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Afrique - Afrique - 3 semaines ago

Cameroun / Dossier Opération épervier 20 ans après > Responsabilités: Paul Biya et le Rdpc au banc des accusés

Presque tous les clients de l’opération épervier ont entretenu d’étroites relations avec le parti de Paul Biya. Pourquoi détournent-ils les fonds publics ?

Par Joseph OLINGA N.

Plus de 20 ans après le déclenchement de l’opération d’assainissement de la gouvernance publique, la justice camerounaise a exclusivement jugé des personnes membres du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) ou reconnues proches du parti au pouvoir.

Des personnes souvent a des postes de prise de décision ou proches de ceux qui ont la latitude de décider des mouvements financiers dans les administrations publiques ou des entreprises parapubliques. Une curiosité dans un contexte où l’initiative de la lutte contre la corruption et les détournements de deniers sont l’initiative du chef de file de la formation politique à laquelle ils se réclament toujours, pour la plupart. Qu’est-ce qui fait plonger les camarades de Paul Biya?

C’est un haut cadre de l’administration et militant en vue du Rdpc qui essaye une tentative de réponse sous anonymat. Notre source explique que le dispositif réglementaire en matière de manipulation des fonds publics, dans la haute administration ouvre la porte à ce type d’habitude. Ce secrétaire général de ministère souligne que les ministres, directeurs généraux et autres hauts cadres d’administration «bénéficient de facilités prévues par la loi qui leurs permettent de disposer de liquidités à tout moment.»

Un dispositif dont l’objectif premier est de «contourner les procédures drastiques imposées par les bailleurs de fonds du Cameroun.
En l’absence de compte bancaire, d’importants stocks de liquidité transitent directement des caisses du Trésor public vers les coffres ministériels. Des fonds manipulés entre le ministre et les responsables financiers sans protocole garantissant une traçabilité une comptabilité efficiente.

«Ce mode de gestion amène les ministres, seuls ordonnateurs, à manipuler au quotidien des espèces sonnantes et trébuchantes importantes et sans véritable garde-fou. En fait, les seules procédures sont celles définies par celui qui est, à la fois, caissier et comptable.» Dans le même temps, le dispositif en place indique que le ministre est le seul ordonnateur des retraits de fonds auprès du trésor public «en parfaite collaboration avec le ministre des finances». Une véritable manne pour de nombreux membres du gouvernements, directeurs généraux et autres hauts responsables de l’administration publique qui finissent par confondre cette proximité avec les fonds avec leurs ressources personnelles.

Cartons et soutien aux activités du parti

Difficile dans ce contexte d’imaginer un responsable financier, sous les ordres d’un ministre ou un directeur général exiger des pièces justificatives, en l’absence d’un protocole codifié lorsqu’il reçoit un ordre de transaction financière de sa hiérarchie. Du coup, la plupart des gestionnaires publiques, par ailleurs membres du Rdpc ne se privent pas de mettre la main à la caisse pour soutenir les activités du parti. Une «générosité» par ailleurs encouragée par de nombreuses sollicitations du parti et les exigences parallèles auxquels ils sont soumis. S’installe alors une chaîne de redistribution informelle des fonds publics, en marge des procédures indispensables en matière de gestion des fonds publics.

Il est de notoriété que lors des activités engageant le Rdpc, une grille de contributions est rendue publique. Tarifaire de cotisations «obligatoires» qui indique au détail les attentes du comité central du Rdpc selon que l’on soit militant de base, cadre politique, commis d’administration, directeur d’administration, directeur général, ministre ou opérateur économique membre du parti présidentiel.

La mesure est également contenue dans les textes de base du Rdpc. L’article 26, en illustration non exhaustive instruit les cadres du parti et autres responsables à donner du leur pour soutenir le président national du Rdpc, dans la conduite des affaires du parti en dehors des réunions statutaires. Une obligation qui donne aux gestionnaires de la fortune publique la latitude de puiser dans les caisses de l’Etat au motif d’entretenir la base militante et financer les actions en faveur du renforcement de l’aura du parti.

C’est dans le même sillage que ces gestionnaires attribuent, volontairement ou sur recommandation une multitude de marchés publics de gré à gré, au nom de «la tradition des cartons». Des marchés dont l’essentiel sont mal ou non exécutés. Un poste de dépense qui bénéficie aux amis et aux alliés politiques. Il est de notoriété que l’essentiel des acteurs de la classe politique, de tous bords, s’abreuvent à cette source. Une pratique à laquelle s’adonnent la majorité des gestionnaires de la fortune publique, moyennant parfois des «retours d’ascenseur» qui s’étalent à l’ensemble de la chaîne administrative locale.

C’est ainsi que l’essentiel des justiciables, lors des audiences relatives à l’Opération épervier, ont soutenu avec de nombreux arguments avoir débloqué d’importantes sommes d’argent (parfois des centaines de million) sur la demande de la hiérarchie du Rdpc. Des fonds non ou mal comptabilisés qui trainent souvent nombre de «camarades» du président national du Rdpc devant la justice et les cellules infestées des prisons camerounaises. Des «victimes» d’un système qui leur impose le droit de réserve et le devoir du silence, au nom du parti et du camarade président national du parti du flambeau ardent.

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