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Afrique - 16 février 2021

Journée mondiale de lutte contre l’épilepsie: Des mystères à comprendre

« Il y’a encore quelques mystères sur la survenue des crises épileptiques ou de la maladie épileptique»

Dr Magnerou Annick Mélanie, Neurologue, Assistante à la Faculté de Médecine et des Sciences Pharmaceutiques (FMSP) de l’Université de Douala au Cameroun

 L’enseignante de neurologie à la faveur de la journée mondiale de lutte contre l’épilepsie a accepté de répondre à nos questions sur  une maladie peu connue et stigmatisante qui touche plus de 50 millions de personnes à travers le monde. 

Le monde entier vient de célébrer le 08 février dernier,  la Journée mondiale de Lutte contre l’épilepsie sous le thème « mettre en lumière l’épilepsie et ceux qui la vivent ». Quelles sont les réelles causes de cette redoutable maladie et que vous inspire le thème retenu cette année ?

Merci pour le choix porté sur ma modeste personne à l’occasion de la Journée internationale de l’épilepsie, en ce mois de février 2021, afin de faire le point sur cette maladie, l’une des plus anciennement connue au monde et des plus stigmatisante.

Tout d’abord plantons le décor : l’épilepsie est une affection chronique du cerveau qui touche toutes les populations du monde. Cette maladie est causée par le fonctionnement anormal transitoire de cellules nerveuses cérébrales (des neurones). Ce dysfonctionnement excessif et simultané des neurones a pour conséquence des décharges “électriques” soudaines, les décharges épileptiques, qui se traduisent cliniquement par les crises épileptiques. Ces crises récurrentes se manifestant par de brefs épisodes de tremblements involontaires touchant une partie du corps (crises partielles) ou l’ensemble du corps (crises généralisées).

Alors quelles sont les causes : tout d’abord l’épilepsie n’est pas contagieuse. Le type le plus courant de cette maladie, concernant six personnes atteintes sur dix, est appelé épilepsie idiopathique, c’est-à-dire qu’il n’y a alors pas de cause connue. Lorsqu’on peut en déterminer la cause, on parle d’épilepsie secondaire ou symptomatique. Les causes peuvent en être :

une lésion cérébrale due à des traumatismes prénatals ou périnatals (manque d’oxygène, traumatisme à la naissance ou faible poids de naissance) ;

des anomalies congénitales ou des troubles génétiques s’associant à des malformations cérébrales ; 

un traumatisme grave à la tête ;

un accident vasculaire cérébral qui entraine un défaut d’oxygénation d’une partie du cerveau ;

une infection touchant le cerveau, comme une méningite, une encéphalite ou une neurocysticercose ;

une tumeur cérébrale. 

La Journée Internationale de l’épilepsie célébrée chaque 2ème lundi du mois de février nous donne l’occasion de mettre en avant cette maladie si peu connu du grand public et de donner des messages d’espoir à ceux qui l’ont car ne l’oublions pas, plus de la moitié des patients atteints par cette maladie ne sont pas soignés. Vous comprenez donc que le thème de cette année est fort évocateur dans la mesure où il vise plus la sensibilisation.

Des épileptologues disent que l’épilepsie est encore mal connue et certaines sources affirment qu’elle est même incurable. Comment éviter cette maladie et que faire face à elle   ?

Il est certains qu’il y’a encore quelques mystères sur la survenue des crises épileptiques ou de la maladie épileptique mais l’épilepsie peut être traitée dans 70 à 80% des cas environ. Rappelons que près des trois quarts des personnes affectées dans les pays à revenu faible ou intermédiaire ne bénéficient pas du traitement dont elles ont besoin.

Alors comment la prévenir ? Il n’y a pas de prévention possible pour l’épilepsie idiopathique. En revanche, on peut prendre des mesures pour éviter les causes connues d’épilepsie secondaire. La prévention des traumatismes de la tête est le moyen le plus efficace d’éviter l’épilepsie post-traumatique. La qualité des soins périnataux permet de réduire le nombre des nouveaux cas d’épilepsie dus à des traumatismes à la naissance. Le recours à des médicaments ou à d’autres méthodes visant à abaisser la température corporelle d’un enfant fiévreux peut réduire le risque de crises fébriles. Les infections du système nerveux central sont des causes courantes d’épilepsie dans les régions tropicales, où l’on trouve la grande majorité des pays en développement. L’élimination des parasites dans ces environnements et l’éducation pour savoir comment éviter les infections sont des moyens efficaces pour faire baisser le nombre des cas d’épilepsie dans le monde, par exemple ceux dus à la neurocysticercose.

Au regard des cas récurrents d’AVC constatés, ces malades sont-ils exposés aux crises épileptiques ?

Oui comme nous l’avons dit plus haut, l’AVC peut être à l’origine des crises d’épilepsie et donc nécessité un suivi médical et la mise en place d’un traitement adapté.

Parlant du traitement, l’épilepsie peut être facilement traitée par la prise quotidienne de médicaments dont le coût varie de 1.500 à 15.000frs Cfa par mois. Selon des études récentes, dans les pays en développement les médicaments anti-épileptiques permettent de traiter avec succès jusqu’à 70% des enfants et des adultes chez qui une épilepsie vient d’être diagnostiquée (c’est-à-dire qu’on obtient la disparition complète des crises). De plus, au bout de 2 à 5 ans de traitement réussi et d’absence de crises, on peut supprimer les médicaments chez environ 70% des enfants et 60% des adultes sans rechutes ultérieures.

Quelle attitude à adopter auprès d’un épileptique ?

Peu de personnes connaissent réellement les gestes efficaces et adaptés pour porter assistance à une personne épileptique en crise. Rappel pour ceux qui ne savent pas et ceux qui croient savoir.

Ne bougez pas la personne.

Lors de la chute, vous devrez éviter que la victime ne se fasse mal en tombant, protégez sa tête et écartez tout objet dangereux à proximité.

Ne mettez rien dans sa bouche.

Desserrez ses vêtements, retirez ses lunettes.

Si possible, notez la durée de la crise.

Ne pas laissez la personne seule dès la fin de la crise car au sortir de la crise, la personne reste confuse et désorientée pendant quelques minutes.

Puis amener la personne à l’hôpital, en précisant aux personnel médical la présence de signes qui confirment l’épilepsie à savoir : oublie de la crise par le patient, morsure de langue ou perte ses urines.

Propos recueillis par Youssouf – L. Moumbagna

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