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Afrique - 26 juillet 2021

Cameroun > Mine: Quand la misère plane sur un gisement d’or

Désœuvrées, dépossédées de leurs terres et sevrées des infrastructures sociales de base, les populations de la région de l’Est notamment des villages Kambele III et Ndem II, ploient sous une précarité légendaire.

Bébé attaché au dos, le visage dégoulinant de sueur et tacheté de boue, pelle en main, le corps courbé sous un soleil accablant, c’est dans cette posture et dans cette condition que Tatiana, âgée de 14 ans, remue un amas de terre pour espérer y extraire de l’or afin de vendre pour nourrir sa progéniture.

Nous sommes à Kambele III, village situé à 10 Km de l’arrondissement de Batouri, département de la Kadey. Tous les matins, cette jeune mère se rend sur ce site minier (le Boukarou) pour se livrer à cette activité extrêmement pénible. Ne pouvant pas effectuer de travaux champêtres faute de terre –parce que les chinois ont presque tout pris pour exploiter de l’or-, cette maman d’un enfant de 7 mois, n’a plus que ce dernier ressort pour glaner un peu de sou. Seulement, c’est une activité dont le revenu est très incertain.

Car au bout d’un long moment de fouille, il peut arriver qu’elle ne trouve aucune trace d’or. Comme hier, il est 15h. Depuis le matin qu’elle est rompue à la tâche, elle n’a pas encore trouvé de quoi lui faire sourire. « C’est depuis 07h que je suis ici pour travailler et jusqu’à cette heure, je n’ai pas encore trouvé de l’or et je crains d’achever la journée sans rien », affirme Tatiana, très abattue. Comme elle, Févrine Daou, épouse du chef Bell Adah Bertrand Olivier de Ndem II, village voisin à Kambele III, vit le même supplice au quotidien.

C’est d’ailleurs dans un état d’extrême fatigue, allongée sur une natte en plein air, sous l’ombre rafraîchissant que procure le feuillage des arbres qui sont autour de sa maison, écoutant une musique douce qui accompagne des moments de sieste à l’aide de son téléphone, que nous la trouvons.

Une position qui laisse bien imaginer l’ampleur et l’ardeur du travail qu’elle a abattu bien avant. Juste à côté d’elle, se trouve une machine à écraser, un tamis, une sorte de puisard appelé « piscine » pour le lavage du gravier, des bassines et des seaux d’eau ; le nécessaire pour l’accomplissement de sa tâche. Une tâche pas du tout facile. C’est même avec beaucoup de peine qu’elle répond à nos questions.

« On peut laver un banco de gravier même pendant une journée. Parce que quand mon mari et ses employés finissent de creuser le gravier, ils m’apportent ça ici à la maison. Je concasse à l’aide d’une massette, je sèche, ensuite j’écrase à la machine, je tamise le sable dans la piscine avant d’y extraire de l’or quand j’ai la chance »,

explique-t-elle.

Avant d’arriver à son niveau, un travail beaucoup plus pénible est effectué en amont. C’est au site minier Avindi, que tout se passe. Armés de pelles pour d’aucuns, de pioches pour certains et de seaux pour d’autres, et en majorité torses nus pour éviter la chaleur, les pieds enfouis dans la terre, seuls les hommes, dont l’âge oscillent entre 22 et 35 ans, y travaillent régulièrement. Mais en temps de vacances, il y a aussi des enfants qui s’y rendent pour mettre à profit leurs congés.

« Le travail est assez pénible parce qu’on creuse les trous avec nos mains et pour atteindre le gravier la base est trop petite », déplore Sa majesté Bell Adah Bertrand Olivier, propriétaire du site minier non sans préciser qu’ils ne sont même plus soutenus par le Cadre d’appui et de promotion de l’artisanat minier (Capam) comme par le passé.

Lacs de boue

Bien plus, ceux qui exercent cette activité s’exposent à d’énormes risques et l’orpaillage a un impact fort sur l’environnement et sur la santé des populations. En plus, l’activité ne contribue pas efficacement au développement de la zone. Pour obtenir le précieux sésame, d’aucuns le font souvent au péril de leur vie.

« Il y a eu deux corps qui se sont noyés le 18 mai et on a retrouvé les corps ; le 30, on a enlevé 4 corps qui étaient sous la terre. Tous ces drames se passent dans la nuit et quand il y a éboulement dans la nuit, on ne connaît pas. Le matin on nous dit seulement qu’on a évacué les victimes à l’hôpital »,

révèle majesté Baba Bell, chef de Kambele III.

En plus de ces morts dans les mines, il y a l’environnement qui prend un sérieux coup. Comme la forêt et de nombreux cours d’eau qui ont disparu dans ces villages, cédant la place à des lacs de boue ; boue issue des sites miniers exploités par les chinois.

« Du fait de l’exploitation minière au village Ndem II, plus précisément au chantier Bwètè, en lavant leur gravier, les chinois déversent la terre qui obstrue le cours d’eau Mvile et les activités de pêche qui s’y menaient ne sont plus possible. Ce cours d’eau servait aussi à la consommation parce qu’il y a certaines sources qui étaient aménagées grâce à ce cours d’eau mais ils ont été complètement inondés par la boue et souillés par le mercure par ces sociétés quand ils lavent le gravier. Il y a également les bêtes qui s’y abreuvaient. Le cours d’eau permettait aussi aux populations de faire la lessive, la vaisselle et même se baigner »,

déplore Junior Mandouke, point focal de l’Ong Forêt et développement rural (Foder) à Batouri.

Au chef Baba Bell de poursuivre

« voilà la forêt équatoriale qui passe jusqu’à Mouloundou. Mais les chinois ont tout dévasté c’est maintenant comme un lac de boue. Quand ils vont partir et vont nous laisser, quelle sera la suite ? Parce qu’on ne peut plus pratiquer ni l’agriculture, ni l’élevage, ni la pisciculture, ni même la chasse ».

Rostand TCHAMI

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