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Opinion - Politique - 18 janvier 2021

Cameroun > Héros et « zéro »

Le  15 janvier 2021, le Cameroun a commémoré dans la discrétion et l’indifférence le 50ème  anniversaire de la mort du nationaliste Ernest Ouandié, l’une  des grandes figures de la lutte pour l’indépendance du pays

Ernest Ouandié alors âgé de 47 ans, a en effet été publiquement exécuté  le 15 janvier 1971 à Bafoussam  par fusillade. Il avait été condamné à mort pour « rébellion » et « trahison » quelques jours plus tôt à l’issue de ce qui est considéré par l’opinion majoritaire comme un simulacre de procès.

Le 15 janvier 1971, Ernest Ouandié a rejoint la liste des autres leaders de l’Union des Populations du Cameroun (Upc) tués pendant la lutte pour l’indépendance du pays. Il s’agit notamment de Ruben Um Nyobè assassiné le 13 septembre 1958, Felix Moumié le 03 novembre 1960 et Ossendé Afana, le 10 mars 1966.

Le 16 décembre 1991 a été promulguée une loi portant réhabilitation de certaines figures de l’histoire du Cameroun. Il s’est agi de réhabiliter des personnes déjà disparues qui au terme de la loi, «  ont œuvré pour la naissance du sentiment  national, l’indépendance ou la construction du pays, le rayonnement de son histoire ou de sa culture. »

Cette loi cite nommément et dans l’ordre, l’ancien Président de la République, Ahmadou Ahidjo, les anciens dirigeants  de l’Upc : Ruben Um Nyobè, Felix Moumié et Ernest Ouandié.

L’article 2 de la loi dispose que ,

la réhabilitation a pour effet de dissiper tout préjugé négatif qui entourait toute référence à ces personnes, notamment en ce qui concerne leurs noms, biographies, effigies, portraits ,la dénomination des rues, monuments ou édifices publics.

Près de 30 ans après, on constate que le régime du Président Biya  n’est pas allé au-delà de l’élégance du texte qu’il a pourtant fait adopter pour honorer ces héros de l’histoire.

Aucune commémoration officielle à la mémoire de ces grandes figures n’a jamais été organisée. Aucune rue, aucun édifice ou monument majeur de la république ne leur est dédié, à l’exception du Président Ahidjo qui a eu la chance  de voir certains portés son nom  quand il était encore le Chef de l’Etat, à l’instar du stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé.

C’est un peu comme si le passé du Cameroun représente aujourd’hui un poison pour le présent. Il faut en effet noter que de nombreux bourreaux actifs ou passifs des grandes figures historiques et singulièrement celles réhabilitées, sont encore en vie   et même aux affaires  pour certains, où ils occupent des postes stratégiques au sein de l’appareil de l’Etat.

Dans ces conditions, impossible de donner une  véritable envergure nationale  à certains événements qui leur rappelleraient tout le temps leur passé sombre ; surtout parce qu’il n’y a jamais eu de vraie réconciliation de cœur entre les Camerounais à la suite de  tristes  événements majeurs  au cours desquels ils se sont  mortellement affrontés. 

Éric Boniface Tchoukeu, Journaliste éditorialiste. Chef de Chaîne Radio Siantou. Conseiller Editorial et founding father panorama papers

Aujourd’hui, on en est réduit aux initiatives privées  s’agissant des commémorations, dans le but de perpétuer dans la mémoire collective, le rôle joué par des grandes figures dans l’édification de l’Etat du Cameroun.

Mais il est  fort probable qu’un jour, ces commémorations soient pilotées par les pouvoirs publics.

Eric Boniface Tchouakeu

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