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Politique - 4 semaines ago

Cameroun > Emplois publics: L’équilibre régional comme un serpent de mer

Dans un courrier signé le 28 avril 2022 par le Ministre d’Etat, Secrétaire Général de la Présidence de la République et adressé au Directeur Général de la Société de Développement du Coton du Cameroun (Sodecoton), Ferdinand Ngoh Ngoh signifie au destinataire de sa correspondance, que la Présidence de la République a été saisie de dénonciations mettant en cause la conduite par les organes dirigeants de la Sodecoton, d’une politique de gestion des ressources humaines qui serait dommageable à « l’unité nationale, à la stabilité du climat social et à un retour durable à la performance au sein de cette entreprise. »

Par Éric Boniface Tchounkeu

Le Ministre d’Etat, Secrétaire Général de la Présidence, demande à Mohamadou Bayero Bounou en poste depuis 2016,qu’en attendant que la lumière  soit faite sur ces récriminations, qu’il  veille à ce que  les recrutements et la gestion du personnel à la Sodecoton, respectent  les exigences  d’équilibre et de représentativité  de toutes les composantes sociologiques de la nation.

 Réagissant à cette correspondance, le même 28 avril 2022 sur sa page facebook, le Directeur de la Publication du journal  L’Oeil du Sahel Guibaï Gatama, par ailleurs  promoteur du Mouvement « 10 Millions de Nordistes » qui a pour but de défendre les intérêts des trois régions septentrionales  du Cameroun, écrit notamment que la Sodecoton, entreprise détenue à 59% par l’Etat,30% par Geocoton et 11% par SMIC, « n’est particulièrement pas attractive pour de nombreux jeunes cadres originaires du Grand Sud » ; cela  à cause  « d’un environnement climatique difficile et des salaires bas. »

Guibaï Gatama qui dénonce régulièrement le non respect des quotas réservés aux ressortissants du Grand Nord dans les concours et autres recrutements dans le public, réclame que l’on fasse  des décomptes  dans toutes les entreprises  d’Etat dans l’espoir que l’équilibre régional qu’il appelle  de ses vœux, soit enfin respecté.

Il convient de relever que la dernière correspondance du Ministre d’Etat, Secrétaire Général  de la Présidence de la République au Directeur Général de la Sodecoton, a relancé dans l’espace public le débat  sur la problématique de l’équilibre régional  au Cameroun.

Le déséquilibre de la politique de l’équilibre régional

On observe en pratique des lacunes dans  l’application de  cette politique de l’équilibre régional   qui déterminent la manière dont les emplois publics sont pourvus .Elle a été instituée par un décret signé par le Président Ahmadou Ahidjo le 07 septembre 1982 et réaménagée par d’autres textes dont le plus récent est un décret du Premier Ministre publié le 13 septembre 2000,fixant le régime général des concours administratifs.

L’article 61 (1) de ce dernier texte, dispose qu’un arrêté du Premier Ministre, « fixe les quotas de places réservées lors des concours administratifs aux candidats de chaque région. »

Malheureusement, 22ans  après, on attend toujours cet arrêté ; ce qui favorise  malgré tous les autres encadrements normatifs pour combler le vide, de flagrantes violations des textes  qui régissent les concours d’admission dans de nombreuses grandes écoles étatiques, et des recrutements dans les entreprises publiques par des personnes chargées  d’appliquer la norme.

Ces dernières exploitent souvent de manière perverse les zones d’ombre et autres flous qui entourent la politique des quotas pour instaurer le favoritisme, le népotisme ou encore la corruption.
Les textes sont par exemple imprécis sur la répartition du nombre de places à l’intérieur d’une région ou sur les quotas ethniques dans chaque concours ; étant entendu que certaines ethnies sont disséminées dans plusieurs régions du fait du découpage administratif.
 La politique de l’équilibre régional qui aurait dû être provisoire ne devrait plus être en vigueur; car son but qui était de permettre à toutes les composantes sociologiques d’accéder à la fonction publique dans un pays pluri-ethnique, n’est plus justifié 62 années après l’indépendance.
Elle doit être abandonnée au bénéfice d’une autre politique de discrimination positive à l’instar de la politique de « l’affirmative action » pratiquée aux Etats-Unis d’Amérique, qui a notamment permis la promotion des Noirs.

A la différence de la politique de l’équilibre régional qui est permanente, celle de la discrimination positive est occasionnelle et donc exceptionnelle.

Elle s’appuie davantage sur l’équité et est en plus exposée à un contrôle juridictionnel plus accru afin de s’assurer qu’il n’y a pas eu de violation des droits reconnus à chaque citoyen. Ce qui signifie que la discrimination positive ne s’applique pas si elle est de nature à violer les droits d’un citoyen.

En attendant, le maintien de la politique des quotas dans les concours administratifs suppose si on veut être transparent : la publication préalable du nombre de places ouvertes par région, département voire par arrondissement   et par ethnie ; ensuite la publication des conditions à remplir pour le recrutement ou des corrections des épreuves ainsi que les critères ou barèmes de notation immédiatement après la collecte des dossiers ou des copies des candidats ; et enfin il faut rendre public dans un temps court, les résultats et les rangs  de tous les candidats en faisant ressortir leurs régions d’origines et leurs ethnies,

Eric Boniface Tchouakeu, Chef de Chaîne Radio Siantou. Conseiller éditorial à Panorama papers

y compris ceux des non admis avec possibilités de réclamations, afin de permettre à tout le monde de pouvoir se faire une idée des candidats définitivement admis et aux recalés de pouvoir tirer les leçons de leur échec pour mieux se préparer les prochaines échéances. 

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