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Cameroun > La radio: Instrument de structuration de l’opinion publique

Le 13 février de chaque année, est célébrée la journée mondiale de la radio.

Par panorama papers
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Par Serge Aimé Bikoi

Durant les années antérieures, ce medium évoluait en solitaire surtout dans un contexte de monolithisme médiatique. Aujourd’hui, en dépit de l’impact prescriptif et massif de la presse et de la télévision et, a fortiori, des médias sociaux, lesquels régulent la diffusion de l’information-spectacle, des radios urbaines ont contribué, depuis des décennies au Cameroun, à structurer l’opinion publique et le débat politique.

Le phénomène de la structuration et du contrôle de l’opinion publique au Cameroun permet aux Hommes de médias en général de se faire une introspection face à la dynamique de construction du débat républicain. Les scribes du medium radiophonique sont, en effet, invités à se remettre sur la sellette eu égard à l’emprise, voire à la main-mise des techno médias, dont les réseaux sociaux sont l’invariant de conditionnement. La toute-puissance imparable et indéniable des mass médias, inspirée du Sociologue français de la communication Francis Balles, a connu son époque dans l’antériorité, entraînant, par corollaire, le déterminisme médiatique des publics. La radio, medium chaud par essence qui plus est est le plus affectionné et le plus suivi, était le régulateur de l’opinion publique, voire du débat public dès le début des années 90. Période marquée par l’avènement de la démocratisation et de la libéralisation de la vie politique. A cette période-là, c’est l’antenne du poste national de la Crtv qui détermine le contrôle de l’opinion publique à l’aune du programme interactif quotidien dénommé “Lignes ouvertes”, “Hot line” étant la traduction angliciste. Hugues François Onana et Peter Essoka, deux co-présentateurs à l’antenne, sont les “gate keepers” chargés de filtrer et de modeler la communication médiatisée éminemment interactive. A temps et à contretemps, ces deux journalistes managent et tempèrent les élans, les relents et les ardeurs impénitents et impertinents des auditeurs enclins à faire des critiques acerbes au regard de l’incurie et des scories des autorités de la Respublika. “Lignes ouvertes”, cette principale émission interactive”, qui avait, dans le circuit télévisuel, pour rival “Antenne libre” sur la Crtv-télé, dont le présentateur était Albert Mbida, avait colonisé l’espace public dans l’après-midi entre 16 et 17h au grand bonheur de l’auditoire friand et grand consommateur des débats chauds.

C’est près d’une décennie après que les premières radios à capitaux privés investissent l’agora et occupent, fièrement contre vents et marées, le kaléidoscope médiatique local. Radio tiemeni siantou, antérieurement appelée Radio télévision siantou, sort des fonts baptismaux le 9 avril 1999 avec comme tête de proue, chef de chaîne de la station J. Remy Ngono, aujourd’hui consultant de quelques médias français. Dans cette chaîne de radio privée, alors émergente, naissent des figures juvéniles qui conditionnent, sur ces entrefaites, l’opinion publique à travers des émissions de débat public traitant des faits pluriels d’actualité. “Zappresse”, “Grand forum”, “Sport on the hertz”, “Policam”, “A vous l’antenne”, “Droit pour tous”, “Parlons femmes” et “Sapientia” constituent un échantillon de programmes interactifs fort prisés du grand public de la cité capitale. Albert Le Doux Yondjeu, Benjamin Fouda Effa, Ghislain Pierre Essono, Paulin Mballa, Bouba Ngomena, Agnès Sinfo, Eric Boniface Tchouakeu, Eugène Messina, Calvin Blaise Ntonga, Armand Mouko sont, entre autres, des pièces maîtresses animant ces programmes sur l’antenne de la chaîne sur la scène.

Progressivement, d’autres radios urbaines se sont implantées, structurant, elles aussi à leur manière, les joutes républicaines. “Radio Venus”, pilotée par la figure emblématique Lucien Mamba, de regrettée mémoire, avait alors imposé, tous les samedis entre 15 et 18h, le “Point chaud”, une émission de débat sur les faits de l’actualité de la semaine écoulée. “Magic Fm”, dont le promoteur est Grégoire Mbida Ndjana, contribue, elle aussi, à l’éclosion du débat public à la faveur de la diffusion des programmes phares, à l’instar de “Magic attitude”, “Thermo presse”, “Température”, “Électorat”, “Format foot” et “Magic week-end sport”. Emmanuel Atangana, Jean-Vincent Djenda Mondon, David Atemkeng, Joly Koum, Jules Elobo, Alain Amassoka, Roger Kiyek de Kiki, Jean-Patient Tsala, Serge Edzou, Guy Roger Obama, Patrice Kamdem Djouguela sont, entre autres, des acteurs ayant contribué, au fil des années, chacun à son tour, à meubler ces cadres d’échanges depuis près de deux décennies. Ces débats publics quotidiens et du week-end, dans les chaînes Fm commerciales, ont tellement tenu en haleine l’auditoire que de nouvelles autres radios urbaines nées quelques années plus tard ont catalogué le même “type idéal” des émissions interactives. Le dessein étant la conquête des auditeurs de la capitale métropolitaine.

Aujourd’hui, avec l’ancrage des techno médias et, singulièrement, celui des réseaux sociaux dans la vie ambiante des catégories de consommateurs, les radios à capitaux publics et privés n’ont plus l’apanage des auditeurs. Hyper connectés sur la toile, les férus et mordus du cyberespace sont devenus des acteurs, mieux des activistes maîtres diffuseurs de l’information-spectacle. Rumeurs, faits divers, ragots, scandales, images choquantes et désobligeantes, propos discourtois et outrageants, fake news, etc alimentent et structurent, au quotidien, l’actualité courante de l’info-spectacle dans une société-spectacle. Cette régulation contemporaine du champ techno médiatique incline les Historiens du présent des mass médias à faire, en permanence, une “auto critique épistémologique” (remise en cause personnelle) dans le dessein de redevenir les maîtres de Céans susceptibles de contrôler et d’imposer les enjeux de la veille démocratique.

Serge Aimé Bikoi, journaliste et Sociologue du développement.

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