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Cameroun > Gouvernance: La désacralisation de l’institution de la présidence de la République

Une controverse née de la réception de l'ancien ministre de l'Eau et de l'Energie(Minee) à la présidence de la République continue d'alimenter analyses, commentaires et conjectures. Deux journaux locaux, en l'occurrence l'hebdomadaire "Le Reporter hebdo" et le tri-hebdomadaire "Essingan" sont, d'ailleurs, les premiers à dénoncer l'apparition de cet ancien membre du gouvernement tant il s'est, négativement, illustré comme un criminel des deniers publics. La médiatisation à outrance de l'image de l'ancien Directeur général de la Camwater accompagné du ministre directeur du cabinet civil de la présidence de la République et d'un promoteur de média a choqué plus d'un et a drainé l'idée de la profanation de l'enseigne du Chef de l'État.

Par panorama
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Par Serge Aimé Bikoi

Le Cameroun est une curiosité. Ce n’est pas la première fois qu’un ancien membre du gouvernement épinglé par la justice camerounaise se retrouve, quelques jours après, dans les milieux publics sans vergogne et sans scrupule. Le premier cas en date est celui de l’ancienne ministre de l’Education de base qui, après avoir remboursé le corps du délit en janvier 2013, avait été libérée. Quelques semaines après, Haman Adama s’était retrouvée dans les rangs du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), où elle avait battu campagne pour le compte du double scrutin législatif et municipal de 2013. Le comité central du parti au pouvoir ne s’était donc pas soucié des frasques de cette ancienne gestionnaire de crédits publics et avait tôt fait de la mettre à contribution pour défendre l’idéologie du parti lors de cette campagne électorale. Mais quelle image d’avoir, dans les grappes du parti du flambeau ardent, une dame ayant eu, par le passé, des soucis avec l’État du Cameroun qui l’a fait épingler en justice? Pour des électeurs rigides, ce genre d’image teinté d’intrigue ne peut-il pas créer un effet boomerang de manière à entraîner un vote-sanction de la démographie électorale importunée et irritée par la présence de cette personnalité publique indélicate ? A chacun (e) d’en juger fort opportunément !

Le 31 mars 2014, l’ancien ministre des Enseignements secondaires (Minesec) avait été, contre toute attente, interpellé et écroué à la prison centrale de Yaoundé sur instruction du procureur général du Tribunal criminel spécial (Tcs). Cette arrestation, ayant contrebalancé le chef de l’État du Cameroun en court séjour privé à l’étranger, les hautes instructions avaient été diligentées pour contraindre le ministre de la Justice, garde des sceaux, à libérer Louis Bapes Bapes, de regrettée mémoire. Toute chose qui avait été faite. Illico presto, l’ancien patron des Enseignements secondaires avait recouvré sa liberté dans la soirée du 1er avril 2014 à la grande satisfaction des membres de sa famille, qui avait, cette nuit-là, organisé une grande célébration arrosée de ripailles et d’agapes. Alors que l’on s’attendait à ce que ce membre du gouvernement passât quelques jours de pénitence en sa résidence, le lendemain, il s’était retrouvé dans ses bureaux au ministère des Enseignements secondaires et avait continué à traiter des dossiers comme si rien ne s’était déroulé il y a 48 heures. Or, une tâche indélébile, en terme de souillure, s’était incrustée dans sa vie publique en tant que ministre de la République.

Aujourd’hui, c’est le cas de Basile Atangana Kouna qui défraie la chronique. Après avoir remboursé le corps du délit le 29 juillet 2022, toute procédure ayant débouché, immédiatement, sur sa libération, le 30 août dernier, l’ancien ministre de l’Eau et de l’Energie(Minee) a été reçu en audience par le ministre directeur du cabinet civil de la présidence de la République. S’est aussi retrouvé, ce jour-là, dans cette institution de la haute autorité de l’État un promoteur de média connu de tous. Un mois a, pour ainsi dire, suffi pour que l’ancien Directeur général de la Cameroon water utilities(Camwater), qui avait passé quatre ans dans le principal pénitencier de Yaoundé, fût, aujourd’hui, scénarisé au palais de l’unité. Certaines sources informatives font état de ce que l’ancien ministre de l’Eau et de l’Energie et le promoteur du groupe de presse en question ont un problème lié à un litige foncier consécutif à la construction de l’immeuble Ekang. A cause de cette querelle foncière, le ministre directeur du cabinet civil de la présidence de la République se positionne comme le médiateur grâce à qui le conflit entre les deux personnalités publiques ressortissant, tous les deux, du département de la Mefou Akono a été, à coup sûr, aplani. Soit! Au-delà de cette information exclusive, il y a, tout de même, une curiosité liée au choix de l’institution de la présidence de la République, qui est un lieu sacré, voire sacralisé pour régler ce différend foncier. Eu égard au fait que c’est un problème relevant de la vie privée de chacune des personnalités publiques, il était opportun que le “gate Keeper” ou le haut fonctionnaire de la présidence de la République organisât un terrain d’entente entre les deux dans un lieu privé neutre, qui ne soit pas connu du grand public ou même si c’est connu de l’Agora, que ce ne soit pas dans le sérail du palais présidentiel. Or, en s’affichant, manifestement, au palais de l’unité, les trois figures publiques s’exposent sans fards et créent un électrochoc dans l’espace public. En diffusant, de manière prescriptive et massive, l’image de ces trois personnalités sur les réseaux sociaux, les propagateurs pensent plaire à plus d’un. Pourtant, cette image suscite le dégoût, l’aversion et la désapprobation du bas-peuple, qui en veut à une figure épinglée, ces derniers temps, par la justice camerounaise. Le fait que ce soit un criminel économique qui se livre à cette monstration sans inquiétude de conscience incline plus d’un à soutenir la thèse de la profanation de l’institution de la présidence de la République. Certains postulent, de surcroît, l’argument selon lequel la présidence de la République a été galvaudée, souillée et, par corollaire, annihilée. Car, comment comprendre la mise en scène d’un ancien détenu qui a commis des frasques en matière de prévarication des deniers publics ? Sommes-nous en face de la République qui célèbre les voleurs et les brigands à col blanc? L’on dirait, sans coup férir, que le Cameroun a basculé dans la valorisation des anti-valeurs, dans la normalisation des anti-normes et dans la sublimation des anti-modèles. L’on envoit des gestionnaires de crédits publics voler. Après, ils sont libérés suite à la restitution du corps du délit. Puis, ils sont reçus, en grandes pompes, dans un lieu sacré aujourd’hui désacralisé. Des populations locales croupissent dans les bas-fonds des quartiers sans eau potable, sans énergie électrique, sans routes, sans plateau technique dans les hôpitaux et centres de santé et sans moyens financiers et matériels, conséquence de la récession économique ambiante et chancelante. Mais la République anomique préfère mettre en vitrine les milliardaires brigands économiques, les influences sans foi ni loi, les entrepreneurs économiques en situation d’indélicatesse avec le fisc. Bref, cette République anomique met en scène les personnalités, dont la moralité est douteuse. La crise des modèles de référence entraîne, par conséquent, le règne des anti-midèles.

Serge Aimé Bikoi, journaliste et Sociologue du développement

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Revue de presses du 28 11 2022

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