Home Opinion Cameroun > Contrôle parlementaire de l’action gouvernementale: la “farce” des questions orales et écrites. 
Opinion - Politique - Une - 14 décembre 2020

Cameroun > Contrôle parlementaire de l’action gouvernementale: la “farce” des questions orales et écrites. 

Le 10 décembre 2020, le député du Social Democratic Front (Sdf), l’une des principales formations politiques de l’opposition, Jean Michel Nitcheu , a rendu public la question orale déposée à l’Assemblée Nationale le 25 novembre 2020 et adressée au Premier Ministre, Chef du Gouvernement, Joseph Dion Ngute.

La question finalement censurée selon le député, portait sur l’assignation à résidence de fait du leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (Mrc), Maurice Kamto, dont le siège du domicile a été levé le 08 décembre 2020 après près de 03 mois.
Quelques jours plus tôt, le même député, élu dans la circonscription de Wouri-Est, a publié sa question orale relative à la gestion qu’il estime opaque et teintée de malversations, des fonds dédiés à la lutte contre le coronavirus au Cameroun, adressée au Ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie.

Jean Michel Nitcheu n’a pas non plus eu de réponse gouvernementale à cette autre sollicitation pendant toute la durée de la 03ème et dernière session ordinaire de l’année en cours de l’Assemblée Nationale qui s’est déroulée du 12 novembre au 11 décembre 2020.
On se souvient également que pendant la première législature du Sénat (2013-2018), le Sénateur Etienne Sonkin du Sdf, alors Vice-Président de la Commission de Finances et du Budget ,avait accusé par voies de médias, le Président de la Chambre haute, Marcel Niat Njifendji , d’avoir bloqué ses questions adressées aux membres du Gouvernement.

Il faut noter que la constitution assigne deux missions essentielles aux parlementaires : le vote des lois et le contrôle de l’action gouvernementale.
Le député ou le sénateur exerce généralement son travail de contrôle à travers notamment des questions orales ou écrites aux membres du Gouvernement pendant les sessions du parlement.
Mais dans la pratique, certaines questions des parlementaires sont subrepticement censurées ou ignorées. La technique pour y parvenir consiste souvent à laisser écouler un temps long après la réception de la question, dans le but inavoué de la faire tomber en désuétude.

La faute revient généralement en grande partie à l’exécutif parce que des membres du Gouvernement ne se pressent pas toujours pour venir éclairer des parlementaires sur des préoccupations soulevées par ces derniers.
Il arrive parfois qu’un membre du Gouvernement se fasse représenter par un collègue, ou qu’il ne daigne même pas effectuer le déplacement du parlement sans avoir au préalable informé l’Assemblée Nationale ou le Sénat de son indisponibilité. Il est en effet arrivé à plusieurs reprises, que le Président d’une séance des questions orales ou écrites aux membres du Gouvernement constate l’absence d’un Ministre interpellé après avoir demandé à l’auteur de la question de prendre la parole.

Au regard de la rareté ou la quasi absence de la constitution des commissions d’enquêtes parlementaires pour investiguer sur des faits d’intérêt majeur, ce n’est qu’à travers des questions orales ou écrites adressées aux Ministres, que des députés et sénateurs Camerounais essayent de remplir leur mission de contrôle de l’action gouvernementale.
Il est donc important particulièrement au niveau de l’exécutif, d’accorder davantage de sérieux à cet exercice.

Éric Boniface Tchoukeu, Journaliste éditorialiste. Chef de Chaîne Radio Siantou. Conseiller Editorial et founding father panorama papers

On devrait également initier des réformes visant à transformer ce moment en un véritable espace de débats entre le parlementaire et le membre du Gouvernement interpellé (un député n’a par exemple pas la possibilité de rebondir s’il n’est pas satisfait de la réponse à sa question).
Par ailleurs, les réponses aux questions devraient être faites dans un laps de temps court et raisonnable en accordant la priorité à l’agenda du parlement. Et on doit surtout veiller à ne museler personne sur la base de la nature ou l’objet de la question ; car il s’agit avant tout d’une préoccupation d’un élu qui a des comptes à rendre à ses électeurs.

Éric Boniface Tchouakeu

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