Home Politique Afrique Cameroun > Industrie créative: Bidoung Kpwatt appelle les artistes à prendre leurs responsabilités
Afrique - 2 juillet 2021

Cameroun > Industrie créative: Bidoung Kpwatt appelle les artistes à prendre leurs responsabilités

C’est l’un des enseignements majeurs retenus hier à l’hémicycle au cours de la séance spéciale plénière consacrée à la contribution des arts et de la culture dans le développement.

Le ministre des Arts et de la culture (Minac), s’est voulu ferme et intransigeant en répondant à la dizaine de questions à lui posée par la représentation nationale après son exposé de circonstance sur la problématique sus-évoquée. Le patron de la Culture camerounaise est conscient que le budget de son département ministériel est « insignifiant » comme l’a du reste reconnu plusieurs députés en formulant leurs questionnements pour atteindre les objectifs de développement prescrits par la Stratégie nationale de développement qui couvre la période 2020-2030 (Snd30).

Pour autant, il a tenu à faire toute la lumière sur les éventuelles confusions qui pourraient encore animer les uns et les autres sur le rôle que l’Etat doit jouer pour que l’Art et la culture contribuent au développement du pays. Il a été clair et tranché et a martelé que les pouvoir publics ont joué la partition qui est la leur en régulant le secteur.

Ce faisant, l’Etat a délégué aux acteurs du secteur la compétence nécessaire à travers la loi votée l’année dernière, en l’occurrence la loi N° 2020/01 du 20 juillet 2020 régissant les associations artistiques et culturelles au Cameroun,  pour jouer totalement et intégralement la partition qui est désormais la leur. Il n’est pas allé du dos de la cuillère pour fustiger les comportements rétrogrades de certains artistes qui au lieu de travailler passent leur temps à se plaindre dans les réseaux sociaux,

« mettant en avant leur entregent pour nuire ».

Il a du reste rappelé ces derniers à l’ordre.

Sur la question d’actualité de ceux-là par exemple qui se plaignent d’avoir perçu 45.000 Fcfa de droits d’auteur, non seulement il a indiqué que c’est une question de stratégie de recouvrements de ces droits qui est en cause, mais aussi la production artistique de de ces bénéficiaires qui est insignifiante ou inexistante d’année en année, en rupture avec la rémunération du travail bien fait. Pour la petite histoire, il a confié que seule la Crtv a payé ses droits auprès de la Sonacam cette année. Face à la critique des élus du peuple, il a demandé un peu plus d’indulgence pour l’équipe place en charge de la collecte des droits d’auteur.

Les artistes camerounais s’ils veulent affronter la concurrence internationale ou arriver à l’excellence doivent participer à l’élaboration du budget du Minac dès la base en précisant les activités qui sont censés être les leurs au cours de l’année, notamment les festivals, et autres activités culturelles de renom organisées à travers le monde. Il va sans dire que c’est le premier vice-président de l’Assemblée nationale, Hilarion Etong qui a présidé les travaux de cette plénière spéciale qui veut accentuer la part de la culture dans le développement du Cameroun.

Le Musée national et le « Mother of humanity » de Kribi

Les députés par l’intermédiaire de Joshua Osih, ont reproché au patron de la culture d’effectuer des travaux sur le site de l’ancienne présidence de la République et de dénaturer de ce fait la mémoire collective d’un des patrimoines les plus visibles de l’ère Ahidjo.  Ismaël Bidoung Kpwatt s’en est défendu en indiquant que lorsqu’il prenait fonction, le Musée national état un champ de ruines où les moquettes et les câbles électriques étaient volés du fait de ce que l’accès au site n’était pas contrôlé. Il est allé plus loin en indiquant que le musée est un haut lieu de la défense de l’identité culturelle du Cameroun. Tous les travaux en cours sur les sites en ce moment a-t-il ajouté, entrent en droite ligne dans le souci de préservation, de conservation et de promotion de cet héritage culturel. Par le passé, a-t-il déploré, ce n’était pas le cas. Il a rappelé le fait qu’à un passé récent au sein du préau du Musée national on braisait des poissons ou vendait de l’alcool. Toujours dans le même ordre d’idée, il a fustigé la construction des bâtiments sans forme ni esthétique en ce lieu au nom de la culture, il n’y a pas longtemps, sans qu’il y ait la moindre protestation, s’en est-il ému. Par ailleurs et toujours pour justifier les travaux engagés, il a mis en exergue la nécessité de  respecter les mesures barrières.  En période Covid, a-t-il ajouté, où on n’admet pas plus de 50 personnes dans la salle du musée, il a fallu construire un endroit pour l’attente des éventuels visiteurs ou même aménagé des espaces à tous ceux qui ont un handicap ou une mobilité réduite.  En ce qui concerne la construction du monument de la « Mère de l’humanité », projet initié par les Afro-américains qui ont initié de construire cet édifice au Cameroun, le problème comme l’a soulevé la représentation nationale est la quantité exorbitante de la superficie de terre consacrée à une telle œuvre. Le patron de la culture a indiqué sur la question qu’à ce niveau, plusieurs autres pays du continent veulent que le projet soit bâti sur leur sol. C’est pour cela que le Cameroun doit tout donner en vue de séduire au maximum les partenaires pour le choix de « l’Afrique en miniature » soit définitivement acté. Plus tard, si c’est necessaire, des réajustements seront faits.

Les recommandations

Après avoir suivi les exposés du ministre des Arts et de la culture, après et échanges et débats, l’Assemblée nationale adopte les recommandations dont la teneur suit. Sur le plan des politiques publiques, il faut faire de la politique culturelle l’un des éléments clés de la stratégie nationale et internationale du développement et inscrire la culture dans l’implémentation des politiques publiques.

Ensuite, il faut accélérer la mise en place de l’ensemble des fédérations et associations culturelles et l’élaboration inclusive des statuts types des fédérations et associations culturelles. Multiplier les accords multilatéraux et bilatéraux de coopération culturelle ayant intégré la dimension culturelle à tous les niveaux de la coopération, au développement et de la diplomatie du Cameroun. Il y a lieu aussi de renforcer les politiques et pratiques en vue de sauvegarder et mettre en valeur le patrimoine matériel et immatériel.

Promouvoir les industries créatives  et améliorer les possibilités d’accès au marché et  bienfaits et service culturel, tout comme favoriser l’amélioration des infrastructures pour le développement des industries culturelles et créatives ou assainir et mettre en place des mécanismes assurant la bonne gouvernance au sein des organismes de gestion collective des droits d’auteur et du droit voisin, sont au menue des recommandations.

Les députés n’ont pas oublié d’indiquer qu’il faut veiller à la perception régulière par les artistes des redevances du droit d’auteur et des droits voisins du droit d’auteur. Il y a lieu en outre d’intenter sans hésitation des poursuites contre tous les acteurs de mal gouvernance. Favoriser la multiplication des lieux culturels sur toute l’étendue du territoire national ainsi que des salles de spectacle et de cinéma.

Finaliser le processus de numérisation des archives et de réhabilitation du musée national en même temps que la finalisation du projet de la visite virtuelle du musée national; associer les collectivités territoriales décentralisées dans la stratégie de développement local du secteur des arts et de la culture et les accompagner dans leur projet de promotion culturelle; mettre en place des mécanismes favorisant le sponsoring et le mécénat afin d’accroitre les ressources et l’autonomie financière des fédérations et associations culturelles;

renforcer davantage les capacités de la culture à travers notamment l’échange d’informations, d’expériences et d’expertises; la formation et le transfert du savoir-faire; finaliser la mise en œuvre d’organisation du village de résilience artistique et culturelle; mettre en place des mécanismes permettant la rétrocession au Cameroun des objets d’art issue du patrimoine culturel  ancestral retenus illégalement en Occident en vue d’enrichir les collections des musées, sont entre autres des décisions de ce package de recommandations.

Sur le plan législatif, réglementaire et financier

Il y a lieu ici d’augmenter très sensiblement l’enveloppe budgétaire alloué au sous-secteur art et culture afin d’être en conformité avec la nouvelle vision contenue dans la Snd30; d’aménager un cadre législatif propre aux fédérations et associations culturelles à travers la mise en place d’un dispositif de subventions et d’accompagnements, ainsi qu’un mode de gestion règlementaire dans ce secteur où les différents acteurs peinent à accorder leurs violons. Il faut aussi procéder dans le cadre du processus de décentralisation au transfert de certaines compétences relevant du secteur des arts et de la culture, aux collectivités territoriales décentralisées.

Simplifier la procédure d’octroi d’agréments aux fédérations et associations par le Minac,  mettre en place un statut des artistes avec un compte spécial d’affectation dédié aux arts et à la culture, sont entre autres retenues. Sur le plan financier et de la création des richesses, il est recommandé d’augmenter substantiellement le budget du Minac en raison de son rôle prépondérant dans la Snd30 tout comme les ressources du compte d’affectation spéciale pour le soutien de la politique et culturel.

Bien sûr, il faut mobiliser des fonds du secteur privé national et des investisseurs internationaux pour la promotion de l’industrie culturelle. Enfin, il est indiqué de définir les priorités d’investissements culturels ou de renforcer l’offre touristique et culturelle basées sur les atouts patrimoniaux du territoire. Il reste maintenant à parier que cette synergie de recommandations vont se muer au plus tôt en lois ou  règlements.

Léopold DASSI NDJIDJOU

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Check Also

Cameroun > Magouille autour des visas: L’Ambassade d’Allemagne décline toute responsabilité

Par Antoine Bivana En cas de paiement, l’Ambassade d’Allemagne invite les usagers à faire …