Home Opinion Politique Cameroun > Crise anglophone: l’Aiguillon du changement
Politique - 16 juin 2021

Cameroun > Crise anglophone: l’Aiguillon du changement

Existe-t-il un seul coin du pays qui ne ressente pas les effets liés aux troubles dans les deux régions ? Focus sur quelques villes.

La première région la plus impactée par cette crise est l’Ouest. Foumban, dans le Noun en est un exemple. Les déplacés qui affluent chaque jour, donnent à certains quartiers de la ville une ambiance de vie dans le Nord-ouest. De la gare routière jusqu’à l’hôpital départemental, ce coin chaud de la ville s’anglicise. Dans les restaurants  et les bars, le bamoun  et le français, les langues du crue , cèdent la place allègrement au pidjin ou à l’anglais.

Le djama djama, cousin du djapche local, prend déjà de l’ascendance. A Bafoussam, Dschang, Mbouda et autres, les déplacés se fondent tout autant au sein de la population locale. L’exemple achevé de cette situation est Bafoussam où les déplacés du Nord-Ouest sont presque chez eux, dans les habitudes culinaires et vestimentaires. Une communauté tout de même tranche avec les autres : les Bororos. Eux, Ils évitent soigneusement les milieux urbains et jettent leur dévolu sur les campagnes.

Ainsi, Baham, Bandjoun, Bayangam, Bangou, et tous les villages de l’Ouest sont dans l’ensemble des lieux de prédilection pour ces éleveurs qui pour certains se sont débarrassés du bétail et mènent désormais une vie sédentaire. Ils sont dès lors des gardiens de grandes résidences. Un autre fait particulier qui caractérise ce peuple,est sa grande facilité à apprendre les langues locales et donc de s’intégrer plus facilement.

Avec l’arrivée massive des déplacés, ce qui du reste se densifie chaque jour, la pression démographique dans une région comme l’Ouest Cameroun qui peine à lotir tous ses fils, est une véritable préoccupation. De ce fait, au contact de ces déplacés, qu’on le veuille ou pas, l’actualité est à l’heure de la restructuration d’une nouvelle pensée, d’un nouveau savoir être et savoir vivre. Non loin de là, dans le Littoral, le constat est établi que de l’autre rive du Wouri, les populations venues essentiellement du Sud-Ouest investissent les lieux.

De ce fait, Bonaberi, Dibombari et ses environs prennent les allures des cités assiégées, où on loge 5 à 10 personnes dans une même maison. Désoeuvrés, les jeunes filles pour la plupart du temps sont obligées de se laisser séduire par la prostitution. Ce phénomène a du reste été amplifié par la presse précisément du côté de Bonaberi.

En dehors du Wouri, le Moungo est aussi un point de chute par excellence pour les déplacés qui s’adonnent à l’agriculture. Banga, Penja. Loum, et autres sont des villes agricoles de convergence. La région du Centre n’est pas en reste surtout avec les villes de  Bafia et de Yaoundé. Ici, les quartiers comme Obili, Etoug Ebe, sont des villes anglophones dans la cité capitale.

Le long de la rue carrefour Obili jusqu’au carrefour Biyem Assi par exemple, la vitalité commerciale n’est en rien différente de par les us et coutumes de la Commercial Avenue à Bamenda.

Bilinguisme et multiculturalisme, une âme.

Combien d’écoles primaires ou de lycées bilingues existent,-ils pour accueillir nos enfants anglophones déplacés ? La question est en elle-même biaisée car l’Etat ne crée pas un établissement scolaire sur la base des caprices. Maintenant que plus d’un million de déplacés anglophones vivent sur le territoire du Cameroun francophone, quelle sera la nouvelle carte scolaire?

Cinq ans que cette crise traîne, comment le Cameroun fera-t-il pour préserver son bilinguisme et son multiculturalisme à tous au moins en ce qui concerne les déplacés ? Cette question est d’autant pressante car rien n’indique qu’une fois la guerre terminée, ces Camerounais se sentent obligés de rentrer chez eux. C’est là précisément un des arguments souvent avancés avec moins de vigueur certes, mais consubstantiel au mental de ceux qui prônent le séparatisme. « Chat échaudé craint l’eau froide », dit le dicton.

Le pays de Paul Biya a de ce fait une obligation républicaine de préserver les cultures des unes et des autres communautés, dès lors qu’elle s’accommodent aux lois. L’histoire du Cameroun indique à suffisance qu’à défaut du fédéralisme tant demandé à cet effet, ce respect des affirmations culturelles dans le cadre de la décentralisation fera toujours son lit de contestations. Les anglophones, avec la culture anglo-saxonne, supportent toujours difficilement l’implication de l’État central dans les affaires locales.

Maintenant que la pensée et la culture se structurent dans les contrées du pays avec la crise anglophone, il est fort à parier que l’État unitaire décentralisé tant magnifié aujourd’hui par certains, ne devienne inopérant dans les années à venir, du fait des mutations culturelles tous azimuts. C’est certain,de Kousseri à Kye-Ossi, la crise anglophone charrie ses conséquences et les nouveaux dynamismes sociaux qui vont avec. Et là, c’est la face du Cameroun qui change!

Léopold DASSI NDJIDJOU

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Check Also

Cameroun > Incendie dans un appartement: Une femme enceinte et sa fillette calcinées

Par Gabrielle Mekoui Un début d’après-midi sombre pour la famille des victimes et les popu…