Accueil PolitiqueAfrique Cameroun > Nécrologie: Un baobab du champ politique camerounais tire sa révérence.

Cameroun > Nécrologie: Un baobab du champ politique camerounais tire sa révérence.

Le sénateur Dakole Daïssala est mort. L'ancien ministre des Postes et Télécommunications (Minpostel) est décédé, très tôt, en matinée au Centre hospitalier universitaire (Chu) des suites de maladie. Immédiatement, sa dépouille a été conduite à la morgue de l'hôpital général de Yaoundé. Toupouri d'origine, Dakole Daïssala est un ancien haut commis de l'État ayant, à la fois, servi les régimes Ahidjo et Biya.

Par panorama
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Par Serge Aimé Bikoi

Né le 15 avril 1943 à Goundaye dans le département du Mayo-Kani, Dakole Daïssala est devenu le 1er sous-préfet de Ngaoundéré en 1967. Par la suite, le sphinx de Goundaye a été Directeur adjoint de l’administration générale au ministère des Finances (Minfi) de 1969 à 1970 et Directeur des transports de 1970 à 1973. L’élite de la communauté toupouri avait servi en tant que Directeur général adjoint de la Société de transports urbains du Cameroun (Sotuc) de 1973 à 1975, puis en tant que Directeur général de la même société de transports de 1975 jusqu’à 1984. Année qui marque alors l’enclenchement de ses turbulences avec le sérail. Dakole Daïssala avait été arrêté à la suite de l’échec de la tentative de coup d’État contre le président de la République le 6 avril 1984. Issa Tchiroma Bakary, Marcel Niat Njifendji, etc étaient ses co-détenus. Après avoir passé sept ans en prison sans jamais être jugé, ni même être inculpé, il avait été libéré en 1991 lors des années de braise.. Il avait écrit un ouvrage sur son expérience en milieu carcéral dénommée :”Libre derrière barreaux”. Le pénitencier lui taille un costume de martyr qu’il rentabilise lorsqu’il fonde sa formation politique, le Mouvement pour la démocratie et la défense de la République (Mdr). Le président national du Mdr dévient, très tôt, l’un des fils adulés de son Mayo-Kani natal et d’une bonne partie du Mayo-Danay, singulièrement en zone toupouri, où l’on ne jure que par cet homme à la voix éraillée. Une anecdote, dans le septentrion, fait état de ce que même des responsables des organes de base du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) choisissent, dans le secret de l’isoloir, le bulletin du Mdr parce que, disent certaines sources informatives, “Les Toupouri les arrêtent”.

Sans surprise, D. Daissala tient sa revanche sur l’histoire à la faveur des Législatives de mars 1992. Le Mdr, avec ses six députés, va venir à la rescousse du parti au pouvoir en quête d’une majorité absolue pour gouverner. Au terme de cette alliance gouvernementale, la figure de proue du Mdr s’en tire à bon compte. La preuve D. Daissala bénéficie d’une promotion au gouvernement en tant que ministre des Postes et Télécommunications (Minpostel) le 9 avril 1992. Quatre autres cadres du Mdr reçoivent, dans la foulée, des strapontins dans ce kaléidoscope gouvernemental. Mais comme tous les mariages par intérêt, chaque partenaire conjugal regarde de son côté à la moindre occasion. 1997: le couple ne se supporte plus. Dakole bat campagne contre Paul Biya. Le divorce est consommé. Après plus de cinq années en tant que ministre des Postes et Télécommunications, Daissala avait été exclu du gouvernement du 7 décembre 1997. Le désormais ancien Minpostel, dépouillé dans sa base électorale, ne sauve que son propre siège de député qu’il perd, d’ailleurs, une législature plus tard lors du double scrutin législatif et municipal du 30 juin 2002.

En mai 1998, Daissala se voit refuser le droit de quitter le pays et son passeport lui avait été retiré. Il décrit cela comme une violation des droits de l’homme, ainsi que quatre autres formations politiques de l’opposition, en l’occurrence le Social democratic front(Sdf). Le Mdr avait co-signé la déclaration du 23 novembre 2000 appelant à la création d’une commission électorale indépendante. Le 13 janvier 2001, D. Daissala et bien d’autres leaders de parti avaient participé à une manifestation non-autorisée à Yaoundé. Cette manifestation publique avait été dispersée par les forces de maintien de l’ordre et Daissala, avec les autres dirigeants du parti, avaient été détenus durant cinq heures de temps. A la suite des Législatives de juin 2002, le président national du Mdr et quatre autres hommes politiques du Nord avaient publié une déclaration en juillet 2002, dans laquelle ils alleguaient la fraude électorale et annonçaient la formation d’un “front des résistances”. Il rejoint, par la suite, d’autres figures de la scène politique du septentrion pour la signature, en septembre 2002, d’un mémorandum du grand Nord dénonçant le gouvernement, la marginalisation et la négligence du grand Nord, et en souhaitant que plus d’attention soit accordée à la lutte contre les problèmes sociaux de cette partie du pays.

Le pouvoir de Yaoundé, qui prend la mesure de l’ampleur du problème, contre-attaque, tout en prenant langue avec les mémorandistes. Comme le dit la ritournelle populaire “un vieux mariage ne finit jamais pour toujours”. D. Daissala participe, de nouveau, aux élections législatives de juillet 2007. Le Mdr échoue à gagner l’un des sièges de la chambre basse du parlement camerounais et perd dans la circonscription électorale du Mayo-Kani avec 48,67% des voix contre 51,33% pour la liste du Rdpc. Bien que le leader national du Mdr ait déclaré qu’il était prêt à rester dans le gouvernement malgré sa défaite électorale, il y avait été exclu le 7 septembre 2007.

Sa position officielle relative à l’accident de Kenya Airways Vol 507 à Douala en mai 2007 et sa non-présence sur le site du crash avait été battue en brèche. En mai 2013, le Président de la République avait nommé le président national du Mdr à la chambre haute du parlement camerounais. Il avait été l’un des trente sénateurs à recevoir leurs sièges par nomination suite au décret présidentiel. Il sera, d’ailleurs, reconduit en 2018. D’après des sources familiales, c’est ce matin(mardi, 9 août 2022) que ce baobab de la scène politique camerounaise devait être évacué à l’étranger pour subir des soins. Malheureusement, cet homme politique a rendu l’âme aux premières heures de la matinée au Centre hospitalier universitaire (Chu) de Yaoundé. Le sénateur Mdr du Mayo-Kani décède à l’âge de 79 ans.

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