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Politique - 30 septembre 2021

Cameroun > Le Rdpc après Paul Biya: Entre prediction d’un crépuscule fatal et survie

Les opérations actuelles de renouvellement des organes de base au sein du Rdpc, donnent lieu à de préoccupants spectacles de vives passions et de violences à la fois extrêmes et extraordinaires.

Bâtiments publics incendiés , routes barrées avec incidence sur l’économie du fait de l’arrêt forcé du trafic des personnes et des biens dans ces zones ,saccage des édifices publics , menaces à l’armes à feu contre les adversaires , bagarres entre camps opposés pour le même intérêt , documentation électorale déchirée par certains perdants , résultats effacés de force , vives querelles , urnes bourrées , l’activité n’a pas en tout cas encore fini de révéler ses images les plus insolites , les déqqsolantes et les plus grotesques . Et alors que le processus s’acheve, les silences du Secrétariat Général du parti comme celui du ministre de l’Administration Territoriale (l’équivalent du ministère de l’intérieur ) face à ces graves dérives ne cessent d’étonner l’opinion . Aucune conférence de presse ni communiqué de mise en garde et /ou de rappel à l’ordre de l’un comme de l’autre . Aveu tacite de complicité avec certaines de ces inadmissibles pratiques ? Géométrie variable delibérée dans la dénonciation des faits , ou recherche de l’adage approprié à adresser aux concernés par un MINAT fortement inspiré par des allégories teintées d’humour ?

Si au sein du parti au pouvoir , on force le trait sur le caractère marginal des dérapages afin d’en minorer et d’en banaliser la gravité , en prenant appui sur le fort ancrage national du parti ainsi que sur la puissance de leur appareil , les concurrents de l’opposition ont vite fait d’en revendiquer la dissolution pour terrorisme , ou de lui prédire une mort et donc une disparition rapides une fois Paul Biya , son actuel président national retiré .
Mais les choses sont-elles aussi simples ?

Certainement pas.
Dans la mesure où il n’est pas exclu que ce soit un membre de ce parti qui continue à diriger le Cameroun même après le départ de Paul Biya. La question étant de savoir avec quel positionnement: celui de la continuité ou celui de la rupture ? L’opposition se devant dans ce cas d’envisager des stratégies constructives pour l’empêcher avec minutie et efficacité.

Certainement pas davantage parce qu’on a rarement vu ces dernières années , en Afrique comme ailleurs , un parti au pouvoir avec une forte envergure et une forte implantation territoriale disparaître systématiquement avec le départ de son leader , malgré l’intensité et l’ampleur des querelles internes liées à la succession .De la Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) à l’Angola (MPLA) en passant par le Sénégal (PS et PDS )et le Zimbabwe (ZANU), les exemples dans ce sens abondent. Ni le parti socialiste ni le Républicains en France n’ont disparu du fait de leur nouvelle posture d’opposants. Le RPR a certes perdu sa dénomination pour devenir l’UMP puis les Républicains , mais l’esprit est resté le même au point de survivre. Si le RDPC venait à changer de dénomination par souci d’amélioration de l’image ,est ce pour autant que son esprit et ses pratiques disparaîtraient ?

Certainement pas aussi parce que la majorité parlementaire détenue est un important levier d’influence et de pression dans le jeu démocratique du vote pour ou contre les lois. Un RDPC majoritaire au parlement ,même dans l’opposition est une terrible menace pour ceux qui gouvernent.

Il y a certes la vérité des moyens de l’État à son service , et qui une fois perdus , priveraient le parti et donc l’handicaperaient d’une importante partie de ses facilités . Mais il lui restera tout de même une assez bonne quantité de sa ressource humaine , de son élite et de ses cadres notamment , auxquels il faudra opposer un contrepoids conséquent.

L’absence du militantisme de conviction de sa base fortement dépendante de ses cadres et de ses élites , et incapable comme c’est le cas par exemple à l’UPC , d’acquérir de ses propres moyens les cartes du parti , de contribuer aux cotisations et de prendre elle-même en charge son transport lors des déplacements est elle aussi un de ses sérieux talons d’Achille . Lui restera-t-elle alors fidèle si le pouvoir basculait dans un autre camp ? Le questionnement de la motivation des adhésions devient par conséquent nécessaire pour distinguer l’engagement aux idées et idéaux du parti du calcul alimentaire , et pour en établir les proportions.

D’un autre côté , l’inconnue d’un dauphin politique à la forte personnalité capable de porter et de conduire l’appareil vers un objectif solide et durable de conservation du pouvoir , de fonctionnement et d’animation de celui-ci afin de conserver son ancrage territorial , brouille l’horizon .

Les voix dissonantes de l’intérieur de plus en plus nombreuses , critiquant et dénonçant le bilan catastrophique de leurs quatre décennies de gouvernance des affaires de l’État constituent elles aussi une assez embarrassante situation.

Le basculement dans l’opposition comme les guerres de succession pour le pouvoir ne sauraient par conséquent aucunement constituer de façon péremptoire et absolue , une garantie certaine de la disparition d’une organisation politique . Ils peuvent néanmoins servir d’éléments catalyseurs de sa fragilisation et de son affaiblissement progressifs , mais les proportions dans ce sens et la durée à propos restent deux déterminants conditionnés par les contingences .

En politique en tout cas , la mort ou la disparition d’un puissant concurrent ne se proclame pas par décret .Elle se travaille méthodiquement pour l’y entraîner . Et ni aisé ni simple dans ce sens , ce défi à relever n’est non plus insurmontable.

Serge Gauthier Onanena

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