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Afrique - Culture - Trajectoire - 22 janvier 2021

Cameroun > La grande adversité à l’endroit de Ruben Um Nyobe en Sanaga-Maritime suite à l’assassinat du DR Delangue le 18 Décembre1956…

Assassinat du Dr Delangue : Lettre ouverte à Um Nyobè par l’effort camerounais.

Nous sommes des milliers de chrétiens camerounais qui avons été douloureusement surpris, en avril 1955, de lire dans une Lettre Commune de nos Evêques : Nous mettons les chrétiens en garde contre les tendances actuelles du parti politique connu sous le nom Union des Populations du Cameroun (U.P.C.), en raison non pas de la cause de l’indépendance qu’il défend, mais de l’esprit qui l’anime et qui inspire ses méthodes ; de son attitude hostile et malveillante à l’égard de la Mission Catholique et de ses liens avec le communisme athée condamné par le Souverain Pontife.

A cette époque-là, nous n’avons pas compris ces paroles. Vous, Secrétaire Général de ce parti, n’étiez-vous pas pour nous une grande figure de Camerounais ? N’étiez-vous pas l’homme de la grande espérance, le premier artisan de notre libération et de notre progrès ? Nous avons pensé alors que ces reproches faits à votre parti étaient injustes ou exagérés, qu’ils étaient sans doute dictés par la peur devant l’audace de vos revendications.

Nous sommes obligés aujourd’hui de reconnaître la sagesse et la clairvoyance de nos chefs spirituels. Nous sommes obligés de dire « non » à « l’esprit qui anime l’Upc et qui inspire ses méthodes ». Devant le cadavre mutilé du Docteur Delangue qui était doublement des nôtres, par le sang et par la foi chrétienne, nous ne pouvons plus nous taire. Mois par mois, nous avons vu se vérifier de façon toujours moins douteuse le jugement de nos Evêques. Ce fut d’abord la réponse du parti à la Lettre Commune, dans laquelle on lisait :

Nous avons appris que chacun répondra à Dieu pour son propre compte. Nous faisons notre ce principe. C’est cela que nous considérons la question religieuse comme une question personnelle, laquelle chaque individu prend personnellement position.

(…) La réponse du parti continuait ainsi :

Mais, si pour la vie d’au-delà des morts, chacun répondra pour son propre compte, les Camerounais et les Camerounaises doivent comprendre que tous nous répondrons devant l’histoire sur notre attitude à l’égard des revendications nationales du peuple camerounais.

Mais nous, c’est devant Dieu que nous voulons répondre de cette attitude. Nous ne connaissons pas cette « histoire » qu’on veut nous donner comme Juge suprême. Peut-être est-il plus facile de répondre du meurtre de Delangue devant « l’histoire », plutôt que devant Dieu ?

(…) Un mois plus tard éclataient les sanglants événements de mai (1955). Des crimes furent commis. Le sang coula. L’Upc prétend se justifier devant « l’histoire ». Nous, chrétiens, nous voulons pouvoir condamner tous les crimes, quels qu’ils soient, policiers ou autres, qu’ils soient le fait de la France, de la Chine, de la Russie ou de l’Upc, notre juge ce n’est pas « l’histoire », c’est Dieu.

(…) Vous portez la responsabilité de ce meurtre de Delangue et de ses compagnons, commis dans votre village natal par des hommes que vous avez rendus fanatiques, que vous avez mis hors de sens. Vous n’étiez d’ailleurs pas loin ce jour-là : vous avez été aperçu à Mom, à bord de votre voiture-radio, la veille.

(…) Vous avez lancé vos bandes dans cette région. Elles ont rançonné la population, elles ont embrigadé par la violence le plus d’hommes possible. Ceux qui ont osé résister ont eu leur case brûlée, leurs biens volés, certains ont été sauvagement tués. Parce que votre parti perdait la face, vous avez jeté ces lamentables troupes dans une aventure insensée qui se soldera par des milliers de morts : ces hommes que vous avez trompés, fonçant avec des coupecoupes sur les fusils mitrailleurs, cet enfant de 14 ans, perdant ses intestins à l’hôpital d’Edéa et qui répète dans son agonie : « les camarades nous disaient : les balles ne peuvent pas nous toucher ».

Voilà votre maquis et votre rébellion : 30 « officiers » plus ou moins formés dans des écoles soviétiques, un millier de « durs », trois à cinq mille homme embrigadés de force et ensorcelés. En fait d’armes : leurs coupecoupes et leurs lances, un fusil de chasse pour 50, et quelques mitraillettes. Leur premier acte : massacrer avec la plus brutale sauvagerie le Docteur Delangue, natif de leur région de la Sanaga-Maritime, homme de grande qualité professionnelle et humaine, patriote ardent, universellement estimé.

Leurs sabotages ont consisté à couper des fils téléphoniques, à dévisser des boulons de rails, à abattre des arbres, à détruire très mal quelques minuscules ponts de bois. Le sabotage manqué du pont d’Ekié a montré qu’ils ne savent pas se servir de la dynamite. Leurs camps sont en forêt, ils sortent la nuit pour faire la razzia des villages, brûler les cases des récalcitrants, entraîner de la main-d’œuvre pour ce nouveau genre de travail forcé.

La maîtresse du camp, c’est la tortue bassa autour de laquelle ils ressuscitent les vieux rites païens : incantations, serments, manigances pour obtenir l’invulnérabilité aux balles, hymnes guerriers, hystérie collective. Il y a des rébellions qui forcent le respect, pas la vôtre. Nous avions cru en vous, M. Um Nyobè, vous aviez éveillé dans nos cœurs un grand espoir : celui de bâtir enfin un pays nouveau, libre et prospère. Notre déception est aujourd’hui la plus amère et la plus cruelle : ce n’est pas la paix et le bonheur que vous avez apporté à notre pays, mais seulement la haine et la peur, avec leur cortège de meurtres, de ruines et de deuils »(L’effort camerounais, semaine du 6 au 12 janvier 1957)

Qui était le Dr Delangue ? Portait par le Dr Assigui Tchoungui

«… Le Docteur Delangue qui a déjà fait plusieurs postes : Douala (dispensaire hôpital Laquintinie), Batouri (Médecin-chef), Eséka (Médecin de subdivision)… puis, après son congé : Yabassi (Médecin-chef) et tout récemment, Edéa (Médecin-chef), le Docteur Delangue est le mieux côté de tous les Médecins-Docteurs africains. J’ai été à Eséka en Juin-Septembre 1956 pour « médecine itinérante ». Là, j’ai reconnu que le Docteur Delangue est d’une valeur professionnelle exceptionnelle. Les Européens ont fait une pétition afin qu’il soit maintenu à Eséka. Les Africains, de la brousse au centre, en passant par la léproserie, en ont fait autant. Tout le monde l’estime. Tout le monde l’apprécie. Travailleur infatigable, avec lui le personnel soignant ne chôme pas dans son hôpital. Et, pourtant, ce personnel ne boude pas. Il estime son chef et est estimé en retour de lui. Voilà un médecin qui a su, par son entregent et aussi compétence, gagner la confiance de tous. Il fait honneur à la profession…(L’effort camerounais, semaine du 6 au 12 janvier 1957.)

Enoh Meyomesse

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