LA UNE Opinion Politique panorama 11 mai 2020 (0) (314)

Cameroun > Crise anglophone: Violences sans répit

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Trois mois à peine après avoir été élu maire de la commune de Mamfé, Département de la Manyu dans la région du Sud-Ouest, Prisley Ashu Ojong a été tué le 10 mai 2020, vraisemblablement par un groupe armé séparatiste.

Les autorités ont indiqué que l’attaque qui a coûté la vie à cet élu a été perpétré par un groupe de combattants séparatistes ambazoniens.

Selon le préfet de la Manyu, le maire Prisley Ojong, 35 ans,« a été lâchement abattu par des hommes armés dimanche autour de 10 heures ». Il se rendait à ce qu’il croyait être un rendez-vous très important, à la rencontre d’un groupe de séparatistes qui lui ont passé un appel, annonçant leur intention de déposer les armes. Le maire n’a pas vu le piège et s’est empressé de se rendre à son rendez-vous, accompagné de deux militaires et de son chauffeur.

C’était une embuscade : sur le chemin, sa voiture a subit des tirs, dont l’une des balles lui a été fatale. Les autres occupants du véhicule s’en sont sortis avec des blessures.

Prisley Ojong était un jeune opérateur économique prospère dans la région. Il avait été élu maire de Mamfe il y a à peine deux mois, lors des dernières élections municipales, lesquelles élections avaient été reprises dans une dizaine de communes en région anglophone. Le scrutin en son temps avait été perturbé par des attaques de groupes séparatistes.

A 35 ans à peine, il faisait partie des plus jeunes chefs des exécutifs communaux à la suite du double scrutin législatif et municipal du 09 février 2020.
Engagé au sein du parti au pouvoir, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc), il était donc un défenseur de l’unité territoriale du Cameroun avec une organisation administrative décentralisée et non fédérale.
Dès lors, il ne pouvait à ce titre qu’apparaître comme un adversaire acharné des partisans de la sécession des deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
On se rappelle que les groupes séparatistes avaient appelé au boycott des dernières élections municipales et législatives couplées, en menaçant au passage de représailles, quiconque y participait en tant que candidat, ou simplement en tant qu’électeur.

Tous ceux qui ont bravé cet appel au boycott des élections sont par conséquent conscients de la menace permanente qui pèse sur leurs vies, aussi longtemps que les groupes armés sécessionnistes continueront d’être actifs et qu’aucune solution politique définitive n’est trouvée à la crise sociopolitique et sécuritaire sans précédent qui secoue les régions anglophones depuis octobre 2016.

Certains ont naïvement cru que l’apparition de la grande pandémie du Covid 19 qui tue sans aucune discrimination de personnes allait offrir du répit aux différents belligérants dans les théâtres des conflits à l’intérieur des pays affectés par le virus comme le Cameroun. Malheureusement ce n’est visiblement pas le cas.
Des accrochages entre les forces de défense et de sécurité camerounaises et des groupes armés séparatistes continuent d’avoir régulièrement lieu dans les régions anglophones depuis l’apparition du Coronavirus au Cameroun et dans ces régions.
Le récent assassinat du Maire de Mamfé, le plus important élu relativement à la fonction politique, tué par les sécessionnistes depuis les dernières élections, en est une illustration.

Eric Boniface Tchouakeu, Éditorialiste, et conseillé éditorial de Panorama papers.

Cela signifie aussi que les autres élus des régions anglophones sont plus que jamais des cibles des groupes armés séparatistes qui les considèrent comme des «traitres» de la cause indépendantiste.
Il est temps pour toutes les personnes de bonne volonté, pays ou organisations ayant la capacité d’avoir une quelconque influence dans le conflit ,de s’impliquer davantage pour faire cesser les violences et encourager l’accélération de la mise en place d’un véritable processus politique qui doit déboucher sur la résolution définitive de la crise anglophone .
Les violences dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont déjà fait plus de 3.000 morts, essentiellement des civiles, et provoqué le déplacement de plus de 500 mille personnes selon plusieurs organisations non gouvernementales et institutions internationales.


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