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Politique - 3 semaines ago

Cameroun > Covidgate: Nourane lynchée; la classe politique réagit

Le scandale managérial qui agite l’opinion depuis quelques temps ne s’estompe pas. En dépit d’un communiqué gouvernemental appelant à la responsabilité des uns et des autres d’attendre sagement les décisions de la justice camerounaise, les lynchages s’enchaînent avec des révélations les plus fracassantes, à tort ou à raison, sur les réseaux sociaux.

Cette fois, c’est la représentation nationale, à la suite des ministres, qui prend un sacré pied de nez. Le cas le plus emblématique est celui de la très médiatisée député du Pcrn du Wouri, proprement livrée à la vindicte populaire. Il est ici question de l’entreprise Stec Sarl qui a gagné un marché spécial  d’approvisionnement en matériel médical (combinaisons de travail et sur-chaussures), le 24 juillet 2020, pour un montant cumulé de 74.900.000 Fcfa. Le monde virtuel saute sur l’occasion avec le Covidgate en établissant des connexions entre l’intrépide député et l’entreprise concernée. Pour autant, le nom du prestataire de ce marché public achevé et réceptionné au ministère de la Santé publique est Bounah Tenekam. Aucune trace matérielle du député Nourane Fotsing dans la livraison de ce marché mais la toile a déjà fait sa religion et croit dur comme fer que Ctec et Nourane sont liés. Curieux ! Sur la toile, les langues pendantes jurent les mille et un dieux que c’était en 2010 que l’époux du député avait créé une société de négoce Ctec trading group Ltd. Bien plus encore, sur les documents balancés sur les réseaux, le nom de cet époux n’apparaît nullement et beaucoup indiquent tout simplement que Bounah Tenekam est un nom d’emprunt pour couvrir le député. Dans ce capharnaüm, Le Messager a pris attache hier avec l’élu du peuple qui a indiqué qu’elle n’est en rien concernée par cette affaire. Elle a corroboré qu’il s’agissait certainement des affabulateurs de Facebook qui veulent certainement nuire à son image. Sur la toile, toujours et comme pour accabler la femme parlementaire, en date du 15 avril 2020, une photo du Pr Ndjock, le directeur général de l’hôpital Laquintini en compagnie de Nourane Fotsing, qui accompagnait les entreprises citoyennes Ctec Sarl et Tecno Mobile dans le cadre du projet « Solidarité 237 » qu’elle avait initié à l’année dernière, est montée en épingle. Dans ce sens toujours, le 29 janvier 2020, le député qui est par ailleurs promotrice de la marque « Nourishka », est présentée aux premières loges de la célébration des 10 ans de Stec Sarl. Suffisant pour en déduire que l’élu du Wouri est la promotrice de cette entreprise ? Quoi qu’il en soit, Le Messager donne la parole ce matin à la classe politique et à la société civile sur l’adéquation entre exécution des marchés publics par les élus du peuple et le contrôle de l’action gouvernementale par l’Assemblée nationale ou le Sénat.  « Le scandale « Covidgate » qui agite l’opinion en ce moment semble impliquer des députés. Comment un député peut-il être exécuteur de marché public et contrôler en même temps l’action du gouvernement ? Le comprenez-vous ? », telles sont les questions posées.  

Léopold DASSI NDJIDJOU 

Réactions :

Joséphine Simo Ghimbop, député Rdpc des Bamboutos

«La polémique sur la réalisation des marchés publics est questionnable »

Honorable Joséphine Simo Ghimbop des Bamboutos

« C’est vous qui me donnez l’information selon laquelle les députés auraient gagné des marchés publics dans les fonds alloués au Covid-19. Votre question est d’actualité et digne d’intérêt, mais très complexe pour moi en tant qu’élu du peuple; néanmoins, je vais apporter quelques éléments de réflexion par rapport à vos questions. Le « Covidgate » s’il est réel, il faut tout de suite le déplorer ce d’autant plus qu’il s’agit non seulement d’un emprunt que  le Cameroun devra rembourser, mais plus il s’agit de parer à une situation sanitaire d’urgence,  car la Covid-19 est une pandémie qui n’épargne aucun pays du monde. Le gouvernement du Cameroun pour faire face à cette urgence sanitaire a contacté un prêt auprès du Fmi d’un montant d’environ 180 milliards, somme qui a été repartie selon une quotité bien précise à certains ministères clés dont le personnel est le plus exposé à la  maladie. Depuis quelques mois, la rumeur court sur le fait qu’une bonne partie de cet argent a été détournée par divers acteurs. D’entrée de jeu, reconnaissons que ce qui n’est pas interdit par la loi est autorisé. Existe-t-il un texte qui interdit à un député de réaliser des marchés publics? Si oui, il devient inédit pour un parlementaire d’en postuler et de réaliser. Par contre s’il n’est pas proscrit aux députés de participer et de réaliser les marchés publics, la polémique autour de la participation et de la réalisation des marchés publics devient questionnable. S’agissant de votre question en rapport avec le contrôle de l’action de l’exécutif par le député et compte tenu de ce qui précède, « on ne peut être juge et partie » Ceci étant, si de nature, la loi a été piétinée, et compte tenu du fait que nous sommes tous égaux en droit et en devoir devant la loi, chacun sait ce qu’il y a lieu de faire ou ce à quoi s’attendre. Que voulez-vous que je comprenne? La loi c’est la loi! Si notre pays veut se respecter et se faire respecter, toute dérive quel que soit son statut, doit faire face à la rigueur de la loi ».

Jean-Baptiste Martin Amvouna Atemengue. Maire de Ngoumou.

« La nation entière doit revaloriser le statut de ses élus »

Jean Baptiste Atemengue, Maire de Ngoumou

« Ce problème a toujours existé et nombreux sont des chantiers mal exécutés ou pas exécutés sur le terrain depuis des années par des entreprises détenues ou soutenues par des parlementaires. Mais d’autres entreprises sont tout aussi défaillantes. Vous comprenez que si les élus participent aux marchés publics, ils auront du mal à contrôler l’exécution des marchés publics. Le problème de fond est le statut de l’élu en général. Nos parlementaires sont mal entretenus en général au regard de leurs obligations. Entre sollicitations sociales et travail parlementaires, ils sont obligés de chercher des ressources complémentaires. Certains avant d’être élus sont déjà dans les affaires. Comment faire dans ce cas pour compenser le coût d’opportunité de leur élection? La nation entière doit revaloriser le statut de ses élus, des représentants du peuples pour qu’ils remplissent mieux leurs mission. C’est le prix d’une efficacité ».

Saidou Maidadi, membre du Bureau politique de l’Undp

« Un député de la Nation ne devrait pas exécuter des marchés publics »

Membre du bureau politique Secrétaire national à la communication et à la formation.

« Un député de la Nation ne devrait pas exécuter des marchés publics. La loi doit créer une incompatibilité entre les deux. Il ne peut exécuter ces marchés et contrôler l’action du gouvernement. Le pouvoir l’a compris depuis. C’est la raison pour laquelle à un moment donné, le secrétaire général de l’assemblée nationale était en même temps ministre des Finances. Les députés étaient complètement piégés. Tous les projets de lois devaient passer sinon les marchés étaient bloqués… Nos honorables doivent être plus sérieux que cela… »

Jean Robert Wafo, ministre du Shadow cabinet du Sdf en charge de l’information et des médias.

« Un député qui gagne ou exécute un marché public est un tricheur »

Jean Robert Wafo, ministre du Shadow Cabinet du en en charge de l’information et des médias.

 « Un député qui gagne ou exécute un marché public est un tricheur qui utilise sa position pour faire du trafic d’influence sur les ordonnateurs de dépenses. Quand un député ou un proche parent  d’un député s’investit dans les marchés publics, ses intérêts influencent forcément son jugement. Ce conflit d’intérêts le disqualifie de fait pour mériter la confiance du peuple dans son rôle constitutionnel de contrôle de l’action gouvernementale. Sa crédibilité est ipso facto ruinée puisqu’il ne pourra plus exercer son mandat en toute indépendance. Le Cameroun dispose de plusieurs instruments pour débusquer ces tricheurs en écharpe tricolore qui se camouflent le plus souvent derrière des noms d’emprunt. Le système gouvernant en profite toujours pour les tenir en laisse. C’est ce qui explique le silence assourdissant de certains députés devant des scandales qui épinglent certains ministères. L’Anif est appelé à jouer pleinement son rôle pour mettre à nu ces imposteurs qui profitent de l’écharpe pour s’en mettre plein les poches au détriment du peuple. Parallèlement à l’Anif, une loi de moralisation et d’éthique s’impose aux parlementaires pour éviter toute atteinte à leur indépendance notamment les conflits d’intérêts dans les marchés publics. Cette loi permettra de soustraire le parlementaire de toute forme de pression, voulue ou pas, venant des gestionnaires publics ».

Joseph Emmanuel Ateba, Secrétaire national à la communication du Mrc

« Avec l’argent le pouvoir exécutif a pris en otage tous les autres pouvoirs »

Joseph Emmanuel Ateba, Secrétaire national à la communication du Mrc.

« Le problème n’est pas le député qui exécute un marché. Comme je vous le disais la dernière fois, le problème est systémique. Il est question de mettre tout le monde dans la poche, de tenir tout le monde. Comment voulez-vous qu’un député qui gagne les marchés dans les conditions de clientélisme soit exigeant  quand il doit contrôler les comptes de celui qui lui donne les marchés? L’ordonnateur qui donne le marché à un député ignore-t-il que c’est à un député qu’il donne le marché? Le ministre sait qu’en donnant le marché, ce dernier sera obligé de fermer les yeux sur sa gestion. Avec l’argent le pouvoir exécutif a pris en otage tous les autres pouvoirs et c’est pour cela qu’on ne pourra jamais parler de séparation de pouvoir au Cameroun tant que Biya est président. Quel juge peut rendre une décision contre le pouvoir exécutif sachant que sa promotion en dépend? Le Cameroun vit dans une des dictatures les plus cyniques au monde. La Cameroun a besoin de réformes profondes avec des dispositions législatives claires en lieu et place de confusion dans laquelle on fonctionne ».

Shanda Tonme, président national du Mpdr

« Que des Députés soient impliqués …ne devrait pas constituer une surprise »

Voici la photo illustrative sollicitée par Shanda Tonme. Merci bien.

« Ce qu’il est convenu d’appeler le « Covidgate » selon le jargon imposé par les médias, vient révéler de la façon la plus fracassante, un pan regrettable de notre système de gouvernance. En somme, il est légion que des personnalités publiques de premier rang, des membres du gouvernement, des collaborateurs rapprochés du chef de l’Etat, se livrent à la pratique de conquête des marchés, soit directement, soit par des personnes morales ou physiques écrans. Que des Députés soient impliqués dans cette rocambolesque et honteuse affaire, ne devrait pas constituer une surprise pour qui est familier de la scène politique, économique et sociale camerounaise. Il convient d’ailleurs de souligner, que l’économie artificielle dont résulte des trains de vie sans rapport avec les activités et les revenus subséquents supposés de nombre de nos compatriotes, témoigne de cette frénésie de vol devenue un véritable sport national. Maintenant, quand on aspire, même dans le rêve, à exercer des responsabilités publiques, à concourir pour les suffrages des citoyens dans un contexte d’exigences fortes et compréhensibles de réformes, on devrait faire très attention de ne pas s’exposer à de telles dérives sévèrement sanctionnées par la morale populaire, l’éthique primaire de la préservation du patrimoine public, et la nécessité d’avoir les mains propres. On peut comprendre le caractère dur et même radical de certaines critiques, s’agissant de l’implication d’élus qui ont fait du changement de notre système de gouvernance, une profession de foi, mais qui sont maintenant rattrapés par des frasques inadmissibles. Il y a une incompatibilité non négociable avec l’idée centrale du statut du parlementaire, lequel est présenté comme le gardien du temple de l’éthique, vis-à-vis du gouvernement, et assure la veille comme les yeux, l’oreille et la bouche du peuple. La Position du Mpdr n’a jamais fait de doute dès le début. Nous avons un système à réformer de fond en comble, mais la voie, les moyens et les procédures, devraient impérativement mettre en œuvre une démarche humble, attentive, inclusive au sens de la responsabilité de tous. De nombreuses affaires de même nature existent et devront être soulevées, débattues et déboucher sur des sanctions exemplaires. Mais rien ne devra se faire dans la culture de vengeance, du village, des règlements des comptes et des ostentations haineuses, parce qu’en réalité, nous sommes tous plus ou moins coupables à un niveau ou un autre. »

Hyomeni Paul Guy, Coordonnateur national du Réseau camerounais des organisations des droits de l’homme (Recodh).

« Inclure dans le Règlement intérieure comme une incompatibilité »

Paul Guy Hyomeni, Coordonateur national des organisations des droits de l’homme. ( Recodh)

« Il est difficile de comprendre qu’un député puisse « être joueur et arbitre » et bien faire son travail dans les deux cas. Toutefois, il s’agit davantage d’une question de bon sens, nos textes (Règlements Intérieur de l’Assemblée Nationale, par exemple) étant muets sur la question. Il est indispensable au regard de nombreux cas de marchés publics gagnés par des députés au Cameroun et des conséquences que cette situation emporte sur la qualité du contrôle de l’action gouvernementale telle que prévue par la Constitution, de l’inclure dans le Règlement intérieure du Parlement comme une incompatibilité, assortie de sanctions y compris, la levée de l’immunité parlementaire et la mise à disposition de la justice du député concerné ».

Propos recueillis par L.D.N.

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