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Politique - 2 semaines ago

Cameroun > Le «Covidgate »: Un sujet tabou au parlement

Les députés et sénateurs renouent avec leurs hémicycles respectifs au Palais des Congrès de Yaoundé le 08 juin 2021 pour le compte de la session ordinaire du parlement du moins de juin.

La constitution camerounaise du 18 janvier 1996 prévoit en effet que les membres de l’Assemblée Nationale et du Sénat se réunissent aux mêmes dates en session ordinaire trois fois au cours d’une année : en mars, juin et novembre.
Généralement sur les trois sessions ordinaires, seule celle de juin n’a aucun point de son agenda connu d’avance.

On sait par exemple que les élections des membres des Bureaux permanents de l’Assemblée Nationale et du Sénat figurent au menu de la session de mars; et l’examen puis l’adoption de la loi de finances de l’exercice suivant, constitue l’un des grands moments du rendez-vous parlementaire du mois de novembre.
S’agissant de la session du mois de juin, les députés et sénateurs sont essentiellement dans l’attente de pouvoir examiner les projets de lois qui leur sont envoyés par l’exécutif.

Dans la pratique au Cameroun en effet, la quasi-totalité des textes législatifs sont d’origine gouvernementale justement parce que d’après les dispositions de la loi fondamentale, c’est au Gouvernement de fixer l’ordre du jour du parlement.
Il faut noter que la séance plénière consacrée par l’Assemblée Nationale aux « députés » juniors organisée depuis une vingtaine d’années à l’occasion de la commémoration de la journée de l’enfant africain le 16 juin, relève de l’informel.
La session parlementaire qui s’ouvre ce 08 juin 2021 intervient cependant dans un contexte où l’opinion est focalisée notamment sur les enquêtes administratives et judiciaires consacrées au « covidgate.»

Car selon les premiers éléments publiquement disponibles, des détournements massifs des fonds publics, suivant plusieurs procédés, ont été opérés dans le cadre de la gestion de l’enveloppe des 180 milliards affectés à la lutte contre la pandémie du Covid 19 et ses répercutions économiques et sociales au Cameroun.
Dans leur mission de contrôle de l’action gouvernementale, les députés et les sénateurs peuvent aussi légalement mettre sur pied des commissions d’enquêtes parlementaires pour se faire leur propre opinion sur ce scandale. Ensuite, ils peuvent légiférer afin de prévenir de nouveaux dérapages.

On voit mal cependant comment ils pourraient agir ainsi après n’avoir pas permis par exemple au niveau de l’Assemblée Nationale, au député de l’opposition Jean Michel Nitcheu de questionner le Ministre de la Santé publique, Manouda Malachie, sur des faits présumés de détournements des deniers publics ,de corruption et de népotisme dans l’attribution de certains contrats publics en lien avec la gestion des fonds alloués à la lutte contre le Covid 19 à son département ministériel.

Il ne faut par conséquent pas s’attendre à ce que les Ministres soient questionnés par les parlementaires sur l’affaire du «covidgate » dans les phases des questions orales ou écrites des parlementaires aux membres du Gouvernement.

Éric Boniface Tchoukeu, Journaliste éditorialiste. Chef de Chaîne Radio Siantou. Conseiller Editorial et founding father panorama papers

D’abord parce que les rapports de force politiques au sein des deux Chambres sont en faveur du pouvoir qui les contrôle à plus de deux tiers (2/3) à travers le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc), principal parti politique de la majorité.

Ensuite, certains parlementaires sont soupçonnés d’avoir de manière directe ou indirecte, bénéficié illicitement de l’argent public dédié à la lutte contre le Coronavirus.
In finé, au regard de la manière de fonctionner du parlement au Cameroun, le « covidgate » risque être pour l’Assemblée Nationale et le Sénat, un sujet tabou comme la crise anglophone qui secoue le pays depuis plus de quatre (04) ans et qui n’a jamais fait l’objet de débats dans ces institutions ,en dépit de ses importants dégâts humains et matériels.

Eric Boniface Tchouakeu

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