LA UNE Opinion Société panorama 26 octobre 2020 (0) (141)

Cameroun > Drame de Kumba: Au delà des émotions

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Selon le gouvernement camerounais, un groupe de près d’une dizaine d’assaillants munis d’armes de guerre et constitués en véritable commando, a fait irruption à bord de trois (03) motocyclettes dans l’enceinte du complexe scolaire privé dénommé : “Mother Francisca International Bilingual Academy”, puis a ouvert le feu sur des élèves se trouvant dans les salles de classes.

Le bilan de cette attaque survenue aux environs de 11 heures, le 24 octobre 2020 dans la ville de Kumba, Chef lieu du département de la Meme , région du Sud-Ouest est lourd.
Selon les autorités camerounaises, six (06) élèves, soit cinq (05) filles et un (01) garçon, tous âgés entre 09 et 12 ans, ont été assassinés. Treize (13) autres ont été blessés, soit dix (10) filles et trois (03) garçons dont sept (07) cas avérés préoccupants.

Pour les autorités qui promettent toutefois de diligenter une enquête afin de déterminer les circonstances exactes de l’attaque et de rechercher activement les coupables afin qu’ils répondent de leurs actes devant la justice, ce sont des éléments des bandes armées terroristes sécessionnistes qui sont les auteurs de la tuerie de Kumba.

Certains leaders et autres activistes sécessionnistes pointent de leur côté, le doigt accusateur sur les éléments des forces de défense et sécurité camerounaises qui auraient agi afin d’imputer le crime aux séparatistes dans le but de les diaboliser et « délégitimer » leur combat.

C’est pourquoi, d’autres personnes réclament une enquête indépendante et, ou internationale sur cet événement qui s’apparente à un véritable crime de guerre et par prudence à la lumière des événements survenus Ngarbuh dans la région du Nord-Ouest le 14février 2020, où l’armée avait dans un premier temps nié sa responsabilité avant que le gouvernement ne l’admette plus tard.

En attendant, le drame de Kumba suscite une vague de condamnations et d’indignations au Cameroun et à l’étranger. Il est survenu trois semaines à peine après la rentrée scolaire 2020/2021 et viole gravement le droit à la vie et le droit à l’éducation, qui constituent des droits fondamentaux de toute personne appartenant à l’espèce humaine.

A cet effet, tout être humain animé par le bon sens ne peut qu’être en accord avec le gouvernement camerounais qui estime

qu’aucune cause au monde ne peut justifier ou légitimer de telles atteintes à la vie d’êtres humains, encore moins à celle d’enfants innocents d’élèves ou d’étudiants.”

Il faut se rappeler que le drame de Kumba n’est pas le premier enregistré dans le cadre de la grave crise sociopolitique qui secoue les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis octobre 2016, et à laquelle est venue se greffer une insurrection séparatiste depuis fin 2017.
De nombreux civils innocents pour la plupart, y ont péri et pour certains dans des conditions particulièrement atroces, suscitant souvent aussi des vagues d’indignations.

Mais les émotions passent et le conflit perdure.
Il faut donc tirer avec lucidité, toutes les leçons de ce qui s’est passé à Kumba et ailleurs avant, en rapport avec le conflit dans les régions anglophones pour prévenir d’autres atrocités.
Cela suppose notamment la recherche d’un large consensus national sur les voies et moyens de sortie de l’impasse.
Les nuances observées dans les différentes réactions de condamnations des crimes de Kumba des acteurs politiques et de la société civile, laissent transparaître des profondes divisions relativement aux pistes de solutions de la crise anglophone.

Par ailleurs, le gouvernement semble aujourd’hui reconnaître en de termes à peine voilés que le chemin qu’il a choisi à travers le processus politique qu’il a engagé pour espérer un retour à la normale dans les régions anglophones qui doit être parachevé avec la mise en place effective des régions comme Collectivités Territoriales Décentralisées ,à l’issue des élections du 06 décembre 2020, ne pourra pas être en mesure de résoudre le problème sans une collaboration active des pays dit “amis .” qui “hébergent les commanditaires de la rébellion” anglophone.

Éric Boniface Tchoukeu, Journaliste éditorialiste. Chef de Chaîne Radio Siantou. Conseiller Editorial et founding father panorama papers

Il faut donc aussi négocier avec ses pays “amis” qui manifestement sont en mesure de pouvoir agir sur ces commanditaires qui sont également les financiers des “groupes rebelles”, à défaut d’engager directement des pourparlers avec ces derniers.
En tout cas, si rien de concret n’est fait dans ce sens, on vivra encore malheureusement d’autres “Kumba” ou comme hier d’autres “Ngarbuh.

Éric Boniface Tchoukeu


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