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Cameroun > Coût de la vie: Ce que le Fmi prévoit pour le Cameroun

Le Fonds monétaire international dresse des perspectives sur la santé de l’économie camerounaise et les mécanismes suggérés pour améliorer le coût de la vie. Que faut-il attendre de l’année 2022 au Cameroun et dans l’économie globale ? Explications.

Par panorama
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Par Joseph OLINGA N., Avec Crystal Consulting

Dans ses relations avec le Fonds monétaire international (Fmi), le premier semestre de l’année 2022 aura été marqué, pour le Cameroun, par la conclusion au niveau du Conseil d’Administration du Fmi, des consultations de décembre 2021 au titre de l’article IV et des premières revues des accords liant les deux partenaires, relativement à « facilité élargie de crédit » (Fec) et du « mécanisme élargi de crédit » (Medc) en faveur du Cameroun. Le communiqué 22/50 du 23 février 2022 sanctionnant l’examen de la situation économique de notre pays par le Conseil d’Administration du Fmi relevait que « Les perspectives présentent des risques équilibrés. Du côté négatif, les risques comprennent une nouvelle vague d’infections au Covid-19 avec de nouvelles variantes et des éruptions locales incontrôlées, un rythme de vaccination plus lent, une forte augmentation des primes de risque mondiales à la suite d’un resserrement de la politique monétaire dans les économies avancées, une baisse des prix internationaux du pétrole, une nouvelle augmentation de l’inflation importée et une intensification des tensions et des conflits sociopolitiques. Du côté positif, le Cameroun pourrait bénéficier des réformes structurelles en cours visant à accélérer la croissance économique avec des recettes budgétaires plus élevées et une réduction des vulnérabilités liées à la dette. Une augmentation de la production de gaz et celle des prix du pétrole et du gaz pourraient également stimuler les revenus. Les risques sont atténués par le bilan solide des autorités en matière de mise en œuvre des programmes macroéconomiques, un engagement étroit avec les donateurs, un programme exhaustif de développement des capacités et une planification contingente, y compris dans le plan Camerounais de riposte contre la COVID-19. La performance du Cameroun dans le cadre du programme reste sur la bonne voie et les réformes structurelles progressent, bien qu’avec des retards dans certains domaines clés ».

Subventions aux carburants

Quatre mois plus tard, une autre équipe du Fonds monétaire international (Fmi) dirigée par Amadou Sy, a conclu des discussions hybrides avec les autorités camerounaises, menées du 15 au 29 juin au titre de la deuxième revue dans le cadre des accords de la facilité élargie de crédit (Fec) et du mécanisme élargi de crédit (Medc) conclus en juillet 2021. A l’issue de ces discussions, M. Sy a publié une déclaration contenue dans le communiqué n°22/239 du 29 juin 2022 des Services du Fmi duquel, il y ressort que “l’impact de la hausse des prix internationaux du pétrole sur le budget est mitigé, car l’augmentation des recettes pétrolières est plus que compensée par une hausse substantielle des subventions aux carburants (estimées à 2,9 pour cent du PIB, contre 0,5 pour cent en 2021) visant à maintenir inchangés les prix de détail administrés des carburants. L’augmentation du coût des subventions est donc compensée par la réduction d’autres dépenses, notamment celles consacrées aux projets d’investissement. Le coût élevé des subventions aux carburants serait difficile à maintenir dans le cadre des projections actuelles des prix internationaux du pétrole. Toutefois, la suppression progressive des subventions aux carburants devrait s’accompagner d’un renforcement substantiel du mécanisme de transfert social en espèces”. Cette conclusion sentencieuse aura été le « galon de kérosène » qui a mis le feu aux poudres de la psychose d’un spectre de pénurie des produits pétroliers vécu au cours du mois de juillet 2022, et enclenchée le 10 juillet 2022, jour anniversaire du 59ème anniversaire de l’adhésion du Cameroun au Fmi.

Il s’en est suivi : une cacophonie dans l’exposé des causes de la présumée pénurie (1) ; une faible visibilité sur la politique du Gouvernement en la matière d’approvisionnement depuis l’incendie de la Sonara (2) ; une méconnaissance des options du Fmi sur les « subventions à l’énergie » et sa vision pour le Cameroun (3), et enfin, des échos plus qu’alarmistes sur la situation et les perspectives économiques, financières et monétaires du Cameroun, portés par des experts, consultants et autres leaders d’opinion (4) de la scène politico-universitaire nationale. Après l’intermède de la visite officielle du Président français Emmanuel Macro dans notre pays, Le Messager fait le point, à défaut de relancer le débat, mieux, la réflexion sur la nécessité d’une restructuration plus qu’urgente de la filière « pétrole » au Cameroun. Lisez plutôt.

Carburant et causes d’une «pénurie»

Se faisant l’écho d’un avis à consultation publié par le Minee, notre confrère «Investir au Cameroun», dans la perspective de parer à toute pénurie sur le marché des produits pétroliers, faisait d’un appel d’offres ouvert aux traders, lancé par le Minee qui recherchait «des sociétés de trading reconnues sur le marché international pour la fourniture aux marqueteurs locaux de 510 000 tonnes métriques de produits pétroliers pour le compte du 3e trimestre 2022 », c’est-à-dire à compter du 1er juillet 2022. Le communiqué du Minee détaillait les besoins domestiques à couvrir en six lots de la manière suivante : « lot A : 100 000 tonnes métriques de Super (Gasoline) ; lot B : 65 000 tonnes métriques de Super (Gasoline) ; lot C : 155 000 tonnes métriques de Gasoil ; lot D : 100 000 tonnes métriques de Gasoil ; lot E : 60 000 tonnes métriques de Jet A1 ; lot F : 30 000 tonnes métriques de Fuel 3500 ». Les sociétés de trading intéressées par cet avis de consultation devaient déposer leurs offres au ministère de l’Eau et de l’Energie au plus tard le 13 mai 2022 à 12 heures. Et il convient de signaler que des commandes similaires avaient déjà été passées au titre du quatrième trimestre de l’année 2021, et des deux premiers trimestres de l’année en cours. Pourquoi, malgré ces « anticipations », l’approvisionnement du marché intérieur en produits pétroliers a-t-il connu au mois de juillet dernier, et pendant près de deux semaines, des perturbations ? Telle est l’interrogation principale qui a captivé l’attention des consommateurs, animé les débats publics et suscité l’intervention des pouvoirs publics et autres experts et consultants dans le seul but d’informer l’opinion sur les causes de cette perturbation pour les uns, de la pénurie pour les autres.

Le premier constat à faire est qu’il n’y a pas eu de « communication gouvernementale » selon les canons en vigueur à Étoudi, notamment un point de presse coordonné par le MINCOM, porte-parole du Gouvernement, accompagnant ses collègues des départements sectoriels face à la presse nationale. Comment comprendre ce silence ?

Communication cahoteuse

En lieu et place, deux communiqués du Minee, relatifs aux « perturbations de l’approvisionnement en produits pétroliers ».
Pour le ministre de l’Eau et de l’Énergie, la cause des « perturbations » s’est trouvée dans
« l’importante enveloppe de la subvention des prix à la pompe qu’il faut mobiliser en temps réels, soit 317 milliards au premier semestre 2022 » ; et le Président de la République avait « instruit le Gouvernement en vue de mobiliser les ressources nécessaires au paiement continu de la subvention ». Cette thèse a, à raison, été réfutée par le consultant des chaines de TV, Dr Dieudonné Essomba, pour qui, les « subventions » de l’Etat aux « carburants « ne ressortissent que des exonérations fiscales (Tva et droits de douane) accordées aux importateurs, c’est-à-dire, des « manques à gagner » pour l’administration fiscale et les finances publiques. Pire, cette explication du Minee s’est trouvée en déphasage avec le contenu de sa sortie médiatique du 31 mai dernier, explicitant le nouveau « mécanisme d’approvisionnement pérenne du marché » en produits pétroliers par appels d’offres internationaux dont les objectifs affichés disait-il, sont « de minimiser les coûts et les manque-à-gager éventuels qui allaient continuer à exposer la trésorerie de l’État. …. de rendre disponibles de grandes quantités de produits pétroliers dans les eaux camerounaises à fin de les vendre aux marketeurs et importateurs locaux avec comme critère de sélection un niveau de primes plus compétitif. » La finalité ultime selon le membre du Gouvernement était que « ce mécanisme génère pour le Cameroun des économies budgétaires importantes. Nos évaluations les situent annuellement à 150 milliards de Fcfa ».

La Sonara en question

Emboîtant le pas à sa tutelle technique dans l’exposé des causes, la Dg/Scdp, dans une interview relayée par les médias et autres réseaux sociaux, rappelait au bon souvenir de l’opinion publique, l’arrêt depuis mai 2019, de la production de la Sonara comme l’une des causes, pour ensuite, faire écho à la « rareté des devises » de Dieudonné Essomba, et enfin, y aller de sa propre expertise en ces termes : « les importations des produits pétroliers nécessitent beaucoup de devises. Ceci nous amène à un déséquilibre au niveau de la balance des paiements…. La Beac et les autres banques sont sous pression dans le financement des volumes importants de carburants. Certains marqueteurs n’arrivent pas à financer leurs importations au motif du défaut des lettres de crédit. Les disponibilités et lignes de crédit des banques aux différents importateurs sont largement dépassées contraignant les banques à se refinancer auprès de leurs maisons-mères pour pouvoir tenir face à cette pressions du marché ». C’est certainement fort de ce mélange de genres, que notre source relève la pertinence de l’une des causes avancées par le Dr. Richard Makon en ces termes : « les graves défaillances managériales dans le secteur pétrolier notamment dans les capacités des stocks de sécurité ». Comment comprendre cette non maitrise du dossier affichée par les acteurs de premier plan dans la chaine d’approvisionnement lorsqu’évoquant la « vérité des prix en l’absence des subventions de l’Etat », la Dg/Scdp indique des prix réels de « 1353 fcfa pour le Gasoil ; 1293 fcfa pour le super essence ; et 1108 f CFA pour le pétrole lampant » ? Comment comprendre que le MINEE, qui a été Directeur des Analyses Conjoncturelles à la Direction Générale de l’Economie au MINEPAT, après avoir longtemps ,été Chef de la Division de l’Economie Réelle à la Direction des Affaires Economiques (actuelle Direction de la Prévision) du MINFI, se méprenne aussi légèrement dans l’explication de la cause des perturbations d’une part, et surtout, sur la nature des subventions de l’Etat aux « produits pétroliers » d’autre part?
Du côté des « experts et analystes », la lisibilité et la compréhension n’ont pas non plus été au rendez-vous. Pour Dr Dieudonné Essomba, « elles (les pénuries) s’expliquent simplement par le fait qu’il n’y a pas de devises ». Le consultant de Vision 4, pour étayer son argumentaire, a ensuite convoqué d’autres notions d’économiste telles que les « dettes fonctionnelle et contractuelle », la différence entre les disponibilités en F CFA et les avoirs en devises, la dette extérieure, les recettes d’exportations et le déficit commercial, avant de conclure à « l’impossibilité d’importer du carburant du fait des réserves en devises nulles », à la prégnance de la crise économique par lui annoncée depuis 2015 et à la cerise sur le gâteau de ce « diagnostic » qu’est la dévaluation du F CFA.

Cette cacophonie observée a néanmoins donné lieu à des clarifications à l’instar de celle du Dr. Dany R. Dombou, économiste, portant sur la dépréciation d’une monnaie sur le marché des changes d’une part, et d’autre part, sur la dévaluation définie comme « une baisse de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux autres monnaies, décidée par l’organe chargé de sa gestion » en l’occurrence la BEAC dans le cas de la zone CEMAC.
Hormis l’évocation par lui de la pénurie et d’une prétendue «sévère crise des devises qui augmente les risques d’inconvertibilité et le risque d’intransférabilité auxquels font face les investisseurs domestiques », convenons avec le Dr Richard Makon, juriste, que la perturbation vécue « … est la conséquence de nos défaillances stratégiques et managériales. Trois éléments permettent de l’attester : choix technique de l’outil de production de la SONARA qui ne raffine pas ou très peu le brut camerounais … ; les graves défaillances managériales dans le secteur pétrolier notamment dans les capacités des stocks de sécurité ». Par conséquent, un affinement du mécanisme d’approvisionnement en gestation, ainsi qu’une refonte de l’amont à l’aval de la filière «pétrole» deviennent, dès lors, une des impératifs catégoriques qui ne sauraient plus s’accommoder de la gestion à la petite semaine par un comité logé au Minee. Ce dernier engraisse à coups de perdiems payés en millions de Fcfa à chaque session mensuelle, les fonctionnaires et autres représentants de la Snh, la Csph, la Scdp, la Sonara, la Ctr et le Minfi. Cette refonte devrait intégrer la compréhension de la vision constante en la matière du FMI, et les exigences endogènes de la transformation structurelle de notre économie sous le prisme de la Snd30.

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Revue de presses du 06 12 2022

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