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Afrique - 26 septembre 2021

Cameroun > Injustice: L’impact du parapluie et de la godasse sur certaines figures jouissant de la double nationalité

Qui n’a pas, dans son entourage, un membre de sa famille, une connaissance ou un ami dans la situation de Ndedi Eyango, de Hervé Emmanuel Nkom ou de Samuel Eto’o Fils?

Une personne qui vit et exerce une activité au Cameroun, en ayant une autre nationalité que la Camerounaise? Y a-t-il, réellement, une homogénéité dans l’application de cette loi sur la nationalité ? Dans le champ culturel, d’aucuns arguent que les textes de la Socam(Société civile de l’art musical) ne permettent pas à un étranger de briguer le poste de Président. Soit! Le Franco-camerounais, Manu Dibango, de regrettée mémoire, n’a-t-il pas été porté à la tête de la Cameroon music corporation(Cmc), l’ancêtre de la Socam, il y a quelques années ? Comment montrer le bon fonctionnement des institutions républicaines avec une antonomie aussi criarde dans l’interprétation des textes, qui fondent un État se réclamant d’être un État de droit? Faut-il alors s’en accommoder comme si le problème n’existe pas ?

Dans tous les cas, la sortie de Me Charles Tchoungang, en janvier 2014, avait ouvert, légalement, la voix à tout Camerounais d’attaquer en justice toute personne soupçonnée d’être dans la posture de Ndedi Eyango. Or, Dieu seul sait qu’il y en a beaucoup au Cameroun qui jouissent de la double nationalité, à commencer par les ministres et assimilés, les Directeurs généraux de sociétés publiques et parapubliques, les sportifs de haut rang, etc. Sans conteste, il y a péril en la demeure.

A ce sujet, la responsabilité historique de la classe politique et de l’intelligentsia est, d’ores et déjà, engagée dans ce débat. Elles doivent l’assumer de manière courageuse. Le parlement doit légiférer pour accommoder tout le monde. Il ne s’agit guère de succomber à un mimétisme donné, encore moins de céder aux pressions, mais de tenir compte de l’intérêt du pays, en contribuant à rattraper un oubli ou à corriger une anomalie.

Il n’est pas sans intérêt de remarquer que la plupart des joueurs de l’équipe nationale du football, que ce soit celle d’il y a plusieurs années ou celle d’aujourd’hui, ont la double nationalité. Qui est allé vérifier que Antoine Ntsimi, ex-ministre des Finances(Minfi) et ex-président de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), avait, de tout temps, détenu un passeport américain sans que cela n’offusque personne? Quid d’Adolphe Moudiki, ex-ministre de la République, Administrateur-Directeur général de la Société nationale des hydrocarbures (Snh), qui a la nationalité française depuis des lustres, tout comme l’ancienne gloire du football camerounais, Roger Pilla, ambassadeur itinérant à la Présidence de la république ? Idem pour l’actuelle ministre de l’Habitat et du Développement urbain(Minhdu), ancienne Maire de la commune de Bagangté, Célestine Ketcha Courtes, qui a un passeport français. Toutes ces personnalités publiques, qui ont occupé des fonctions électives par le passé, et qui occupent des fonctions nominatives aujourd’hui, ont-elles des cartes de séjour au Cameroun ? L’Etat serait-il en faute pour les avoir laissés exercer des activités ou occuper des hautes fonctions sans respecter le code du travail camerounais ou le code de nationalité ? Alors, pourquoi certains et pas les autres? Il est impérieux d’arrêter, par conséquent, la fourberie, la fumisterie et la duperie !

La question de la double nationalité exige, à l’heure actuelle, le recours à de nouveaux paradigmes et un corpus cohérent, notamment le choix du régime juridique, les conditions et les modalités d’acquisition de la nationalité. D’autant plus que par-delà le caractère éminemment juridique, le code en vigueur au Cameroun n’interdit pas la double nationalité du fait de sa pratique courante. Cette loi n’exige pas, par exemple, que les étrangers renoncent à leur nationalité d’origine pour être naturalisé camerounais. Tout comme les femmes camerounaises mariées à des étrangers peuvent rester camerounaises si elles ont acquis une autre nationalité par le mariage (art.32).

Qu’on l’obtienne parce que l’on est né sur le sol du pays, que l’on soit né des deux parents camerounais, d’un parent naturel ou par naturalisation, le code de nationalité relève, exclusivement, du domaine du droit et procède d’une volonté politique. Au demeurant, la question de la citoyenneté n’est pas abstraite et désincarnée. Une citoyenneté est, d’abord, l’existence d’une ossature culturelle commune, un mode de vie associé d’expériences collectives communiquées. L’idéal citoyen comporte l’accroissement et la diversification des intérêts partagés en commun, un rôle plus important attribué aux intérêts mutuels dans la vie sociale, une interaction plus libre entre les groupes sociaux. Ce sont toutes ces variables qui doivent s’agréger à la question de la nationalité.

En somme, la citoyenneté doit être considérée comme une finalité consensuelle, dont on s’efforce d’expliciter les dimensions, les contours et les déterminants complémentaires. Il est significatif, à cet égard, que lorsqu’il s’agit de préciser ses principes, les critères de justice et d’équité doivent en être des préalables. Sinon, les clivages ne cesseront de resurgir et de s’approfondir tout au long des années ultérieures.

Serge Aimé Bikoi

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