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Politique - 2 semaines ago

Cameroun > Crise politique: Qui fera le consensus entre Biya et Kamto?

Depuis l’élection présidentielle de novembre 2018, le déni d’entente entre le vainqueur et le vaincu brocarde depuis 3 ans la stabilité et l’image du pays.

Le pic de l’antagonisme né de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 aura été sans conteste, la mise à sac des ambassades du Cameroun en France et en Allemagne. Les effigies du président  de la République seront copieusement profanées. Dans  cette affaire, le Mrc sera pointé du doigt comme le premier coupable.

La justice française en a ajouté son zeste ce mois non seulement en décidant autrement mais en condamnant les coupables avec sursis et une amende à payer au trésor français. Message reçu à Yaoundé cinq sur cinq. Le 3 juillet 2021 à Paris, sur la Place de la République, les sympathisants de Maurice Kamto remettent cela.

Ils sont retournés à l’endroit où le 1er février de l’année dernière, ils faisaient foule autour de leur leader. Trois ans donc après le verdict des urnes, il y a lieu d’avouer que le fossé se creuse chaque jour un peu plus entre les deux camps politiques. Les partisans de Paul Biya se distinguent de ceux de Maurice Kamto, deux camps qui structurent la vie politique au Cameroun depuis 2018.

Les ténors comme Ni John Fru Ndi et le Sdf, autrefois le cauchemar du régime s’est éclipsé tout comme  Bello Bouba Maigari qui s’est rangé dans les bonnes grâces du regime. Avec l’effacement  de ces opposants , le pouvoir a entrepris sereinement sa paisible navigation jusqu’à l’abrupte entrée en  scène de  Maurice  Kamto en 2018, comme un vent qui surprend le marin dans la mer. On n’est plus jamais sorti de l’auberge.

Quelques faits éclairent à suffisance cette situation. Le 28 février 2019, Maurice  Kamto est arrêté à Douala, incarcéré pendant 8 mois mois en compagnie de ses alliés et de ses partisans. Chose qui a déchaîné une passion d’antagonismes tous azimuts au sein de la l’opinion publique. Le Grand dialogue convoqué par le président de la République du 30 septembre au 4 octobre 2019 viendra entériner leur élargissement le lendemain.

On croyait donc que les deux parties avaient pris langue. Rien ne l’a montré car à peine sorti de prison, Maurice Kamto lançait à ses militants survoltés qu’il ne les trahira jamais. Une façon de dire qu’il continuera de se battre pour la cause qui l’a conduit en prison.  Sortis de là, Maurice Kamto et les siens sont attendus à l’élection couplée, législative et municipales du 9 février 2020.

A quelques heures de la fermeture des dossiers de candidatures à Elecam, le 25 novembre 2019, le leader du Mrc annonce que son parti ne prendra part à cette élection parce que d’une part le passif de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 n’est pas soldé et d’autre part à cause de la situation dans les deux régions anglophones du pays.

Une décision qui vient agrandir le fossé existant entre le régime et le Mrc. On était dans cette situation de refus de communiquer entre les deux partis, que sept partis politiques regroupés autour du Mrc appelèrent à une mobilisation à travers le monde, en l’occurrence les marches pacifiques pour demander un cessez-le-feu dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et la réforme du système électoral. Le pouvoir réagit en arrêtant les marcheurs car la manifestation était interdite.

Par ailleurs dans  les principaux artères des grandes villes, le pouvoir a mobilisé de grands moyens. Encore un spectacle qui explicite un déni de communication entre les deux camps. Nouvelles vagues d’arrestations dont certains, au nombre de 156 comme le déclare le Mrc, sont toujours en prison. On y compte le trésorier du Mrc, Alain Fogue Tedom et le porte-parole de Maurice Kamto, Olivier Bibou Nissack.

Le 20 septembre 2020 déjà, deux jours avant les marches, un blocus était initié à l’entrée de la résidence de Maurice Kamto par les Forces de l’ordre. Elle sera levée que le 9 décembre 2020, trois jours après la tenue des premières élections régionales. L’an 2021 n’a pas apporté de grands faits d’armes entre les deux camps jusqu’à ce qu’en juillet, la diaspora se mette en scène dans sa manifestation du 3.

Et voici que pour rendre les choses plus vives, le calendrier présidentiel conduit Paul Biya à Genève alors que personne n’a oublié dans quelles conditions il y est parti, il y a un an jour pour jour. Un accident de calendrier, le fait que le président de la République aille en Europe précisément au moment où la diaspora se réunit vent debout contre lui? Difficile à comprendre mais la suite de son séjour permettra d’apprécier toutes les subtilités. 

Schisme Biya-Kamto, qui tire les marrons du feu?

Maurice Kamto a été le ministre de Paul Biya pendant sept bonnes années. Que les deux hommes ne s’aiment pas où ne s’apprécient guère, ils ont été tout de même au sein du gouvernail ensemble pendant tout ce temps. Surtout, relevons-le comme il se susurre, le premier est appelé au gouvernement par les bons soins du second suite à son engagement dans le dossier Bakassi devant la Cour international de justice (Cij) à La Haye.

Après sa démission de l’équipe gouvernementale en 2011, suivi de la création du Mrc en juin 2012, les choses se gâtent au fur et à mesure que le temps passe. A peine croit-on apercevoir le bout du tunnel dans cette antagonisme qui dure bientôt dix ans qu’une une autre péripétie vient étaler au grand jour la nature d’une relation très tendue, irréconciliable entre les deux camps.

Un cadre du Rdpc au pouvoir confiait récemment que tout le mal est parti de la déclaration pretentieuse de Maurice Kamto d’avoir remporté l’élection présidentielle. On peut le comprendre mais déjà, à la création même de ce parti, il y avait de l’électricité dans l’air. Qui parviendra donc à réconcilier les deux hommes? Sur les réseaux sociaux, les partisans des deux familles politiques se livrent sans fin à des joutes oratoires des plus violentes.

A quand l’assainissement ? Au début de cette affaire, alors que Maurice Kamto était en prison, son conseil de l’époque, aujourd’hui ministre de la justice en France, annonçait à la presse que son client manifeste son intention de rencontrer Paul Biya. Cinglant refus opposé par l’entourage du chef de l’État au motif que Maurice Kamto n’est pas son alter ego. Au moment où le couple présidentiel est à Genève et que les activistes proches du leader du Mrc sont déterminés à manifester devant son hôtel, quel sera l’issue?

Il est bien vrai que ce dernier a appelé ses partisans de ne pas se mêler des manifestations à Genève. Mais dans une telle ambiance, qui le comprend de cette oreille?Il y a lieu de se demander à qui en définitive profite cette permanente situation où le chef de l’État d’un pays est conspué à l’étranger. On pourrait dans la recherche d’une réponse précipitée, indexer à la va-vite l’opposition.

C’est compréhensible, c’est logique. Mais la question qui taraude l’opinion est de savoir pourquoi le chef de l’État après les tristes évènements de l’an dernier y retourne sans que le milieu soit politiquement et sécuritairement assaini. Quelles leçons le Cameroun a-t-il tiré du traitement inacceptable infligé à son président de la République ? A combien de chefs d’État dans le monde cela arrive-t-il ?

Le grand perdant dans ce qui se passe sur la toile au sujet du séjour présidentiel, de ce qui pourra effectivement se passer, est l’État du Cameroun dont l’image de marque est entamée du fait de ses propres fils. Tous ceux qui sont épris de paix sont saisis par l’espérance que les menaces des activistes se limitent à la parole et que la sécurité présidentielle soit assurée efficacement par l’État hôte. La paix au Cameroun en dépend aussi.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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