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Politique - 2 semaines ago

Cameroun > Grève des Enseignants: La délégitimation des syndicats

Dans un courrier signé le 06 mai 2022 et adressé aux Gouverneurs des régions, le Ministre de l’Administration territoriale, instruit ses collaborateurs notamment de procéder à l’identification systématique et à l’interpellation, le cas échéant les signataires des tracts des mouvements dénommés « On a Trop Supporté » (OTS) et « On a Trop Attendu (OTA), conformément aux lois et règlements en vigueur.

Par Éric Boniface Tchouakeu

Ce sont ces mouvements qui ont été à l’origine des grèves qui ont empêché, ou qui empêchent le fonctionnement normal des établissements scolaires publics depuis le 21février 2022.
Un autre document publié le 23 avril 2022 principalement sur les réseaux sociaux, appelle les enseignants à poursuivre la grève dès le début du troisième et dernier trimestre de l’année scolaire entamé le 25 avril 2022.

Cet appel est visiblement au moins partiellement suivi, puisque le Ministre Paul Atanga Nji demande aux Gouverneurs des dix (10) régions de tenir la main ferme à l’application des sanctions prévues par les textes en vigueur, conformément à la lettre que leur a envoyée la Ministre des Enseignements secondaires en date du 28 avril 2022, en ce qui concerne les enseignants absents de leurs postes sans aucune raison valable.
Pour en arriver là, le Ministre de l’Administration territoriale constate que sur instruction du Chef de l’Etat, le Gouvernement a œuvré sans relâche en vue d’apporter des réponses appropriées aux problèmes soulevés par les enseignants depuis le début de la vague de leurs revendications déclenchée au mois de février dernier.

Paul Atanga Nji souligne que des mesures prescrites par le Président de la République sont déjà perceptibles pour de nombreux enseignants à travers des salaires des mois de mars et d’avril 2022.
Il mentionne aussi la réduction considérable des délais de traitement des dossiers d’intégration et des avancements des enseignants.

Mais le Gouvernement qui avait de bonne foi associé les enseignants qui se réclament des mouvements « OTS » et « OTA » aux concertations qui en principe ne concernaient que les syndicats du secteur éducatif ayant une existence légale, déclare à travers le Ministre de l’Administration territoriale, qu’il apparaît à ce jour que ces mouvements disposent d’une centaine de représentants.
Ce qui confirme leur « caractère illégal », compte tenu du fait que les autorités se retrouvent confronté chaque fois à de nouveaux interlocuteurs avec des revendications additionnelles.

Paul Atanga Nji indique par ailleurs que certains enseignants qui se réclament des mouvements « OTS » et « OTA » ont été surpris en pleine réunion avec des responsables des partis politiques et d’Ong, et que l’objet des échanges n’avait aucun rapport avec les doléances des enseignants, mais plutôt des projets politiques à caractère insurrectionnel.
« Ces suspects sont actuellement en cours d’exploitation », ajoute-t-il sans aucune précision sur leur identité, encore moins leur nombre.
En tout état de cause, l’émergence des mouvements spontanés qui portent des revendications qui auraient dû être faites par les syndicats, est une illustration de la faiblesse, voire de la délégitimation des syndicats au Cameroun.

Si on reste dans le secteur éducatif, on constatera que les mouvements « OTS », « OTA » et autres Collectifs des Enseignants Indignés, ont fait avancer plus rapidement et de manière favorable, certaines causes des enseignants comparativement aux syndicats du domaine ces dernières années.
Certains analystes affirment que dans ce secteur comme ailleurs, existent en grand nombre des syndicats « jaunes », crées sous l’influence des pouvoirs publics, dans le but de souvent mettre en minorité par l’entremise du jeu démocratique, les véritables syndicats indépendants qui défendent les intérêts de leurs membres, lors des négociations avec le gouvernement.

Malheureusement, cette situation contribue à décrédibiliser les syndicats, outils essentiels de défense des droits des travailleurs .C’est ce qui explique en grande partie le faible taux de syndicalisation au Cameroun.
Les pouvoirs publics gagneraient à soutenir l’émergence de véritables syndicats dont les dirigeants sont soucieux de la défense des droits de leurs membres et non leurs intérêts personnels.

Dans le cas contraire, ils devront s’attendre à voir, naître de temps en temps des regroupements spontanés comme « OTS » et « OTA » qui poseront des revendications pertinentes de nature à susciter une grande adhésion de la masse, mais avec qui le Gouvernement aura du mal à dialoguer en vertu de leur caractère quasi acéphale.

Éric Boniface Tchoukeu, Journaliste éditorialiste. Chef de Chaîne Radio Siantou. Conseiller Editorial et founding father panorama papers

Des mouvements spontanés défendant des causes justes, peuvent facilement provoquer une révolution populaire ou une déstabilisation de l’ordre politique existant.
Précisons pour terminer que la plupart des syndicats du secteur éducatif n’ont jamais appelé à la grève des enseignants ces dernières semaines, et pourtant, il ya bien eu débrayage.

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