiers des bandes armées, a changé de posture avec l’Administration Joe Biden. On a appris le jugement et la condamnation de trois d’entre eux. C’est un message envoyé à Yaoundé de redoubler les efforts pour que les hostilités cessent. Plus encore, ils ont dressé une liste des va-t-en guerre au Cameroun tant dans le Sérail qu’au sein des bandes armées, qui sont interdits de visa pour entrer aux États-Unis.

C’est une posture rassurante qui indique que le grand gendarme du monde ne manœuvre pas pour la partition du pays, à tout au moins. L’autre puissance qu’il faut  comprendre est la France de Macron. Ce pays est viscéralement opposé au fédéralisme et a mis tout son poids dans la balance pour que le Code sur les collectivités territoriales décentralisées soit adopté en session extraordinaire en décembre 2020. C’est donc dire que visiblement pour l’heure, la France est en phase avec Yaoundé sur le règlement du conflit en attendant le transfert effectif des ressources.

La troisième et dernière puissance qui pointe publiquement son nez dans cette affaire est la Confédération helvétique. L’ opinion  a déjà annoncé plusieurs fois qu’elle a offert en vain ses auspices pour une sortie du conflit. Pourrait-on lier les déconvenues vécues facilement  par Paul Biya lors de ses récents séjours dans ce pays comme un message grandeur nature? Si tel est le cas, autant dire que les choses vont désormais dans le bon sens car les Suisse ont interdit, contrairement a ce qui s’était passé il y a deux ans, les manifestations des Camerounais de la diaspora.

C’est dire aussi que Berne attend de Yaoundé de se mettre en évidence. Comment donc cela se fera-t-il quand en interne, des voix se lèvent pour diviser encore davantage les Camerounais ? Comment cela sera possible si au nom des intérêts égoïstes, certaines intelligences estiment qu’il y a des Camerounais qui ne sont pas qualifiés pour parler avec d’autres? Il est est grand temps comme on le voit, de détruire les murs et les barrières forgés dans les esprits pour construire des ponts. Ces ponts traversent les ethnies, les communautés, les religions et les genres. Et c’est bénéfique pour le Cameroun.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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