Accueil EnquêtesAfrique Cameroun | Le refus de la double nationalité: Une grosse hypocrisie nationale

Cameroun | Le refus de la double nationalité: Une grosse hypocrisie nationale

Pendant que la loi retire la nationalité à tout acquéreur ou titulaire volontaire d’une autre citoyenneté, ils sont nombreux, les dirigeants bien connus du pays possédant des passeports étrangers.

Par panorama papers
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Par Félix C. Ebolé Bola

La récente question orale de Djeumeni Benilde, député du Front social démocratique (SDF) au ministre des Relations extérieures (Minrex), Lejeune Mbella Mbella, a réactivé la sempiternelle polémique autour du refus de la double nationalité au Cameroun.
A la séance plénière du 28 juin en effet, l’élu du Moungo-sud (Littoral) a souhaité comprendre pourquoi la double nationalité «est à tête chercheuse» dans le pays.
Il a ainsi pris l’exemple de Prince Ndedi Eyango, il y a quelques années violemment écarté de la course pour le poste de président du conseil d’administration de la Société camerounaise de l’art musical (Socam) parce que titulaire d’une double nationalité. Ou de l’homme politique Hervé Emmanuel Nkom, possédant un passeport français et sorti des listes du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, au pouvoir) alors qu’il voulait devenir député.

«Mais, dans ce même pays, a constaté le député de l’opposition, on se précipite à nommer des sénateurs ou des ministres malgré leur double nationalité. J’ai les preuves que certaines hautes personnalités de ce pays ont la double nationalité. Pourquoi donc cette application à tête chercheuse de la double nationalité ?»

Réponse plus que gênée de Lejeune Mbella Mbella :

«Ce n’est pas moi qui nomme X ou Y. Quelle que soit l’autorité qui nomme, je pense que ces personnalités jouissent de ce qu’on appelle en droit “le droit de préemption”. Ce n’est donc pas au ministre des Relations extérieures d’aller expliquer pourquoi Hervé Nkom et Ndedi Eyango sont écartés à cause de leur double nationalité, et les ministres qui ont le même statut ne le sont pas.»

Depuis des années, des milliers de Camerounais de la diaspora demandent que soit supprimé l’article 31 (a) de la loi du 11 juin 1968 portant code de la nationalité. Un dispositif indiquant que

«perd la nationalité camerounaise le Camerounais majeur qui acquiert ou conserve volontairement une nationalité étrangère».

La question fut soulevée, en août 2010, lors d’un forum économique et commercial de cette diaspora organisé par le ministère du Commerce (Mincommerce). A l’occasion, les Camerounais de l’étranger avaient mentionné, dans leur communication, que l’une des entraves majeures à leurs investissements au pays était le vote de la diaspora, interdit du fait du verrou de la double nationalité.

Le sujet fut de nouveau sur la table du premier Forum de la diaspora (Fodias) organisé en fin juin 2017 par le gouvernement, et au cours duquel on proposa alors la création d’un secrétariat d’Etat chargé de la Diaspora, une communauté estimée entre 4 et 5 millions de personnes, seulement au Nigeria et en Amérique du nord.
Lors de ces assises, plusieurs participants dont Ernest Simo, chercheur à la National Aeronautics and Space Administration (Nasa) américaine, avaient clairement laissé entendre que la double nationalité ne pouvait que profiter au pays d’origine.
Au terme du Grand dialogue national (GDN), organisé du 30 septembre au 4 octobre 2019 à Yaoundé, il fut clairement suggéré l’adoption du principe de la représentation de ladite diaspora aux niveaux parlementaire et gouvernemental.

C’est dire si une réforme du Code de la nationalité, en faveur de la reconnaissance de la double nationalité, s’avère urgente au Cameroun, un pays où la nationalité demeure exclusive, l’inverse étant considéré comme une situation d’illégalité, voire d’illégitimité et qui crée de fortes restrictions et frustrations au moment de la jouissance de certains droits.
Et, pendant que des charretées de concitoyens sont ainsi discriminées, c’est-à-dire tenues hors des pôles de décision des affaires de leur pays d’origine, d’autres, plutôt bien connus, trônent à la tête d’importantes institutions locales et n’ont jamais été inquiétés.

Réputé Français et marié à une citoyenne française, Henri Hogbe Nlend a bien été ministre de la Recherche scientifique au Cameroun. Comme lui, l’actuelle ministre de l’Urbanisme, Célestine Ketcha Courtès, possède notoirement la nationalité française. En charge des études, contrats et gestion du pétrole camerounais, l’administrateur-directeur général de la Société nationale des hydrocarbures, Adolphe Moudiki, participe, depuis Yaoundé et sans s’en cacher, à toutes les élections organisées en Hexagone. Et la liste est loin d’être exhaustive.

D’où, sans doute, l’incompréhension de certains face à la dernière sortie de l’association des clubs de football amateur du Cameroun (Acfac) qui, notant que l’actuel président de la Fédération nationale de football (Fecafoot), Samuel Eto’o Fils, est «un expatrié de nationalité espagnole» usurpant sa présente fonction, et qui de ce fait lui demande de rembourser tous les avantages reçus depuis qu’il est en fonction, le 11 décembre 2021, tout comme il doit verser 20 milliards de francs à titre de dommages et intérêts.

La même association, note-t-on, n’a jamais fait cas de la situation similaire du prédécesseur de M. Eto’o, Seidou Mbombo Njoya, bien connu pour être titulaire d’un passeport italien depuis de nombreuses années.
Une autre victime de la discrimination politico-administrative, du fait de la détention d’un passeport étranger, c’est l’ex-gardien de but Joseph Antoine Bell, dont la validation de la candidature à une élection a été refusée par la hiérarchie du Rdpc.

«Ces derniers temps, a-t-il eu à constater, l’exacerbation de la mesquinerie, de l’absence de fair-play, peut-être de la jalousie et puis aussi la polarisation de la vie politique, a pu conduire à cette situation absolument ubuesque.»

CQFD.
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