Afrique LA UNE Société panorama 30 juin 2020 (0) (86)

Cameroun > Insécurité à Yaoundé: L’opposition dans le viseur du pouvoir ?

Partager

Les faits d’insécurité couvent le ciel de la cité capitale de son manteau noir. La semaine dernière, l’explosion rapportée de deux engins dans la ville a donné le coup de semonce.

Une note de renseignement, tournait en boucle, accusant un commando ambazonien, les leaders du Mrc au pays et au sein de la diaspora, la Bas, de « faire exploser des engins explosifs dans certains points de Yaoundé ». Dans ce trou d’air, l’opposition et le pouvoir sont montés au créneau.
« Reçu d’un militaire anglophone. Mon colonel, il y a une menace terroriste qui pèse sur Yaoundé demain lundi avec l’utilisation d’un commando ambazonien issue de ce qui est appelé dans leur réseau Armée fédérale: celui-ci envisage faire exploser des engins explosifs dans certains points de Yaoundé: des écoles et université à proximité des institutions du pays, le marché du Mfoundi, la gare routière. L’objectif est de créer une psychose au sein des populations et un écho au niveau médiatique.

Cette opération est coordonnée par Nyamsi en intelligence avec un neveu de Bon Ngu Foncha du nom Nsoh Foncha et impliquant d’autres fortement. Le Mrc depuis la France et certains leaders qui sont dans la Bas : Quelques noms: Fidèle Tchuenkam en France, Caroline Penkam de la Bas, Mr Djoko régional Mrc Strasbourg. A surveiller, Mr Fogue et Kamto, est bien informé. Coup d’envoi prévu en principe à 10 heures. Alors bien vouloir faire tout le nécessaire pour que la ville connaisse un dispositif très dissuasif dès ce jour .Je vous remercie », indique la note de renseignement reproduite ici in extenso avec toutes ses imperfections grammaticales et lexicales. En s’inspirant de toute évidence de ce post sur les réseaux sociaux, les partisans du pouvoir en l’occurrence ici Mathias Owona Nguni a enfoncé le clou de l’accusation en publiant sur son compte Facebook un texte à charge intitulé « Le gré à gré, dernier cheval de Troie pour les partisans du court-circuit insurrectionnel ». La réaction de l’opposition est venue de Paris où le Franklin Nyamsi Wa Kamerun a réagi par une vidéo où il démonte phrase après phrase, les allégations contenues dans la note de renseignement.
Une coalition pour l’insurrection


« Les ennemis du système gouvernant (= régime du renouveau) prépareraient des assauts visant à frapper Yaoundé par des actions de blitzkrieg. Il s’agirait d’une coalition rassemblant des partis boycotteurs, des groupes armés autonomistes, des militants radicaux liés à des groupes clandestins favorables à une insurrection visant à prendre le pouvoir par des assauts à la hussarde attaquant les points vitaux du pouvoir et ses symboles politiques, institutionnels et sécuritaires », écrit le politiste partisan du pouvoir. Selon lui, cette coalition entend jouer son va-tout « par un forçage putschiste et insurrectionnel mêlant actions de rue avec violences vandales, agressions barbares et agressivité hooliganique, attaques armées et assassinats par des miliciens terroristes, plasticages et bombes visant des symboles (bâtiments et personnes) », précise-t-il. A ce niveau, il est en droite ligne avec les allégations ou les affirmations de la note de renseignement. Il la crédibilise dirait-on. Il poursuit en indexant les manœuvres de propagande pour pousser dans la rue de nombreux segments populaires par de fausses promesses de réinsertion sociale et un discours de manipulation ultra-tribaliste excitant leur agressivité contre les ressortissants de communautés censées bénéficier des privilèges du pouvoir.

Plus percutant encore et précis, il soutient que « de nombreux miliciens et militants radicaux sont disséminés dans la capitale et dissimulés dans des quartiers proches de certaines cibles, devant les attaquer rapidement avant toute réaction consistante des forces de défense et de sécurité. Des actions coordonnées seront menées pour essayer de disperser et de divertir les forces de défense et de sécurité afin d’attaquer massivement les lieux stratégiques du pouvoir et même tenter de pénétrer dans sa citadelle centrale ». De toute évidence, il s’agit selon le Pr d’un coup d’Etat qui serait en préparation. Le tableau sombre de cette peinture soulève aussi le pan d’une confrontation entre les forces de l’ordre et la population afin, dit-il, « d’alimenter et de renforcer la démarche d’appel à l’intervention de puissances internationales étatiques ou intergouvernementales en accusant les autorités de massacrer les populations. Le signal d’attaque renvoie au « gré à gré », c’est- à – dire à des rumeurs sur des manœuvres successorales alléguées devant occasionner un dauphin par une révision constitutionnelle que les commanditaires de cette vague de contestataires appellent à contester par des actions visant à empêcher la représentation nationale de la voter ». Owona Nguina pense aussi qu’il a des agents doubles seraient à l’œuvre au sein du sérail pour rendre le coup possible. « La coalition jouerait sur des connexions constituées au sein de l’appareil militaro-sécuritaire et politico-administratif, connexions mettant en scène puis en acte de véritables agents doubles. Décidément, certaines forces renégates qui sont de connivence avec des forces endogènes veulent priver Yaoundé d’oxygène pour que le Cameroun étouffe puis convulse », conclut-il sentencieusement.
« Des manœuvres du pouvoir pour empêcher une mobilisation populaire ».


Dans une vidéo postée sur Facebook, Franklin Nyamsi Wa Kamerun, bat en brèche la note de renseignement qu’il considère comme une manœuvre qui a pour but « de justifier l’installation d’un dispositif militaire encore plus dissuasif dans la ville de Yaoundé. Ce message qui circule sur les téléphones est prétexte pour sortir les militaires sur le territoire camerounais, afin d’intimider les populations camerounaises, et de les empêcher effectivement de lancer la mobilisation contre la succession de gré à gré, qui est en cours à l’Assemblée nationale, au Sénat et bientôt au Parlement. Il s’agit de chercher un alibi pour sortir les militaires. On a inventé un alibi l’autre jour pour sortir les policiers. C’était des implosions inventées par le même régime pour justifier la sortie des forces de première catégorie. Maintenant on invente un complot, une soit disant intention d’attaque contre les institutions actuelles de la République », s’insurge-t-il. En ce qui concerne précisément ce complot visant à s’attaquer au régime, il nie tout en bloc. « Je voudrai dire moi Pr Nyamsi Wa Kamerun, que si le Nyamsi dont on parle dans ce navet, brouillon, c’est supposé être moi, moi Pr Nyamsi Wa Kamerun, je n’ai jamais été ni avant, ni maintenant, ni après associé à quelques manœuvres d’actions militaires au Cameroun. Je crois que le peuple camerounais peut se libérer de la dictature, par la méthode de la mobilisation populaire, la mobilisation citoyenne. Je suis opposé à toute forme de manœuvre qui consisterait à libérer les Camerounais de la dictature malgré eux.

Je suis contre toute forme d’action qui consisterait à libérer les Camerounais de la dictature à leur insu car une telle initiative installerait de facto une nouvelle dictature. Je suis pour la résistance pacifique choisie par le président Maurice Kamto », clame-t-il. Cela ne vous aura pas échappé, ajoute-il, que tous ceux qui sont cités dans ce message, on prend soin de commettre une erreur ou à ne pas donner les prénoms pour pouvoir par la suite, s’il y a des poursuites, dire autre chose. « Vous voyez donc qu’il s’agit d’un montage cousu de fil blanc, ayant pour but de faire reculer le peuple camerounais, en vue de mobilisation maximale, le faire reculer pendant que de l’autre côté, on va faire accélérer les procédures de gré à gré ». Plus loin, il affirme que ceux qui ont rédigé ce communiqué, sont vraiment nuls en politique, parce qu’ « en le rédigeant, ils reconnaissent qu’en réalité, leurs intentions n’ont jamais été de procéder à une résolution pacifique des conflits politiques au Cameroun, leurs intentions n’ont jamais été d’ouvrer pour sortir le Cameroun de la crise politique où il est, par une voie noble, par une voie consensuelle, par une voie qui soit bénéfique à tous les Camerounais et à toutes les Camerounaises. Ce texte délirant, cet espèce de tract, qu’on envoie dans les téléphones des militaires prouve que le régime et les différents clans de ce régime, ont l’intention, de faire couler autant faire que ce peut possible le sang des Camerounais, pour empêcher le peuple camerounais de se mobiliser contre le gré à gré », conclut-il. Pour l’heure, c’est une passe d’armes entre le pouvoir et l’opposition, sans aucune prise de position officielle.

Léopold DASSI NDJIDJOU


Partager

Leave a comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *