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Société - 27 décembre 2021

Cameroun > Jean Pierre Bekolo: Le pays survivra-t-il après sa Can?

Ne nous voilons pas la face, nous savons tous que le football ne sert à rien.

par Jean Pierre Bekolo

Quand vous êtes comme de nombreux africains sous l’emprise du quotidien de l’enfant malade, du loyer à payer, d’un parent à enterrer, le football ne peut vous aider en aucune manière. Au contraire, le football détourne les hommes de l’essentiel au moment où la famille a besoin de toute leur concentration pour résoudre des problèmes de survie, demandez aux femmes. Pire le football détruit la capacité de raisonnement logique de tout un peuple déjà ignorant qui se met à parler de tout comme on discute de football.

En plus ces cerveaux le football phagocyte les budgets d’un des pays les plus pauvres dans des infrastructures qui n’apportent aucune assistance à une humanité fragile dont les vies ne tiennent qu’à un fil. Mais malgré cela, nous aimons le football , le peuple adore le football et vénère ses idoles. Et nous acceptons que les stades soient construits quand le pays n’a jamais construit un seul hôpital à ce prix et quand on préfère des évacuations sanitaires pour les plus nantis. Nous sommes tous d’accord ici au Cameroun que nous devons organiser cette Can et que les Fifa et autres ne s’amusent pas à essayer de la reporter, je ne parle pas de l’annuler. Touche donc pas à ma Can!

Le philosophe Spinoza nous enseigne que nous faisons les choses parce que nous avons envie de les faire, non pas parce qu’elles sont des choses bonnes à faire, ni parce qu’elles sont logiques. Nous faisons les choses parce qu’on en a envie c’est tout. Notre désir est ce qui nous guide. Tout le raisonnement logique que nous y mettons derrière est juste pour nous prouver à nous mêmes que nous ne sommes pas fous. On va s’inventer des raisonnements du style, la Can est bonne pour l’économie… ça va faire venir des gens, le tourisme va se developper… Ca nous permettra d’avoir des infrastructures… tout ceci ne sont que des raisonnements que notre cerveau se fabrique pour se convaincre que notre désir est un désir raisonnable, bref que nous ne sommes pas fous. Pourtant c’est fou tout ce qui entoure la Can.

Pour les camerounais, la Can reste un divertissement, c’est à dire une chose qui fait diversion, une chose telle un pickpocket qui nous fait regarder à gauche pendant qu’il opère à droite.
Dans ce sens, la Can c’est le banga du peuple camerounais, depuis qu’on parle de la Can, qui dit encore que « Paul Biya must go? » Pourtant s’il y a un projet qui attend les camerounais après la Can, c’est le « go » de Paul Biya… Meme son fils Franck y pense… du moins ses amis Les Franckistes ». Plus que le départ de Paul Biya, c’est la fin d’un pays qui s’annonce.

La fin du Cameroun. Quoi de plus paradoxal, Organiser la Can et mourir! Toutes les crises et tous les conflits qu’on a ajourné en se disant « on verra ca après la Can» vont ressortir et vont se retrouver sur la place publique sans personne pour pouvoir les résoudre. Si le semblant de paix (hors mis la crise anglophone) actuel a été jusqu’ici un consensus, le climat de guerre risque d’être le consensus de l’après-Can.

Certains pour n’avoir pas vu les retombées de cette Can qui n’aurait été pour eux qu’une chimère, d’autres frustrés d’avoir ajourné leur désir de transformation sociale et d’autres encore ayant cru qu’ils allaient noyer leurs soucis dans le football, les voient débarquer plus en forme que jamais. Mais surtout la guerre à laquelle le Cameroun ne va pas échapper sera la nuit des longs couteaux. Un clan devra en finir avec l’autre.

L’après Can sans aucun doute la fin de ce Cameroun ou du moins ce qu’on aura vécu pendant toutes ces dernières décennies.
Il reste aux camerounais d’être intelligents, pas intelligent comme l’entendent ceux qui vous invitent à rejoindre la mangeoire,

mais intelligent pour acter cette fin et amorcer avec cette Can la naissance ou plutôt la renaissance d’un pays qui n’arrête pas d’ajourner son année zéro.

Jean Pierre Bekolo, Cinéaste

Remarquez que le zéro chez les anglais n’est pas le même que le zéro chez les français. Une règle anglaise a le zéro au milieu alors qu’une règle française a le zéro à l’extrémité gauche. Il reviendra aux Camerounais de choisir comment recommencer.

Un commentaire

  1. Je me suis ému par cette lucidité d un citoyen comme nous en avons de moins en moins.
    Merci Jean-Pierre. Ne baissons pas les brasdevant cet « anesthésiémemt » de ce pauvre peuple.

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