LA UNE Opinion Société panorama 29 juillet 2020 (0) (209)

Cameroun > Génération maquisard: Silence on tue

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Ces derniers jours, des scènes de violence létales sont devenues récurrentes dans l’ensemble des strates sociales. De l’administrateur aux chageurs, en passant par le vigil et surtout la police.

La semaine écoulée, un coup de latte assommé par un jeune laveur a ôté la vie à un gendarme à l’agence Finnex de Douala. Il y a quelques jours, c’est le sous-préfet de la Lokoundjé qui a tué une adolescente créant l’émoi et la désolation totale. Autant dans la sphère privée que dans l’espace public, la violence est devenue ritualisée et normalisée.

Lorsque l’on parle de la violence urbaine, la délinquance des jeunes est, souvent, désignée comme une de ses formes les plus courantes. Elle est visible à travers les agressions, les suicides, les meurtres, les assassinats et les crimes organisés à l’intérieur des bandes armées. Cependant, certains chercheurs en sciences sociales proposent de dépasser une vision des jeunes délinquants comme étant des asociaux invétérés, des habitués de la transgression pour s’interroger plutôt sur le sens profond du phénomène.

Cette vision stigmatise la société qui semble fonctionner envers ces jeunes comme un système familial destructeur et estime qu’une modification de sa relation avec eux, en apprenant à les écouter et à les accueillir avec leurs envies et leurs révoltes, pourrait contribuer à transformer les conduites agressives en désir de vivre et de construire un avenir à partir de valeurs intérieurement reconnues.

Le problème des jeunes serait donc un besoin constant d’identification dans un environnement de mutations pluriculturelles. La diffusion de modèles extérieurs, en contexte urbain, est à la base de certaines formes de violences qui s’y développent puisque les choix urbanistiques se sont, souvent, appuyés sur des concepts inadaptés aux réalités économiques, socioculturelles et aux capacités technologiques de l’Afrique.

Un journaliste assassiné au domicile d’un sous-préfet dans le Mbam et Inoubou

Les modèles exogènes d’urbanisation concourent à la production, en ville, de la violence frustrative parce qu’il y a des écarts entre aspirations et besoins des citadins en matière d’équipements urbains. Il est aussi produit, en ville, une violence colérique, qui est fondée sur un vif sentiment de frustration intérieure se manifestant, singulièrement, par des émeutes urbaines et des scènes de pillage collectif. Aussi y a-t-il une troisième catégorie de la violence qui est instrumentale parce que caractérisée par les actions de coercition policière dans les rues.

Au-delà de cette typoligisation de la violence, il faut noter que le chômage, si largement répandu dans les villes, l’augmentation croissante du nombre de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur sans emploi et en quête d’intégration urbaine sont des déterminants susceptibles d’inciter les acteurs sociaux à remettre sur la sellette la formation académique et à plaider pour une formation supérieure professionnalisée.

La jeune dame tué par le sous-préfet de la Lokoundjé

Cette quête est aussi une forme de violence puisqu’elle semble vouloir exclure et dévaloriser les autres formes de savoir accusées de fabriquer des chômeurs à la seule faveur des formations techniques. La ville est aussi un espace d’expression de la violence au sein de L’État. Cette violence légale de L’État est assortie de privilège de coercition légale. Prisons; soldats; police; tribunaux sont autant de moyens de violence que se donne L’État par sa constitution.

Ne négligeons pas aussi et surtout les fantômes de la crise anglophone qui seraient manifestement entrain de poursuivre activement le reste du Cameroun. Si non? Comment comprendre que sous-prefets et commissaires de polices soient aussi devenus des maquisards tueurs au lieu de protecteurs de la société? Le tout dans un silence assourdissant des autorités occupés à pourchasser les opposants de Paul Biya jusque dans chefferies traditionnelles.

Serge Aimé Bikoi


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