LA UNE Opinion Société panorama 22 janvier 2020 (0) (464)

Cameroun > Culture de la violence: Les écueils de la démocratisation des mœurs

Partager

Cet acte crapuleux est la marque d’une culture incontrôlable, qui a changé de nature, et qui s’enlise dans la violence observée dans toutes les strates sociales. A l’allure où évoluent les choses, la violence est un levier du diagnostic de ce nouveau psychodrame, qui est survenu, il y a une semaine, dans ce lycée de la capitale métropolitaine.
D’aucuns ne verront pas les tares et les excroissances de la démocratisation des mœurs et son incidence sur l’environnement socio-éducatif. La démocratie a ceci de singulier qu’elle promeut les formes de libertés individuelle et collective, en l’occurrence la liberté d’expression, la liberté d’opinion, la liberté d’agir, la liberté d’aller et de venir et les droits de l’Homme. Sans conteste, la démocratie, transplantée dans le champ public au début des années 90, est venue consacrer la liberté de l’Homme sans distinction de sexe, de race, de religion, d’ethnie et de classes sociales. Le sens restrictif de liberté, qui est celui de respecter les lois que la société a prescrites, est mis sous le boisseau. Ipso facto, l’élève éveillé, qui sait, délibérément, que nous vivons à l’aune de la libéralisation des mœurs, sait que le contexte démocratique lui confère des droits et lui prête le flanc à l’expression des libertés de s’exprimer, d’agir, de penser, de sentir et de faire. C’est ainsi que des vannes sont ouvertes, voire sont poreuses à des formes de libertinage incontrôlables autant dans la cellule de socialisation de base qu’est la famille que dans les structures de socialisation secondaire que sont les médias, les écoles, les églises, les entreprises, les administrations, etc.
Chemin faisant, les valeurs de dignité, de respect de soi et d’autrui, d’honorabilité, de reconnaissance du droit d’aînesse sont galvaudées et foulées aux pieds au point où certains enfants rivalisent d’adresse avec leurs parents en famille, et certains élèves faisant pareil à l’école devant leurs enseignants. Indéniablement, cette perception biaisée et erronée de la démocratisation des mœurs et de la vie sociale balaie d’un revers de la main le droit d’aînesse dans le Cameroun contemporain et est sous-tendue par des normes et des modèles a-sociaux, qui proscrivent les formes de violences physiques, telles que le fouet, les coups de poings et gifles. Sous le prétexte du respect des principes de la démocratie sociale, certains aînés sociaux font montre de mansuétude et ne font guère prévaloir l’autorité, le pouvoir et l’influence sur la progéniture scolaire.

A cause de cet état de choses, l’on s’abstient de punir tel élève, de le violenter ou de lui faire subir tout châtiment corporel. Pourtant, deux déterminants président à la mutation des comportements individuels, à l’instar de la peur et de la douleur. Parce que l’éducation de l’enfant africain est calquée est sur le modèle occidentalo-centré et américano-centré, les agents socialisants offrent à la progéniture familiale toutes les formes de libertés diffusées dans les mass médias. Trivialement, ces référentiels de la démocratie sociale postulent la thèse suivant laquelle les enfants ont des droits destinés à être respectés. Du coup, un enfant peut porter plainte contre son géniteur, peut se séparer de sa cellule familiale à la faveur d’une requête judiciaire dûment formulée et déposée auprès des autorités compétentes. Nous sommes donc au centre d’une véritable crise d’orientation de l’éducation et de la Sociologie de l’éducation.

Serge Aimé Bikoi, journaliste éditorialiste. Sociologue du développement. Rédacteur en chef Panorama papers.

Les alertes des crimes, meurtres et autres cas d’assassinat et toutes les autres formes d’humiliation et de sous-évaluation des enseignants sont les marqueurs de la décrépitude des repères socioculturels et du délitement des approches éducatives. Il est urgent de muter le logiciel mental et de faire émerger le nouveau paradigme d’une Philosophie éducative apurée des oripeaux de la démocratie sociale, qui a des revers mortifères. Toute société n’est, certes, pas statique, mais sachons adapter l’évolution des vertus de la démocratie sociale à l’aune des valeurs de la socioculturalité camerounaise, qui nous sont chères. Il faut savoir lier le bois au bois. Qui aime bien châtie bien!


Partager

Leave a comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *