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Politique - 4 semaines ago

Cameroun > Message à la nation: La politique macule le prêche du mendiant de la paix

L’adresse de Paul Biya à la Nation le 31 décembre dernier a montré un chef d’Etat qui va en pèlerinage à la paix dans son pays à travers le dialogue.

Par Léopold DASSI NDJIDJOU

Mais curieusement, se claquemure en matière politique où le malaise est grandissant. Le dernier message de Paul Biya à la Nation est construit autour du paradigme de la paix. Le cheminement pour y arriver étant l’ouverture à l’autre et le dialogue pour vaincre les antagonismes et les conflits de toutes sortes. « En raison de notre attachement à la paix et à la tolérance, nous avons continué à faire preuve d’ouverture et de dialogue pour mettre fin à cette crise dont nos populations n’ont que trop souffert », déclare-t-il par exemple au sujet du conflit en cours dans les deux régions anglophones du pays.

Toujours sur ce conflit, il confie se réjouir de constater que l’offre de paix qu’il a adressée a été suivie par un grand nombre de compatriotes qui avaient rejoint autrefois les groupes armés. Dans cette lutte acharnée contre la barbarie, précise-t-il « je voudrais exhorter le peuple camerounais à intensifier la collaboration avec nos forces de défense et de sécurité, afin de neutraliser les fanatiques de la violence armée et de préserver l’intégrité de notre territoire ».

La collaboration sollicitée ici n’est qu’une forme d’entente, de dialogue. Le prêche pour la paix ne s’arrête pas au niveau des zones en conflit. « Nous devons promouvoir, en toutes circonstances, un dialogue constructif et régulier entre les différentes composantes sociologiques de la République, en vue de leur mobilisation pour l’émergence de notre pays », lance-t-il à tous les Camerounais et plus particulièrement aux tribalistes et haineux qui écument les réseaux sociaux à longueur de journée, créant les clivages de toutes sortes entre les communautés.

« J’en appelle donc à votre responsabilité individuelle et exhorte chacun de vous à promouvoir la culture de la paix », implore le mendiant de la paix auprès de ses compatriotes qui se laissent facilement emporter à tout vent de doctrine de haine et d’opposition. « Nous devons rester un peuple patriote, uni et soudé », soupire-t-il avant de lâcher que « nous devons en tout temps chérir la paix et rechercher la concorde.

Soyons déterminés à agir pour que ces valeurs favorisent le vivre-ensemble auquel aspire profondément notre peuple tout entier. » Dans son enchaînement Paul Biya dit aux Camerounais « de rappeler au monde que nous sommes un peuple uni et indomptable, capable de révéler l’esprit combatif qui nous a, par le passé, permis de remporter de grandes batailles. » Même en matière économique, Paul Biya va jusqu’à prescrire à son gouvernement « de poursuivre les échanges avec le secteur privé, à l’effet d’identifier les mesures supplémentaires susceptibles d’être mises en œuvre. » Une perche est tendue là au patronat qui ce derniers temps se plaignait que le gouvernement ne le consulte pas du tout ni ne l’associe à quelque initiative dans le sens d’améliorer les affaires économiques. La prescription est désormais faite et on attend de voir et les membres du gouvernement associer étroitement le patronat dans les actions au quotidien.
La politique, la racine de toutes les discordes.

Le Message de Paul Biya à la Nation a jeté dans les cordes les leaders des partis de l’opposition pour deux raisons qui sont les plus visibles. En premier lieu, les partis de l’opposition qui ont soumis au gouvernement un projet du Code électoral consensuel ne décolèrent pas. Ils ne comprennent pas comment le président n’a pas évoqué cette demande très importante dans la poursuite sereine des consultations électorales au Cameroun. Elargie à la société civile et aux citoyens qui voulaient bien faire des suggestions, le Document a été soumis au pouvoir. Le porte-parole de cette plateforme, Patricia Tomaïno Ndam Njoya, est vent debout contre cette posture gouvernementale.

« Dans notre pays, on a toujours tendance à penser que le problème vient toujours des autres. Les partis politiques sont régis par l’article 3 de la Constitution. Je pense à tous ces victimes dans les partis de l’opposition. Nous sommes un peu déçus de constater qu’aujourd’hui encore, il n’y a pas de place pour une grande majorité des Camerounais. Nous avons présenté au président de la République, un document important dans le cadre de la réforme du système électoral. Et sans cette réforme dans notre pays, on ne peut pas s’attendre au retour de la paix. Ce qui se passe dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, va prendre fin quand les Camerounais vont se retrouver, quand ils vont se rendre compte que leurs points de vue sont pris en compte. Le discours du chef de l’Etat nous a montré hier que le Cameroun est dirigé par une infime minorité et les préoccupations de la grande majorité ne sont pas prises en compte. Le vœu pour moi en cette année 2022 est que le président de la République comprenne que le danger n’est pas de notre côté. Le danger pour lui, ça peut être à l’intérieur, de là où il ne voit pas. Nous qui sommes dehors, nous qui jugeons de la réalité du terrain, sans gants, sans bottes, et quand nous nous exprimons et que cela et que cela soit balayé d’un revers de la main, est une bombe à retardement. »

La deuxième raison, est axée sur les péripéties du Mrc avec le pouvoir depuis le très médiatisé contentieux postélectoral de la présidentielle de 2018. La sérénité n’est jamais revenue au sein de la classe politique, divisant de ce fait profondément les acteurs et en partant les Camerounais. Depuis lors, on est passé de couacs en couacs, de rebondissements en rebondissements, s’écartant toujours un peu plus de la paix dont Paul Biya demande de tous ses vœux à ses concitoyens en cette année.

Depuis 2018, les Camerounais de tous bords, de toutes les couches sociales s’étripent sur internet, mordus par le venin de la politique qui va avec sa cohorte d’intolérances. On a redécouvert les Camerounais victimes de ce qu’il avait été appelé en 1992, les maladies infantiles de la démocratie. Cette année, alors que tous espéraient que le chef de l’Etat gracierait les militants du Mrc condamnés à des lourdes peines d’emprisonnement, il a tout simplement occulté ce fait, le reléguant dans le chapitre des faits divers. Pourtant on a entendu des voix se lever çà et là-peut-être naïvement?

Pour souhaiter une rencontre entre Paul Biya et Maurice Kamto sans que cela n’ait jamais lieu. On va se souvenir aussi que Maurice Kamto a passé 9 mois en prison avec ses collaborateurs et militants, et qu’à son élargissement le parti au pouvoir espérait qu’il se rangerait et s’abstiendrait peut-être de réclamations politiques ? La suite est connue. Dans les rangs du Rdpc, on insiste sur le fait que le leader du Mrc et les siens doivent demander pardon au Président de la République. De l’autre côté, ce langage semble hermétique aux opposants.

L’année dernière, parlant des marches du 22 septembre 2020, dans son Message à la Nation dans toute sa froideur, Paul Biya confiait la vision qu’il se faisait de Maurice Kamto et les siens. « On doit regretter que quelques-uns de nos compatriotes, regroupés autour d’une personnalité dont les ambitions avaient été déçues lors de la dernière élection présidentielle, aient profité des difficultés sécuritaires et sanitaires pour tenter de susciter une insurrection, faussement appelée « marches pacifiques ». Grâce à la maturité du peuple camerounais, ces marches ont heureusement été peu suivies », annonçait-il avec dépit. C’est donc dire que la perspective d’un dialogue et donc de la paix entre deux partis politiques semble s’éloigner chaque jour un peu plus.

Journaliste Editorialiste, Panorama papers. Chef Service politique et économie.

Au moment où une marche est annoncée à Douala par le Sdf pour le 8 janvier, il est à parier que le pouvoir va réagir avec toute la rudesse possible. Paul Biya attend des Camerounais,

comme dit dans son Message à la Nation, ni plus ni moins que l’union de tous les citoyens, « un peuple indomptable », pour remporter le trophée, « atteindre l’apothéose », le 6 février prochain au stade d’Olembé. Le prédicateur de la paix se retrouve ainsi confronté à la nécessité de montrer à ses concitoyens l’exemple du chemin de la paix véritable, en tendant la main à son opposition.

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