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Afrique - 22 janvier 2022

Cameroun > Délinquance fiscale: Port autonome de Douala : «performant» et gros endetté fiscal

Le PAD, pris à la gorge par les Impôts, continue pourtant de vanter sa compétitivité en dépit des dures réalités de son exploitation.

Par Mon’Esse

Le directeur général (DG) du Port autonome de Douala (PAD), Cyrus Ngo’o, a sollicité un moratoire au service des impôts (DGI) afin de permettre à la structure dont il a la charge de «continuer à fonctionner, sans remettre en cause ses engagements». Dans une longue correspondance y relative datée du 10 janvier, il souhaite que la Direction des grandes entreprises (DGE) lève sa mesure de blocage de ses comptes bancaires pour non-paiement d’arriérés dont le principal se chiffre à 4 milliards Fcfa.

D’un montant global de 8.755.366.486 Fcfa au départ pour le compte des exercices 2017 à 2019, dont 3.752.400.233 Fcfa de pénalités et intérêts de retard de paiement, l’ardoise, selon Cyrus Ngo’o, a commencé à être épongée depuis le 2 décembre 2021.

D’où le plaidoyer à plus de mansuétude, de la part d’une DGI qui selon des sources introduites était de moins en moins encline à subir la mauvaise foi du PAD et a décidé de passer à la vitesse supérieure. «Si cette action est mise en œuvre, cela entraînera non seulement le non-paiement des salaires du mois de janvier au personnel, avec toutes les conséquences sociales, mais aussi le non-respect des échéances des engagements auprès des institutions financières et des autres partenaires», geint le patron du PAD.

Insensible à ces arguments, la DGE est passée à l’acte le 19 janvier en procédant au blocage des comptes bancaires du Port. Elle invoque le non-paiement de la dette fiscale d’un montant global de 10.529.287.192 Fcfa, frais de poursuites compris. Le cas du PAD, pour désespéré qu’il est, fait actuellement l’objet de tractations dans le sérail, a-t-on appris de sources proches du dossier. Sauf que cette situation contraste furieusement avec les performances régulièrement vantées de la place portuaire de la métropole économique camerounaise.

En début d’année en effet, sa Régie déléguée engageait un battage médiatique sur les bons résultats enregistrés, en un an d’existence, sur les plans financier et opérationnel. «La RDR a rempli, voire dépassé tous les objectifs qui lui ont été fixés : chiffre d’affaires dépassé, redevances de concession reversées plus importantes, maîtrise des charges tout en améliorant les conditions de travail. Nous avons supplanté les performances de l’ancien concessionnaire. Nous avons entrepris de réhabiliter l’outil de travail, d’améliorer les conditions de travail de nos équipages et d’appliquer les exigences prescrites. Tous les remorqueurs sont en train d’être remis en fonctionnement et nous avons lancé un programme d’acquisition de remorqueurs neufs», se gargarisait ainsi son directeur délégué, Dieudonné Lin Onana Doh dans les colonnes de Défis Actuels (10/01).

En remontant légèrement le temps, l’observateur a pourtant le loisir de ressentir comme une escroquerie commerciale. Dans les faits, et au terme de ses 98ème et 99ème sessions du conseil d’administration tenue les 21 et 22 décembre 2021, le PAD, à laquelle appartient la Régie, ne cache pas une situation financière plutôt difficile. Son budget de l’exercice 2022 connaît une baisse de 16,32%. Les dépenses chutent également (-19,85%). L’entreprise attribue ces sombres perspectives à la crise sanitaire liée au Covid-19 – c’est désormais le meilleur justificatif, dans un contexte de mal-gouvernance. Elle confesse également que le trafic-navires long court continue de baisser, alors que les conteneurs sont de plus en plus rares.

Ce que le PAD n’indique pas c’est que, dans le même temps, le nouveau Port autonome de Kribi (PAK) est en train de lui ravir la vedette, la plupart des armateurs fuyant les tracasseries et l’amateurisme en cours sur les rives du Wouri à Douala. Au premier rang des armateurs s’étant détournés du PAD figure le français CMA CGM. Ayant déserté Douala depuis avril 2021, il assure à lui seul, selon des données récentes, 23% de l’activité maritime vers le Cameroun.

En temps de Covid et de raréfaction des conteneurs, comment se fait-il que le PAK ait doublé son volume de marchandises traitées entre 2020 et 2021 ? En attendant la réponse à l’énigme, Cyrus Ngo’o, lui, continue de pavoiser. Dans le même temps, il doit affronter de nombreux procès en justice contre des partenaires abusés. Des procédures au terme desquelles la société pourrait laisser de nombreuses plumes en termes de condamnations pécuniaires. Mais l’ambition du DG demeure intacte : faire du PAD «un port performant, catalyseur de la compétitivité́ de l’économie nationale, moteur du développement sous-régional et acteur incontournable dans le positionnement du Cameroun comme plateforme logistique du Golfe de Guinée».

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