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Afrique - 25 février 2021

Cameroun > Denis Nkwebo: le journaliste-collabo récompensé

Le président du Syndicat national des journalistes du Cameroun (SNJC), Denis Nkwebo, fait partie des 15 membres de la Commission des droits de l’Homme du pays (CDHC), nommés le 19 février par décret du président de la République.

Il s’agit de la consécration d’un long compagnonnage entre le personnage et le pouvoir de Yaoundé, toujours prompt à annihiler tout effort d’indépendance et d’épanouissement de la société civile.

Cette promotion confirme également, dans le même temps, les tenaces soupçons concussion, voire de noyautage du monde syndical par cet individu qui aurait été judicieusement placé à la tête de la plus importante organisation socioprofessionnelle du pays.

Sauf que M. Nkwebo semble désormais gêné aux entournures, lui qui voudrait manifestement continuer à régenter ledit syndicat du haut de ses nouvelles fonctions. «(…) le poste de président du Snjc n’est ni un emploi ni une fonction rémunéré», a-t-il prévenu sur les réseaux sociaux, comme pour préparer l’opinion à un statut de cumulard. «Le Snjc n’a trouvé aucune incompatibilité, mais plutôt une position pour accélérer la résolution de certains de ses problèmes», renchérit un de ses factotums, dans ce qui s’apparente à du lobbying de mauvais aloi.

Las ! L’article 15 de la loi du 19 juillet 2019 portant création et fonctionnement de la Cdhc dispose ainsi, en son article 15 :

«La qualité de membre de la Commission est incompatible avec l’exercice de tout autre emploi ou fonction publique ou privée, élective ou non,  à l’exception des activités de recherche, d’enseignement ou de consultance.»

Il va donc falloir se résoudre à choisir, à moins de tenter de continuer à régenter le Syndicat à distance. Car, ce transfuge du Syndicat des journalistes employés du Cameroun (SJEC), est un fin spécialiste de la manipulation. Dans le quotidien Mutations, où il prêta sa plume pendant quelques années, Denis Nkwebo était déjà regardé de travers par certains collègues, qui le qualifiaient d’«indic infiltré» au sein de la rédaction.

Après le schisme intervenu en juillet 2007 au sein de la South Media Corporation (SMC), société éditrice de ladite publication, le collabo suivra le directeur de publication Haman Mana dans l’aventure de Le Jour, finissant par être hissé au poste de chef de bureau dans le Littoral et les zones anglophones.

Pendant des années, il produira essentiellement des faits divers insipides, postulant néanmoins à tous les concours d’enquête journalistiques lancés à travers le monde. Dans le métier, les meilleurs ne vont généralement pas à la recherche de la gloire : ce sont leurs pairs qui se chargent de les récompenser. Mais, pour Nkwebo, il s’agit de forcer le destin à travers quelques titres de noblesse.

La carrière de Denis Nkwebo connaîtra son apogée avec la bataille frontalière terrestre et maritime entre le Cameroun et le Nigeria autour de la péninsule de Bakassi (Sud-Ouest), qu’on dit potentiellement riche en hydrocarbures. Depuis son bureau de la métropole économique, il épate l’opinion à travers la précision de ses reportages sur les affrontements entre les armées des deux pays, mais surtout sur les assauts des différentes milices qui écument la zone. A travers ses écrits, le correspondant de Le Jour à Douala donne l’impression d’être sur le théâtre des opérations.

Ce que beaucoup, et sa propre rédaction en premier ne savent pas alors, c’est que le professionnel est gavé en «nouvelles» par un mentor, le général de division Roland Mambou Deffo alors commandant de l’«Opération Delta», basée à Limbe et vouée à la pacification de de Bakassi.

Ce qui se chuchote alors, dans les rangs des gradés de la grande muette c’est que l’ancien pensionnaire de l’Ecole supérieure de guerre de Paris, décédé le 25 janvier 2015 à Paris, fait de la surenchère sécuritaire. On l’accuse de monter en épingle les moindres escarmouches pour demander l’augmentation des budgets destinés à l’achat des armes et des munitions. Idéalement placé au sein d’une rédaction de premier plan, Denis Nkwebo se charge alors de relayer servilement les rapports de celui qui apparaît à l’époque comme son gourou.

Lorsque l’affaire s’ébruite au sein de l’armée, le journaliste cesse brusquement d’écrire sur Bakassi, au grand dam des lecteurs qu’il avait habitués à ses écrits épicés. Nul ne sait si les deux faits sont liés, mais c’est à cette époque que ledit journaliste, dont le salaire ne doit pas dépasser les 150.000F, s’offre une Renault Logan flambant neuve.

Par la suite, la plume de Denis Nkwebo devient rare dans les colonnes de Le Jour, dont il démissionne le 29 juillet 2019. Pour les mauvaises langues, le journaliste aurait subi les pressions des gourous du régime Biya, qui lui reprochent de travailler pour un «journal d’opposition». Sa nomination à la Cdhc semble donc couler de source.

Ilyass Chirac Poumié

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