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Société - 4 semaines ago

Cameroun > Nécologie: La génération des aînés sociaux qui s’éclipse

Ces derniers mois, le Cameroun a perdu bien de figures de la scène publique appartenant à la génération des aînés sociaux, voire à la génération des gérontocrates.

Après le cardinal honoraire Christian Tumi, dont les rituels funéraires se sont déroulés les 19 et 20 avril 2021, d’autres personnalités publiques sont passées de vie à trépas, en l’occurrence Gervais Mendo Ze, Martin Ariside Okouda, Chief Victor Mukete, Michel Tjade Eone, Germaine Ahidjo, etc. Que les personnalités du 3ème et du 4ème âge décèdent sans discontinuer témoigne de la disparition progressive des anciens qui, de façon naturelle, cède le plancher à la génération des cadets sociaux.

La vieille garde s’éclipse progressivement. Qu’on le veuille ou non, la transition générationnelle est en train de s’opérer de manière naturelle au sein de l’espace public. Il ne se passe pas des jours sans que l’on annonce les décès de telle personnalité ou de telle autre personnalité. La curiosité qui entoure cette actualité mortifère, ces derniers mois, est liée au fait que les cas de décès concernent, de plus en plus, les personnes du 3ème et du 4ème âge? Bien de figures de la scène publique, dont l’âge varie en 60 et 90 ans, tirent leur révérence sans crier gare. Dans un passé relativement proche, des célèbres hommes d’affaires ont quitté l’agora.

Victor Fotso, André Sohaing, Kadji Defosso et Jean Samuel Noutchogouin, tous des octogénaires, sont des opérateurs économiques ayant marqué d’une empreinte singulière le champ économique camerounais à la faveur d’énormes investissements visibles dans des villes camerounaises. A aussi fait le voyage funéraire pour l’éternité Pascal Monkam, promoteur international dans le domaine hôtelier ayant fait ses preuves ici et ailleurs. Des universitaires appartenant à la catégorie des personnes âgées ont, eux aussi, disparu de la scène publique nationale. Fabien Eboussi Boulaga, Marcien Towa, Jean-Marc Ela, Jean Mfoulou, Fabien Kangue Ewane, Michel Tjade Eone, Maurice Tsalefack, Lazare Kaptue, Gervais Mendo Ze, etc.

Des pontes de la République s’effacent aussi de la scène sociale. Qu’il s’agisse de certains membres du gouvernement ou d’anciens ministres de la République, la pieuvre de la mort n’épargne personne et continue d’étendre ses tentacules dans la longue série noire. Sadou Hayatou, ancien Premier ministre; Alim Hayatou, ancien Secrétaire d’Etat au ministère de la Santé publique en charge des épidémies et des pandémies; Adoum Gargoum, ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures chargé de la coopération avec le monde islamique sont quelques exemples des gestionnaires des strapontins décisionnels disparus ces derniers temps. 

Au regard de la disparition des figures appartenant à la génération des aînés sociaux, quelques leçons méritent d’être tirées au triple plan politique, générationnel et culturel. Au plan politique, la nécessité du renouvellement de la classe politique se pose avec acuité autant dans le parti dominant qu’est le parti au pouvoir que dans les entités politiques de l’opposition camerounaise, où l’on observe les pratiques de pérennisation des leaders à la tête des partis. Il est impérieux, pour les aînés sociaux, de savoir travailler au rajeunissement des microcosmes sociaux, en identifiant des figures juvéniles susceptibles de les remplacer valablement autant à la tête des structures qu’à l’intérieur. Il n’est donc pas idoine de voir un fossile gestionnaire d’une position de pouvoir et d’autorité passer l’arme à gauche enclencher, sur le tard, la réflexion sur les potentielles personnalités capables de les remplacer. C’est le moment d’y penser opportunément.

Au plan générationnel, il est clair que la transition entre la vieille garde et les jeunesses du pouvoir s’opère, d’ores et déjà, de manière naturelle. La disparition des gérontocrates, dans plusieurs strates de la vie socio-économique et politique, impose une réflexion globale sur les mécanismes de mutation systémique. Puisque les gérontocrates s’éclipsent, c’est le moment, pour la génération des cadets sociaux, de s’armer d’instruments cognitifs et intellectuels nécessaires pour affronter les passerelles décisionnelles jadis gérées par leurs aînés.

Ces jeunes doivent savoir, au regard des pesanteurs existantes, que le pouvoir ne se donne pas, mais il s’arrache, le champ socioprofessionnel étant, par excellence, un champ de lutte non pas physique, mais symbolique.

Au plan culturel, il est impératif de faire émerger une nouvelle culture de développement, un nouvel éthos de productivité et un nouvel habitus d’engagement, de célérité, de rentabilité, d’efficacité et de fiabilité.

Histoire de s’éloigner, voire de se départir des carcans de la paresse, de l’oisiveté, de l’inertie, de la mal gouvernance, de la concussion, de la prédation et de la corruption. L’avènement d’une nouvelle culture des jeunes travailleurs invétérés et patentés doit s’accompagner des mentalités de développement enclines à l’investissement, à l’entreprenariat et à l’empowerment à la dimension des anciens entrepreneurs économiques que nous avions connus, et dont les noms ont été mentionnés supra.

Serge Aimé Bikoi

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