LA UNE Médias panorama 5 mai 2020 (0) (270)

Cameroun > Liberté de la presse: “Presse Watchdog » et « presse louve”, où se situer ?

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Deux images : le loup et le chien. Si nous parlons du dilemme du choix entre une presse « chienne » et une autre « louve », les âmes éprises de décence, assoiffées de la quiétude, languissantes de justice et d’éthique, pourraient chagriner du souffle d’un vocabulaire débridé, tatillon ou vulgaire, calqué de manière bancale sur un contexte camerounais inapproprié qui lui résiste farouchement. Pourtant ce lexique aussi infâmant soir-il, nous l’avons volontiers emprunté à Jean de la Fontaine, dans Les Fables. Deux animaux de la même nature, l’un domestiqué et l’autre emporté par la folie de sa liberté. Entre une presse libre, affamée et une presse aux ordres, peu ou prou à l’abri des besoins primaires, quelle est l’option ?

Watchdog media

La presse « chien de garde » de son maître est au service du pouvoir ou de l’establishment et ne saurait que très rarement s’en défaire. Quelqu’un l’a si bien traduit ces derniers temps par le concept de « tam-tam de Paul Biya », en parlant de la Crtv. Mais, il y a d’autres maîtres en deçà qui naissent dans les cercles du pouvoir, tenaillés par une soif inextinguible de dominer ou d’appétence de soumettre. C’est précisément, de cette presse watchdog au second degré qui est sur la sellette. Dans la 5ème fable du 1er livre de La Fontaine, le Loup s’étonne de remarquer que Le Chien porte des marques au cou. Ce dernier lui répond que c’est peu de chose avant de lui expliquer : « Le collier dont je suis attaché, de ce que vous voyez est peut-être la cause ». « Attaché ?dit le Loup. Vous ne courez donc pas où vous voulez ? ». « Pas toujours mais qu’importe ? lui lance le Chien ». Cette presse qui mange des miettes qui tombent de la table de certains caciques, a pignon sur rue dans le landerneau médiatique camerounais.

Certains détracteurs de cette partie de la presse, confusément baptisée, « les francs tireurs », cèdent leurs colonnes aux plus offrants pour des pugilats les plus inimaginables entre certains gros bonnets du système en mal d’animosités. Au moment où le Covid-19 frappe aveuglément tout sur son passage, on se rend compte que tout le monde est fatalement logé à la même enceinte. Fragilisé à jamais, au bord de la banqueroute. Les appuis d’hier, les protecteurs des autres mois, les années de vaches grasses, voici que Coronavirus les a tous frappés de malédiction, de dégénérescence. Le maléfique virus fait décidément des siennes ! Plus rien, plus personne n’est plus ce qu’elle était autrefois. La presse qui vivotait sous la bannière des grandissimes personnalités, découvre aux heures les plus chaudes et des plus inattendues de la journée, qu’il faille revisiter, déconstruire ses stratégies s’il faille aller plus loin.

La presse « Loup », pauvre diable

C’est la presse libre sur la ligne et les bords dont on ne sait pas toujours de quel côté la saisir. Évidemment La Fontaine explicite mieux la situation de cette presse. Dans la même Fable précitée, c’est le Chien qui la met à nu. « Quittez les bois, vous ferez bien. Vos pareils y sont misérables. Cancres, haires et pauvres diables, dont la condition est de mourir de faim. » Les qualificatifs sont évocateurs : misérables, cancres, haires, pauvres diables. Pourtant cette situation difficile, de précarité, la rend curieusement plus hardie encore. « Il importe si bien, que de tous vos repas, je ne veux en aucune sorte, et je ne voudrai s pas même à ce prix un trésor. Cela dit Maître Loup s’enfuit et court encore ». La question préoccupante est de savoir comment elle va opérer en ces temps de vaches maigres de Covid-19 ? Or, de par sa consistance génétique, faite de combats et de refus de s’accommoder à l’ordre établi, toute chose qui lui confère pauvreté et misère, ne peut-on pas envisager qu’elle sera la plus résiliente de toute la presse nationale en cette période particulièrement difficile ? Libre oui. Et le Loup de dire qu’il n’est pas prêt à céder sa liberté d’aller et venir même pour un Trésor. Combien de titres ou parutions compte-t-on dans cette rubrique de la presse jalousement attachée sa jalousie au Cameroun ? C’est de toute évidence une presse qui a un mauvais parfum, très répugnant surtout au goût des hommes politiques. Cette famille de la presse écrite « sauvageonne », en suspendant sa parution d’hier a-t-elle bien conscience que tant qu’elle refusera de porter le collier au cou, tant qu’elle ne s’abstiendra pas d’aller gambader partout, fouinant dans les affaires qui la concernent en rien, la main gauche d’assistance du bienfaiteur dissimulera celle de droite qui tient l’épée ?


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