Home Politique Afrique Cameroun > Covidgate: Comment sortir des errements de gestion des fonds publics ?
Afrique - 27 mai 2021

Cameroun > Covidgate: Comment sortir des errements de gestion des fonds publics ?

L’opinion camerounaise est chauffée à blanc par ce qu’il est convenu d’appeler la Covidgate, née de la gestion supposément calamiteuse de la cagnotte affectée au plan de riposte contre la pandémie sanitaire. Le rapport de la cour compte y relatif déchaîne toutes les passions. Le Messager donne la parole aux hommes politiques et de la société civile pour éclairages.

Comment expliquer qu’en dépit des emprisonnements qu’on croyait pédagogique avec l’Opération épervier, une frange importante de nos autorités continuent de s’illustrer par la légèreté dans la gestion des fonds publics avec une volonté manifeste de détournement ? Comment sortir de ce cercle infernal ? Nous prenons appui sur l’audit demandé par le Fmi dans la gestion de la cagnotte de riposte au Covid-19.  

est la question posée

Réactions :

Engelbert Essomba Bengono, député Rdpc de la Mefou et Akono

« Poursuivre, sans relâche, le renforcement de l’État de droit dans ce domaine… »

 « Vous permettrez que je ne m’attarde pas ici sur les fonctions de la sanction pénale. Je puis cependant vous assurer que depuis dix ans, le cadre légal et réglementaire de la gestion, du contrôle de la gestion, de la reddition des comptes et de la sanction, positive ou négative, des gestionnaires des ressources publiques à évolué dans le sens d’une plus grande préservation de la fortune publique de toute atteinte. Au fil des lois votées par le Parlement et promulguées par le Président de la République, au fil des règlements pris par les pouvoirs publics et des décisions rendues par les cours et les tribunaux, l’État de droit s’est considérablement renforcé. Dès lors, les comportements que vous désignez par le mot « légèreté » relèveraient, à mon humble avis, des agissements individuels particulièrement irresponsables et irrespectueux de l’intérêt général. Pour en sortir et loin de moi la prétention de prescrire une panacée, il faudrait poursuivre, sans relâche, le renforcement de l’État de droit dans ce domaine; amplifier et intensifier les contrôles des opérations de recouvrement, de sécurisation, de garde, de conservation et de gestion des ressources publiques ; et permettre enfin à l’État d’accéder, autant que possible, aux informations portant sur le patrimoine déclaré des personnes en situation, même ponctuelle ou occasionnelle, de gestion patente ou de fait des ressources financières publiques. A ce propos, on pourrait, à mon humble avis, modifier et compléter la loi n°2006/003 du 25 avril 2006 relative à la déclaration des biens et avoirs dont certains termes ne renvoient plus à la réalité initiale. »

Jean Robert Wafo, ministre du shadow cabinet du Sdf en charge de l’information et des médias

« Les détournements doivent être assimilés à des actes de terrorisme »

« La légèreté dans la gestion des fonds publics observée chez nos gouvernants résulte globalement de deux choses à savoir la non application de l’article 66 de la Constitution sur la déclaration des biens ainsi que l’illusion d’une surpuissance ad vitam aeternam tant que les parrains « protecteurs »  qui ont appuyé la cooptation dans le sérail  sont en fonction. Ces deux effets combinés plongent les gestionnaires de la fortune publique dans un vampirisme kleptocratique permanent au point où ils ont généralement tendance à transformer la parcelle de pouvoir qui leur est concédée en bantoustan. L’autre constante qui se dégage est que ceux qui sont incriminés sont à une large majorité des produits de « l’énamarchie ». Le fait d’avoir été formés dans ce moule colonial leur donne également le sentiment d’une couverture mutuelle obligée sur fond de passe-droits. Il arrive parfois qu’une même promotion encercle des postes stratégiques au sein des différents pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) dans une ville ou au niveau de la haute administration au point de développer par réflexe dans leur subconscient le devoir de solidarité et par voie de conséquence le sentiment d’impunité. La sensibilisation à travers les séminaires et colloques budgétivores ne peut plus avoir d’effets sur les détourneurs insatiables de la fortune publique. L’État doit davantage durcir les mécanismes de contrôle de l’argent public. La répression contre les détournements de deniers publics doit être suffisamment forte et surtout dissuasive. Les détournements de deniers publics doivent désormais être assimilés à des actes de terrorisme contre l’État. L »Anif doit pleinement et rigoureusement jouer son rôle à travers par exemple le contrôle dense des flux financiers notamment les prises de participation dans des entreprises notamment celles nouvellement créées et le recensement physique des biens immobiliers suspects. Tout ceci doit évidemment être précédé en amont d’une séparation véritable des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire  pour éviter la dérive monarchique des institutions et les règlements de comptes politiques ».

Joseph Emmanuel Ateba, Secrétaire national à la communication du Mrc

« Le vol est consubstantiel du régime de M. Biya c’est dans son Adn »

« Il ne s’est jamais agi de pédagogie avec l’opération épervier mais d’épuration et de règlement de compte politique avec une petite dose de rituel sacrificiel. Le vol est consubstantiel du régime de M. Biya c’est dans son Adn. C’est la méthode par laquelle on tient en otage ceux qui y entrent. Le règlement est que tout le monde doit être pourri. Le Pr Maurice Kamto est un extraterrestre par ce qu’il a réussi l’exploit de sortir de là sans tâche. La seule façon de sortir de ce cercle infernal est de se débarrasser du système Biya. L’histoire de la gouvernance de Biya est une succession de scandales en ce qui concerne la gestion financière. Citez-moi un seul projet initié par Biya qui ne se terminerait pas par un « gate »? Imaginez seulement qu’on fasse un audit des fonds des infrastructures de la Can, les barrages hydroélectriques, les autoroutes et tous les projets dits structurants? »

Hyomeni Paul Guy Coordonnateur National, Réseau camerounais des Organisations des droits de l’homme (Recodh)

« La mise en œuvre effective des activités de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption »

« De manière générale, la sanction en matière de lutte contre les détournements de deniers publics à elle seule est insuffisante. Il faut préalablement à la sanction mener des activités Prévention, d’Education, de Condition et d’Incitation. La sortie de ce cercle infernal passe par la mise en œuvre effective des activités de la Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption, dont entre autres l’adoption d’une loi anti-corruption et la signature du décret d’application de la loi de 2006 relative à la déclaration des biens et avoirs. S’il y a lieu à l’application de la sanction, cela ne doit pas être à tête chercheuse et, se faire conformément à la loi. »

Propos recueillis par Léopold DASSI NDJIDJOU

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Check Also

Cameroun > Minfi: Louis Paul Motaze suspend un agent

Par Antoine Bivana La décision fait actuellement les gorges chaudes au Minfi. « Monsi…