Afrique LA UNE Société panorama 13 août 2020 (0) (576)

Cameroun > Crise anglophone: Le génocide des mœurs

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Abstraction faite du désastre humain et matériel de la guerre dans les deux régions anglophones du Cameroun, la face hideuse de ce drame est le déferlement à outrance de la barbarie, de la cruauté et de la sauvagerie. Un dénie de la vie.

Ce n’est pas camerounais de dépecer un être humain, une femme de surcroît après l’avoir fait subir les pires des humiliations, dans le temple de la profanation de l’humanité, au Nord-ouest, au Cameroun. Ce n’est pas nôtre, l’odieuse façon dont Florence Ayafor a été expédiée dans l’éternité. C’est encore moins une coutume de chez nous, d’enterrer vivante une femme, désacralisant par le coup le don inaliénable de la vie, issu des mains du Créateur. La dernière en date, une de trop, a eu lieu à Muyuka, où encore la vie d’une femme a été profanée, où des mains impies ont jeté l’anathème conjuguée à l’opprobre sur le don qui n’a pas de prix. Comme on le voit, cette litanie macabre de dérives comportementales sont symptomatiques d’une société qui s’en va en vrille, emportée par les ambitions les plus contradictoires et saugrenues, où l’esprit de la cité s’est retiré depuis décembre 2016.

Ce concerto lugubre est déchaînée tout particulièrement contre la femme qui est porteuse de vie. Sont-elles ciblées dans l’intérêt bien compris de choquer ou de traumatiser davantage l’opinion? De la plonger dans la un stress sans fin en la gavant de sang et de la violence gratuite comme il sied aux terroristes? Sur la toile, l’émotion est à son comble. De toutes parts, il se lève des voix pour demander la fin sans délai de cette guerre qui “animalise”chaque jour un peu plus la société Camerounaise. A supposer que la victime aurait emporté à l’aide d’une dague les bijoux de famille de son époux qui envisageait d’épouser une deuxième femme, est-ce suffisant pour justifier une mort aussi violente, barbare et sauvage? A l’évidence, dans un tel cas, il s’agirait juste d’un alibi pour ses bourreaux de se livrer à leurs penchants sanguinaires.

La force reviendra au droit international
C’est connu. Même la guerre est encadrée par le droit. Avec la mondialisation, toute activité est réglementée, initiée le plus souvent au-delà de nos frontières. Il existe de ce fait une justice internationale qui ne connaît plus seulement des affaires des États ou des organisations internationales, mais aussi des individus selon leur implication dans les affaires d’envergure internationale. C’est donc dire que que les atrocités qui sont commises dans le cadre de la crise anglophone, à plus brève ou longue échéance, par des individus identifiés, des bandes ou des groupes armés, sont responsables au premier chef devant la juridiction camerounaise mais si par extraordinaire ils s’y soustraient, répondront de ce fait devant les juridictions internationales. La guerre dans les deux régions anglophones du Cameroun est asymétrique car si l’Armée camerounaise est tenue de par sa hiérarchie de commandementde répondre de ses faits de guerre, il en va autrement des séparatistes où les forces sont émiettées et ne sont pas sous les ordres d’un commandement opérationnel connu.

Ainsi, la tuerie indescriptible des trois dames évoquées ci-haut, les décapitations et autres dérives sont susceptibles d’être qualifiées de crime de guerre ou de crime contre l’humanité par la Cour pénale internationale. Ce n’est pas parce qu’on est enrôlé dans une bande armée ou autre qu’on est immunisé contre les affres de la justice de la Communauté internationale. Que les exemples du Rwanda, de la Rdc, du Burundi, du Libéria ou de la Côte d’Ivoire servent d’avertissements. Tous ces héros maléfiques emportés par la haine et la tuerie aveugle, répondront de tous leurs forfaits à la barre des Peuples. A l’opposée, l’Armée camerounaise, consciente et éclairée de toutes ces réalités, est plus réservée et moins violente, semble-t-il dans cette guerre. Et pour être plus explicite, les d’épreuves à quelques niveaux, officiellement ou officieusement, sont justiciables. Tout est documenté et archivé par des acteurs sur le terrain, comme il en va de manière classique dans la conduire de la guerre. La séquence de Ngarbuh à cet effet  est révélatrice de la volonté de l’Etat de placer son Armée sous la loi.

Le droit de faire la guerre est réglementée (jus ad bellum)  tout comme le droit de la pratique de la guerre (jus in bello). De ce fait, le droit international humanitaire est enseigné à l’Armée pour qu’elle se conforme au respect scrupuleux de ce règles. Par souci de conformité à ce droit, la présidence de la République a mis sur pied une commission d’enquête indépendante pour établir la responsabilité des uns et des autres sur ce qui  s’est passé à Ngarbuh.

On connaît la suite. Ceci établit le fait irréfutable selon lequel toutes les exactions, toutes les atrocités, sont susceptibles d’être connues par la justice internationale, sans aucune considérant du camp de la belligérence. Sur le terrain, il est clair que les organisations humanitaires opèrent un travail indéniable à cette fin.

Léopold DASSI NDJIDJOU


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