Home Opinion Société Cameroun > « Justice »: La dangereuse recrudescence de la vindicte populaire
Société - 19 octobre 2021

Cameroun > « Justice »: La dangereuse recrudescence de la vindicte populaire

Comme un cours d’eau sans guide, le Cameroun semble sombrer davantage dans les sentiers de l’arbitrage et de l’injustice.

Le 14 octobre 2021 un gendarme a été lynché à mort par une foule en furie à Buéa, capitale de la région du Sud-Ouest, après avoir tué à l’aide de son arme une fillette âgée d’environ 05 ans au cours du contrôle du véhicule dans lequel se trouvait l’enfant.

A Bandja dans le département du Haut-Nkam, région de l’Ouest, des populations en colère ont posé des barricades sur l’axe routier Bafang-Bafoussam le 13 octobre 2021 pour exiger et finalement obtenir, qu’un présumé malfrat qui semait la terreur dans leur localité, soit de nouveau interpellé et écroué. Ce dernier avait été discrètement remis en liberté après son arrestation quelques heures plus tôt par la gendarmerie de Banka après son dernier forfait.

Durant les opérations de renouvellement des Bureaux des organes de base du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc) au pouvoir, des scènes de bagarres entre camarades du parti ont été enregistrés à certains endroits.
En remontant encore un peu plus loin, des médias sociaux ont abondamment relayé à travers des photos et vidéos des scènes de rixes et autres violences mettant aux prises des citoyens civils et des agents des forces de défense et de sécurité durant les derniers mois.

Dans ces exemples et bien d’autres, on constate qu’à aucun moment donné, les protagonistes qui se rebellent n’ont pensé faire appel au système judiciaire, institution à qui incombe la mission de trancher in finé les différends entre les personnes dans un Etat civilisé.
Se rendre justice à soi même, semble entrain d’être érigé en norme au Cameroun. Certains vont même jusqu’à mettre en pratique la loi du talion : œil pour œil, dent pour dent.

Et pourtant, la vindicte populaire ou tout ce qui y ressemble, ne saurait être érigée en modèle en matière d’administration de la justice ; car elle constitue une grave atteinte au principe de la présomption d’innocence, à la base de tout procès équitable et impartial.

Ce qu’il convient d’éradiquer cependant, ce sont les causes de la tendance des citoyens à vouloir de rendre justice eux-mêmes en dehors des canons formels.
C’est tout le système judiciaire qui est dans ce cas interpellé et qui doit faire son aggiornamento depuis l’enclenchement d’une procédure au niveau des brigades de gendarmerie et des commissariats de police jusqu’à la décision d’une juridiction.

La corruption, le népotisme, les abus de pouvoir, les trafics d’influence et autres pressions de nature diverses, exercés sur des agents de la chaîne,

Eric Boniface Tchouakeu, Journaliste Éditorialiste. Chef de chaîne radio Siantou. Founding father Panorama papers.

doivent être combattus avec la dernière énergie afin de bâtir un véritable Etat de droit, seul rempart contre les injustices.

Il faut garder à l’esprit que si la délégitimation des dépositaires de l’autorité de l’Etat, chargées justement de la bonne application des lois, expression de la volonté générale, se poursuit et s’installe dans la durée, l’anarchie risque de s’inviter, et l’Etat de s’effondrer.

Eric Boniface Tchouakeu

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Check Also

Cameroun > Extreme-Nord: Des tensions intercommunautaires qui n’en finissent pas !

Déjà 19 morts depuis le début des affrontements Dimanche. Un Conflit intercommunautaires, …