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Afrique - Afrique - 5 août 2021

Cameroun > Extraction minière: Les chinois accusés d’avoir dévié et pollué des cours d’eau [Enquête panorama papers]

Les populations du village Dem 2 (arrondissement de Batouri département de la Kadey) sont depuis plusieurs années maintenant  aux abois.

L’unique rivière « Mbil » qui alimentait le village   n’existe plus ; il a été pollué puis  dévié de son cours par une entreprise chinoise installée en amont, raconte le chef du village Olivier Bell Adah. Nous n’avons plus de rivière ici Depuis que  les chinois  ont installé leur entreprise d’exploitation de l’or en amont, ils déversent la boue de leur gravier mélangée au mercure utilisé pour extraire l’or dans la rivière. L’eau est polluée et son lit a été dévié  plus personne ne peut la consommer même les bêtes; déplore le chef traditionnel

La rivière ou ce qui en tient  encore lieu est désormais une coulée boue rougeâtre qui  peine  à couler entre des amas de terre.

Aujourd’hui  dans le village, seul un forage à motricité humaine alimente les près de 7.000 âmes qui peuplent  désormais Dem 2  en eau potable.   

La disparition de ce cours d’eau serait même  la principale cause de morbidité des habitants.  A en croire Rigobert Yehona Bello aide-soignant qui dirige le petit centre de santé privé créé il y a à peine un an, la fièvre typhoïde, le paludisme, la diarrhée, les blessures  liées au concassage des cailloux dans des trous miniers et les accidents de la voie publique sont les cas les plus récurrents en consultation

Comme les gens boivent n’importe quelle eau ici parfois dans des puits non aménagés cela entraine des diarrhées   de la fièvre typhoïde, mais également le palu parce que la rivière  ne coule plus. Précise l’aide-soignant.

La rivière Mbil ne servait pas seulement à l’approvisionnement en eau potable aux populations, l’activité de pêche y était également exercée, elle permettait à nombreuses personnes de vivre de la pêche ;  aujourd’hui, tous ceux qui  en avaient fait leur gagne-pain quotidien se sont reconvertis à l’orpaillage ou au transport par moto taxi  souligne Junior Mandouké, un jeune du village.

En lavant leur gravier les chinois déverse de la boue qui obstrue le cours d’eau Mbil, ce qui fait que les activités de pêche qui s’y menaient ne sont plus possibles ;   les pauvres pêcheurs ont été contraints de se reconvertir à d’autres activités notamment l’orpaillage et le transport par moto taxi. Même les autres petits points  d’eau qui étaient alimentés par le Mbil ont tari  Explique t il.

Rendu auprès de l’entreprise accusée, les responsables Camerounais trouvés sur place n’ont pas souhaité comment le sujet, ils ont plutôt   laissé entendre que leur patron était absent.

Des Trous creusés puis abandonnés

A Dem 2 comme partout ailleurs dans les sites  d’exploitation artisanale de l’or à l’Est du Cameroun, le sol est parsemé de trous très profonds qui s’étendent à perte de vue. Il s’agit d’anciens puits creusés par des entreprises chinoises de la semi mécanisation. Une fois la ressource épuisée, les exploitants migrent vers d’autres sites plus  prometteurs en laissant derrière eux sans réhabilitation comme l’éxige le code minier, de véritables  lacs de cratère qui deviennent pour ainsi dire des pièges mortels pour les hommes et le bétail. Entre 2016 et 2019 l’Ong,  Forêt et Développement Rural (Foder) avait dénombré pas moins d’une centaine de personne mortes par noyade dans ces trous béants.

Pourtant le code minier du 14 décembre 2016 à son article 136 al 1 est claire :

« La restauration, la réhabilitation et la fermeture des sites miniers … incombent à chaque opérateur »

l’aliena 3 va plus loin en indiquant ; « Les anciens sites miniers … doivent retrouver des conditions stables de sécurité, de productivité agro- sylvo- pastorale  et d’aspect visuel proche de leur état d’origine… »

Malheureusement à Dem 2 comme Kana ou à Kambelé, les activités agro-sylvo-pastorales ne sont plus possibles au regard de l’étendue des forêts et des sols dégradés. Toutes nos tentatives de rencontrer le délégué départemental des mines de la Kadey sont restées sans suites.

Selon son collègue de l’Environnement de la Protection de la Nature et du Développement  Durable, les amandes de trois à cinq millions de fcfa sont généralement infligées aux entreprises qui ne respectent pas  la règlementation. Bernard Répéré dans un entretien accordé au quotidien Mutations édition du 5 juillet 2021 déplore l’absence de collaboration entre le ministère Mines et celui de l’Environnement, notamment sur le partage des résultats des études de l’Impact environnementale et social dont il affirme que les copies sont remises aux exploitations miniers et pas à son ministère.

Ebénizer DIKI de retour de Dem2

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