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Afrique - Médias - 2 semaines ago

Cameroun > Liberté de la presse: Entre exister et journalexiter

Ce lundi 3 mai, la presse mondiale célèbre la grande messe de la liberté. La presse privée au Cameroun pendant ce temps est tiraillée au quotidien entre être ou ne pas être.

C’est la même rangaine que susurrent les journalistes dans différents médias de la presse privée : ” le salaire est aussi rare qu’une comète”, si ce n’est “aussi rare que les larmes d’un chien”. Triste sort d’un beau monde abandonné à son funeste destin d’un côté sous les probables coups de boutoir de l’ordre régnant à la moindre incartade.

Le journaliste critique, exercé à exposer les errements de l’ordre dirigeant, devrait s’arranger d’avoir la cuirasse de protection sans défaut. Est-ce possible au Cameroun ? De l’autre côté, il y a les tenanciers des organes de presse, des sortes d’enclumes aplaties et polies par les incessantes collusions incestueuses avec le pouvoir, pourtant toujours aussi avides que le père Grandet dans Eugénie Grandet d’Honoré de Balzac.

Curieusement et comme par enchantement,  le journaliste et son patron dans l’organe de presse, sont liés à quelques exceptions près, par un même destin plus ou moins funeste. La lutte pour la survie, la rareté du type d’oxygène que doit respirer un journaliste épris de liberté, finissent par vicier les esprits et les âmes des bonnes volontés. Oui, être journaliste dans un organe de presse privé au Cameroun signifie batailler non pas contre les moulins à vent comme Don Quichotte mais pour exister d’abord comme un être humain avec les besoins les plus primaires satisfaits.

C’est un monde paupaurisé, caporaliser à souhait, qui tire parfois ses hypothétiques subsides de la mendicité ou des voies peu orthodoxes. Bien plus, dans ce milieu difficile, une once de toxicité vient de la race des journalistes spontannés qui se donnent cette vocation pour s’introduire dans les rangs. Ceux-là s’illustrent par des comportements et attitudes aux antipodes de la déontologie, leurs dérives attribuées à raison ou à tort à la corporation.

Cette difficulté supplémentaire vampirise au quotidien la détermination affichée de certains professionnels de la plume ou du micro de faire la différence.  Comme on peut le voir et le dire, le journaliste de métier est partagé entre être de son monde et ne pas l’être.  C’est à la vérité une communauté de sans dents, des gueux, et rien n’est péjoratifs ici, comparaison faite avec d’autres corps de métier de même  exigence académique, oblige de l’affirmer.

Le pays devrait le savoir et la Nation devrait s’en émouvoir, au moment où vous vous délectez à lire où à écouter l’un d’eux chaque matin, dites vous bien que son son bailleur peut être à l’instant en train de balancer ses haillons dans la rue pour loyer impayé; il se pourrait que sa famille soit en train d’imploser parce qu’il est dans l’incapacité d’assumer les moindres de ses charges. Triste tableau diriez-vous tout juste ? Eh bien, il s’agit bel et bien d’une volonté de mise à mort de ce noble métier de sentinelle de la société, parfois et même souvent avec les hourrah complices d’une cité des indisciplinés. 

Les propriétaires des organes de presse, en dépit des apparences cousues des fioritures colorées, pédalent dans le couscous. A bien y regarder, très peu sont dans la légalité tant du point de vue fiscal que administratif. Cette situation de précarité tous azimuts face aux pouvoirs publics, rend  ces patrons si vulnérables qu’ils sont devenus aphones et atones. Quitter la profession ou y demeurer? Voici le dilemme au quotidien du monde de la presse dans son segment privé.

Continuer d’être journaliste juste sans un sou par passion et finir comme un ostracisé sur le banc de la société ? Beaucoup de jeunes journalistes au Cameroun, déchantent toujours au contact avec la réalité rugueuse du terrain. Les écoles de formation devraient de ce fait adapter le contenu des enseignements à la réalité pratique sous certains angles pour amortir cette brutalité du choc.

Et là, pour rompre avec ce pessimisme béat que transpire ces mots, il y a lieu de convenir qu’il existe une poignée d’organes privés qui ne se vautrent pas dans l’indigence comme les hippopotames dans la vase. Pour autant, il faut reconnaître qu’ils jouent à la perfection “le chien de garde” du système ambiant au point de détrôner parfois le presse gouvernementale.

Être loup ou être chien? Hélas, ici la préférence est donnée au chien qui a droit aux meilleurs gigots en dépit du collier et de la chaîne. La liberté du loup, qui va les cimes des montagnes et hurle sa famine, vaut-elle quelque chose dans une cité où la pauvreté est plus qu’une chaîne ? Question à deux sous. Journalisme: une niiche à loup?

Léopold DASSI NDJIDJOU

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