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Afrique - Afrique - Trajectoire - 3 semaines ago

Cameroun > Disparition: Le Sultan est en route vers les ancêtres

La nouvelle est tombée comme un couperet en milieu de matinée ce 27 septembre 2021. Un homme écartelé entre tradition et modernité.

Les expressions redondantes « grosse perte »,  » haut commis de l’État »,  » homme de conviction »,  » un homme déterminé » émaillent les témoignages à chaud des hommes politiques contactés juste à l’annonce de la triste nouvelle. Le Sultan des Bamoun qui a entamé dans la nuit du dimanche au lundi a l’hôpital américain de Paris son grand pèlerinage vers ses ancêtres n’était pas un gardien des traditions comme les autres dans les Grassfields camerounais. Non seulement son autorité monarchique s’étendait sur tout le département du Noun mais aussi il était un grand serviteur de l’État du Cameroun devant l’Éternel.

Lui qui est né le 27 octobre 1937, range définitivement ses attributs royaux à 83 ans, alors que physiquement, tout indiquait récemment un homme au mieux de sa forme. Il aura servi dans les deux régimes de l’État. Diplomé de l’Institut d’études administratives de Dakar, intègre l’administration camerounaise en 1958, soit quatre ans avant son ami Paul Biya. En sa qualité de Secrétaire du Haut Commissaire de la République française, il surplombe l’appareillage administrative avant les indépendances.

Après les indépendances, il aura été tour à tour ministre et ambassadeur, en Egypte et en Guinée Équatoriale. En tant que ministre, c’est en charge du porte-feuille des sports qu’il se sera le mieux illustré. L’histoire retient qu’il aura pris sur lui d’engager le Cameroun dans l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations de 1972 sans se réfèrer à Ahmadou Ahidjo. Ce qui du reste va entraîner son départ du gouvernement.

Ami décomplexé de Paul Biya

Il est sans conteste l’un des ministres qui aura joué un rôle déterminant dans la crise au sommet de l’État entre Paul Biya et Ahmadou Ahidjo. Alors que ce dernier demandait à tous les ministres  du Grand Nord de démissionner en masse du gouvernement pour contraindre Paul Biya à la démission comme il l’avait du reste fait contre Marie Mbida à la Primature à la veille de l’indépendance du Cameroun, Ibrahim Mbombo Njoya, soutenu par son père à l’époque, va s’y opposer fermement. Par là, il avait donné du répit dit-on, au pouvoir de Paul qui venait à peine d’entrer au Palais de l’Unité.

Après le départ de son père Seidou Njimouluh Njoya, il s’est assis sur son trône le 10 août 1992. Depuis lors, c’est au sein du Rdpc, le parti présidentiel qu’il va faire valoir ses services. A son départ, il n’est pas suppeflu de rappeler qu’il était le patron politique Rdpc dans la région de l’Ouest. En plus de ceci, il était sénateur nommé du Rdpc dans la région. Au Grand dialogue national tenu du 30 septembre au 4 octobre 2019, il avait fait sensation en disant aux  siens du haut de la chaire que la forme de l’État en lui-même dépend de ce qu’on met dans le contenu.

La décentralisation et le fédéralisme, faisait-il savoir, étaient presque identiques et ne se distinguent qu’au niveau de la mise en œuvre. Il en appelait aussi à l’alternance au sommet de l’État du Cameroun. La dernière sortie croustillante qu’il aura servi aux Camerounais, est la réception du président de la Caf dans palais de Foumban alors que ce dernier n’avait pas encore rencontré Paul Biya. Consternation à Yaoundé. L’homme qui s’en va était prompt à prendre ses libertés quand il le fallait, mais foncièrement un proche de Paul Biya.

Est-ce cette propension à prendre ses libertés qui a déterminé le président de la République à préférer Marcel Niat Njifendi à la présidence du Sénat alors que tout indiquait que le Sultan était bien parti pour être la deuxième personnalité de l’État en 2013? Une de ses difficultés majeures aura été l’Udc qui aura pratiquement rogné de manière substantielle son influence dans le département du Noun et certainement au niveau national. Le roi parti, on attend vivement le roi sur son trône car dans les Grassfields, un roi ne meurt jamais mais il s’en va rejoindre ses ancêtres. 

Léopold DASSI NDJIDJOU

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