LA UNE Opinion Politique panorama 14 juillet 2020 (0) (133)

Cameroun > conflit Noso: Armée, Cnddr, reconstruction et négociations, quelles options pour une paix durable ?

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La communication gouvernementale de lundi dernier tout en indexant les dérives médiatiques pose en filigrane l’itinéraire du pouvoir pour un retour à la paix définitive dans les deux régions. Un choix multiple brouillé par les ondes médiatiques ” hostiles”?

Comment Yaoundé  retrouvra-t-il le chemin de la paix définitive dans le Noso, brouillé sous le cliquetis des incompréhensions, des pressions multiformes et des calculs politiques ? Pour commencer, le régime avait commencé par se tromper sur la nature de la crise. Les revendications corporatistes face auxquelles le pouvoir se donnait tant de peines à trouver des solutions ponctuelles, n’étaient en réalité que le tir de semonce avant la grande déflagration.

C’est à ce moment là que l’État, jaloux de son “monopole de la violence exclusive”, apporta une réplique à la dimension de ses muscles contre les dérives portant directement atteintes à ses symboles. Depuis bientôt qautre ans que cela dure, l’opinion est bien obligée de se convaincre  que cette guerre asymétrique a encore de beaux jours devant elle si d’autres options ne sont explorées concomitamment. Et la fleur noire au dessus de ce marasme sécuritaire est la collecte des données constitutives de crime de guerre ou de crime  contre l’humanité, par des organisations humanitaires qui ont des entrées à la Cour pénale internationale.

Ceci n’est pas fait pour encourager les stratèges militaires de Yaoundé de demeurer longtemps dans le bourbier très glissant des armes contre une rébellion sécessionniste qui curieusement semble engranger des sympathies contre le Cameroun au sein du concert des Nations. Une autre raison qui indique clairement la nécessité de l’option du silence des armes, est l’avènement de la Covid-19. Les institutions onusiennes ont clairement formulé le voeu de voir les parties belligérantes à travers le monde conclure au plus tôt un cessez-le-feu. C’est probablement dans ce sillage que l’opinion s’est emballée de parler d’une rencontre entre les leaders sécessionnistes et le pouvoir au début du mois courant. Il ne fait plus aucun mystère, l’issue de la guerre dans le Noso ne sera pas militaire, car les armes deviennent un piège pour l’armée et tuent en même temps les Camerounais.


La Cnddr ou le temple de repentance des sécessionnistes.

La Commission nationale de désarmement, démobilisation et de réintégration (Cnddr) est une exception camerounaise et pour cause?L’initiative Ddr ( Désarmement, démobilisation et réintégration), a toujours été implémentée dans les pays à la sortie des périodes de guerre ou de conflit. Les différents cas mis en place en République centrafricaine pour ne citer que ce pays voisin, en disent long sur le timing de sa mise en oeuvre. Le fait pour le chef de l’État camerounais de créer par un Décret en date du 30 novembre 2018 cette Commission confiée à Faye Yengo Francis, au plus fort du conflit, explicite deux choses. D’abord l’affirmation par Yaoundé que le projet de sécession sur son territoire n’est pas viable, ensuite qu’il tient et maîtrise le chronogramme de gestion de ce conflit. Par cet acte, Paul Biya a sans doute coupé l’herbe sous le pied des acteurs internationaux empressés de venir organiser ou faire la paix en se substituant au pouvoir camerounais.

Dans sa communication de lundi 13 dernier, ce n’est donc pas un fumigène que René Emmanuel Sadi a lancé en revenant sur un bilan du Cnddr. On apprend de ce fait qu’à la date du 12 juillet 2020, précisément dans le Noso, ” 164 ex-sécessionnistes ont choisi de se rendre dans le Nord-Ouest à Bamenda, 130 dans le Sud-Ouest à Buea.” Pour ajouter foi à ce dynamisme de désertion au sein des groupes armés, il a ajouté que “selon des renseignements dignes de foi, d’autres réditions de même style vont certainement se poursuivre dans les prochains jours”. C’est avouer là clairement que le gouvernement fonde beaucoup d’espoirs sur la Commission Faye pour ramener les deux régions à la paix définitive. Une des forces du Cnddr, est qu’elle oeuvre entre autres à la déradicalisation des jeunes gens qui ont pris des armes. C’est Paul Biya lui-même qui déclarait à ses concitoyens que ces combattants sont endoctrinés. 


La couronne d’épines de la négociation et la reconstruction.

La presse était unanime le 3 dernier qu’une rencontre informelle avait eu lieu entre les leaders sécessionnistes et le pouvoir. Comme on peut se l’imaginer, une telle rencontre se serait tenue derrière les rideaux, hors de la vue de l’opinion. Or, un faisceau de faits concordants laissaient croire que quelque chose se préparait dans ce sens. Le 29 juin dernier, le vice-président de la sécession, publiait dépuis Buea les quatre conditions préalables pour une éventuelle entrée en négociation avec le pouvoir. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, deux publications venant des rangs de la sécession, affirmaient cette rencontre et réactualisaient sur le coup les conditions déposées sur la table par Ayuk Tabe et les siens. On en était à se féliciter que le pouvoir ait mis de l’eau dans son vin en parlant avec les ” terroristes” que René Emmanuel Sadi, en date du 6 juillet, vienne doucher tous les espoirs en précisant que ce que l’opinion rapporte “n’est pas conforme à la réalité”. Autant dire que ce fumigène du Porte parole du gouvernement a jeté les uns et les autres dans l’incertitude. L’unique intérêt qu’il faut y noter dans le sens du règlement de la crise anglophone, est l’évidence qu’il n’a pas nié la rencontre. Comme tout le monde le sait, dans les usages du Mincom, on sait dire non ou oui.

Il y a manifestement une volonté gouvernementale de ne pas céder un pan de cette initiative à la merci de la presse camerounaise par trop tatillonne au goût du gouvernement. Et cela est de bonne guerre car le secret est l’allié premier de toute négociation. C’est donc là une porte ouverte pleine d’espoir pour le pays que les parties en guerre dans le Noso, à défaut de s’asseoir atour d’une table, pensent à tout au moins à le faire. C’est dire là aussi que le Cameroun, une fois de plus, aura coupé l’herbe sous les pieds de celles des Nations et Organisations qui offraient leurs bonnes auspices pour la négociation d’une paix durable. Telle semble l’option qui interressé le pouvoir. On peut y associer la mise sur pied de la Commission Paul Tassong en charge de la reconstruction des deux régions. Au moment où elle est à pied d’oeuvre, on annonce les négociations. C’est une facilitation pour les populations de sortir des brousses et forêts ; une aubaine pour près d’un million de déplacés de rentrer chez eux et plus de 60 mille réfugiés au Nigeria de rentrer au bercail. Voici donc une aube nouvelle où à l’unisson on chante l’Alléluia pour l’adieu aux armes en mémoire de plus de trois mille morts. 
Léopold DASSI NDJIDJOU


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