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Cameroun > Manipulation: Le Mrc à l’épreuve des maladies vénéneuses de la trahison

Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), entré dans la dizaine d’âge, fait déjà face aux maladies très mortelles de la trahison qui emportent le plus souvent le leadership des partis de l’opposition. Ce parti est-il paré pour ? Est-il vacciné de l’expérience de l’Upc, du Sdf ou de l’Undp ?

Par panorama
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Par Léopold DASSI NDJIDJOU

Les partis politiques de l’opposition du Cameroun, ont ceci de commun qu’une fois au peloton de tête pour faire le contrepoids face au pouvoir, ils ont été toujours infailliblement traversés par des schismes ou des divisions. Quelles sont les causes de ce maléfisme politique ? Est-ce la résultante de l’impéritie des leaders partis de l’opposition ou bien une allergie incurable du parti au pouvoir de tolérer une force alternative en face ? A bien observer, les causes sont plurielles et s’enracinent dans les deux camps. Historiquement, c’est connu que le pouvoir camerounais a dû faire des efforts énormes sur lui-même pour accepter le multipartisme et donc la concurrence politique.

Si le champion du Rdpc, Paul Biya, a réussi à convaincre ses lieutenants d’accepter les opposants, à l’épreuve du terrain politque, ce n’est pas chose facile. L’administration ne se fait pas prier dès que l’occasion se présente pour étaler tout son zèle amer contre les « fauteurs de troubles », entendez l’opposition. Même au sommet de l’Etat, le président de la République ne montre pas un grand enthousiasme de les recevoir pour montrer aux Camerounais que loin d’être un problème, les opposants sont un maillon incontournable pour l’affirmation de la vitalité démocratique, et par ricochet du développement social.

Ainsi, après l’élection présidentielle contestée de 1992 par le Sdf et Ni John Fru Ndi, ce n’est qu’en décembre 2010, soit 18 ans après que les deux hommes se sont officiellement rencontrés. Pourquoi une telle défiance ou méfiance ? Difficile de répondre de manière tranchée. On sait tout juste que le numéro un Camerounais a des propos va-en-guerre à l’endroit de son opposition, bellicistes et dépréciatifs, à volonté. « Qui sont-ils… ? », « Me voici donc à Douala », « les apprentis sorciers », « petit parti politique », sont par exemple au menu de la phraséologie présidentielle. L’opinion s’émeut encore de la bastonnade en coupe réglée administrée vigoureusement aux leaders de l’opposition à Douala dans les années nonante pour calmer leurs ardeurs contestataires.

Toujours dans ce clivage, cette distance entretenue entre l’opposition et le pouvoir, il y a qu’en dépit de toutes les sollicitations du Mrc pour « solder le passif de l’élection présidentielle de 2018 », le pouvoir a répliqué par des propos méprisants. « Le président de la République n’est pas l’alter égo de Maurice Kamto », lançait le Porte-parole du gouvernement pour signifier qu’il est impossible que les deux hommes se mettent autour de la même table pour parler politique. Pour finir avec ce tableau, les militants du Mrc ont récemment écopé de lourdes peines de prison, allant jusqu’à 7 ans pour avoir manifesté en marchant pour certains, d’autres pas, le 22 septembre 2020. C’est dire combien il ne fait pas beau d’être opposant au Cameroun car aucun statut ne lui est reconnu.

L’autre cause qui peut causer des déflagrations au sein des partis de l’opposition viendrait des manœuvres du pouvoir ou du parti pour tasser toute opposition, pour « écrabouiller » tout parti qui se veut fort et tient tête. C’est connu, l’Upc est passée par ce chemin, émiettée en plusieurs branches, plusieurs factions irréconciliables, le parti historique du Cameroun n’a pas encore fini de se désagréger. Cela continue tant et si bien qu’aux dernières élections municipales et législatives, les listes du parti ont été invalidées dans le fief congru du Nyong et Kelle pour double candidature. Du venez-voir ! Après l’Upc, le Sdf est passé à la case de dépeçage. Ne pouvant plus tenir avec les trahisons et les contestations pour affaiblir le parti, John Fru Ndi se mit à couper à chaque occasion les têtes des dissidents selon le fameux article 8 alinéa 2 des statuts du Sdf.

D’autres partis en sont nés, et ne nous intéressent pas ici. Après le Sdf, l’Undp de Bello Bouba en a eu pour son compte : Divisé. Depuis 2018 où Maurice Kamto et le Mrc, arrivés officiellement en 2ème position ont entrepris de contester les résultats de l’élection présidentielle, l’équation de la division ouverte n’a pas toujours visiblement fonctionné. Ce qui s’est passé à Bafoussam le 3 août dernier entre de toute évidence en droite ligne dans la stratégie de désagrégation des adversaires tenaces du Rdpc. Echec ou parti remise ? Le temps le dira.

Le temps de vaches maigres des militants de qualité

Le défi majeur de chaque opposant camerounais, une fois qu’il tient ou croit tenir les manettes de l’embarcation de l’opposition face aux hautes vagues du pouvoir, est la rareté d’un personnel qualifié, paré pour. C’est pourquoi, tous les diplômés, intellectuels et pseudos, sont irrémédiablement cooptés par le pouvoir dans ce qu’on appelle trivialement la mangeoire.

On fait la politique, confessent les adeptes de cette vision, pour chercher son pain quotidien, pour « fala le gnama », selon le musicien. Dans cette logique, la partie devient plus aisée pour le pouvoir. Dans les rangs de l’opposition, il ne lui reste plus qu’à bien observer pour desceller les déçus pour lancer efficacement la traque comme le font les lions à la chasse. Ils se tiennent en embuscade pour coincer les plus faibles du troupeau. Et c’est ainsi que cela marche. Sans conviction idéologique, sans foi véritable aux idéaux du parti, il va de soi que les militants vont accorder de l’attention à tout son de sirène.

Le travail d’éducation politique abattu par le regretté Adamou Ndam Njoya dans la circonscription du Noun, devrait être un modèle pour les partis de l’opposition au Cameroun. Le Rdpc ne mord pas la poussière de gaîté de cœur ou faute d’avoir manœuvré. Mais la foi en l’Udc par les militants triomphe toujours de toutes les ruses. C’est un travail de longue haleine, un travail d’école. Il y a bien entendu, à côté de tout ceci, les clivages communautaires ou ethniques créés qui nuisent sérieusement à la volonté des Camerounais de se battre aujourd’hui pour une cause commune.

A un certain moment, alors que la mayonnaise du dynamisme pour faire la différence est enclenchée, le tocsin du repli identitaire résonne et prend le dessus sur le chorus vers la cause nationale. C’est dans ce sillage que Le Messager, suite aux évènements de Bafoussam donne la parole à deux militants du Mrc, pour livrer leur point de vue sur la situation. De toute évidence, les lieutenants de Maurice Kamto minimisent le coup.

Réactions :

Justin Noah, Sga du Mrc

« C’est désormais la tolérance zéro contre toute indiscipline »

« Le Comité National de Médiation et d’Arbitrage a produit deux décisions excluant définitivement du Mrc M. Emmanuel Kueka. » et M. Alex Nguepi pour des fautes extrêmement graves. Les décisions ont été prises suite à des procédures contradictoires par lesquels les mis en cause ont pu se défendre. Ces décisions marquent un tournant décisif pour le parti qui entend faire régner la discipline dans ses rangs. C’est désormais la tolérance zéro contre toute indiscipline.

Me Fabien Kengne, communicant Mrc à Douala

« Tout ce qui a été essayé jusqu’à présent a échoué »

Ce qui qui s’est passé à Bafoussam n’est

pas surprenant et le parti politique Mrc auquel j’appartiens doit s’attendre à pire que ça. En réalité le Mrc est le parti qui canalise aujourd’hui le plus les aspirations du peuple camerounais à la démocratie et au bien-être, toutes choses qui ne sont pas du goût du parti-Etat-Rdpc, parti autiste depuis les indépendances, qui n’est pas prêt à accepter la moindre contradiction ou une autre alternative que la sienne. Pour revenir aux évènements de Bafoussam, comment peut-il être possible, pour des supposés amis politiques, qui aspirent à des hauts postes dans le parti, d’ignorer ses textes ?
Ces soi-disant « déchus du Mrc » conduits par Sieur Kueka Emmanuel, qui ne peuvent au demeurant avoir la capacité juridique pour ester en justice, ont saisi cette justice à trois reprises et n’ont même pas été reçus en leur action, pour des simples questions de vice de forme. En effet le Mrc a prévu un mécanisme en son sein pour régler le contentieux qu’ils ont élevé à la suite du rejet de leur liste. Plutôt que de se conformer à ce mécanisme, ils ont choisi de s’adresser à la justice, avec toutes ses maladies que je ne voudrais pas citer ici.
Après leur échec, ces déchus se sont adressés au sous-préfet de l’Arrondissement de Bafoussam 1er qui leur a curieusement et avec célérité délivré une « Autorisation spéciale » qui « autorise le Collectif des candidats abusivement déchus » (un Collectifs qui n’a aucune existence légale) pour les élections internes du Mrc dans la Région de l’Ouest…, à organiser un point de presse, aux fins de remettre en cause le processus électoral conduit par le parti dans cette région. Ce qui est curieux, c’est cette autorisation que l’Administration protectrice et conservatrice du Rdpc n’accorde presque jamais. Ces genres d’agissements de la part de l’administration ne surprennent plus personne. Il s’agit en réalité d’un processus d’Upcisation du Mrc comme cela a été le cas pour l’Upc, l’Undp, le Sdf, l’Udc qui ont été amoindris et confinés dans leurs régions. Mais avec le Mrc ça ne passe pas malgré les méthodes employées. Tout ce qui a été essayé jusqu’à présent a échoué. Je voudrais évoquer les interdictions systématiques de toutes les manifestations du Mrc, pour des motifs aussi farfelus les uns que les autres, l’emprisonnement au faciès des amis politiques du Mrc pour faire croire à l’opinion qu’il s’agit d’un parti tribal, la séquestration ou l’assignation à résidence de fait du leader du Mrc pendant des mois et son interdiction de séjour à Douala, la tentative de décapitation du Mrc par l’emprisonnement de certains ses cadres et leur traduction par devant le Tribunal militaire, pour des infractions comme l’insurrection, la rébellion qui n’ont rien à voir avec une compétition politique, etc…

Propos recueillis par L.D.N.

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