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Afrique - Afrique - Info continue - Trajectoire - 21 décembre 2021

Cameroun > Nécrologie: Une légende de la musique casse sa guitare

Nkodo Sitony est mort, cet après-midi, au Centre des urgences de Yaoundé (Cury) des suites de maladie.

C’est dans les années 80 que Nkodo Sitony, alors connu sous le nom de Tony Franc, fait ses débuts dans la musique. A son retour de l’aventure musicale du Nigeria, il se met à travailler aux côtés de Albert Broeuk’s, technicien à l’époque. Cette collaboration, sous forme de parrainage, portera des fruits lorsqu’en 1986, le tout premier album de Nkodo Sitony voit le jour. C’est plus tard en 1988 que le public finit par accepter et adopter l’album, grâce auquel il va décrocher le titre de chanteur de l’année. Deux moments forts, durant sa trajectoire, nous permettent, aujourd’hui, de célébrer celui qu’il est convenu d’appeler la figure de proue de la tolérance patriotique.

En 1991, alors que le Cameroun vit les soubresauts des années de braise marquées par les villes mortes, qui sévissaient, le pays divisé, fortement ethnicisé et la haine tribale à son comble, les capitales politique et économique, à cette époque, sont contrôlées par les groupes d’autodéfense du Chef Obili Manda Fils et par ceux de Cap Liberté de Djeukam Tchameni et Anicet Ekane. Nkodo Sitony, téméraire comme ses ancêtres Beti be Nnanga, seigneurs de la forêt, se lèvera et décidera de participer à un concert public hostile aux musiciens Bikutsi au stade de la Réunification à Douala. Les artistes du Makossa accusaient alors la chaîne de télévision nationale de favoriser le Bikutsi. Histoire de tuer le Makossa. A cette occasion, en dépit de quelques tentatives d’actes de violence de radicaux, la foule venue nombreuse à ce giga concert, qui avait vu la participation de Ben Decca et bien d’autres sommités du Makossa et du Manganbeu, avaient salué cet acte patriotique ce jour-là. Sitony avait alors rétabli un pont entre les extrémistes de Yaoundé et ceux de Douala.

Près de trois décennies après, un autre phénomène similaire avait été observé, cette fois-là, du côté de l’hexagone. Le 1er février 2020, l’artiste Nkodo Sitony avait décidé de prester au meeting de Maurice Kamto à la place de la république à Paris. Pour avoir chanté auprès du leader national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun(Mrc), le monument du Bikutsi avait été lynché sur les réseaux sociaux. Ses laudateurs, généralement de sa communauté ethnique, l’accusaient de trahison. Le chanteur à succès avait été attaqué par des haineux et grincheux. Or l’esthète de la musique camerounaise avait, tout simplement, exprimé, par sa présence, ce que les Camerounais veulent et attendent: l’avènement d’un pays uni, rassemblé, sans scission et sans ethnocentrisme. Une fois encore, c’était la figure de la tolérance patriotique qui était montée sur scène pour scander les valeurs cardinales de la solidarité, de l’affectivité, de la sociabilité, de l’unité, de l’intégration et de la paix. Or, des activistes intolérants voyaient en lui un artiste ayant scénarisé un acte de traîtrise. En prestant au cours de ce meeting de Paris, ce mythique artiste avait alors porté l’estocade, une espèce de coup fatal aux extrémistes de tous bords politiques.

Mort à l’âge de 62 ans, Nkodo Sitony est une étoile qui a su moderniser le Bikutsi et continuera d’adoucir les mœurs des populations locales avec des chansons qui ne laissent quiconque indifférent tant elles n’ont guère subi l’usure du temps. « Essingang ya Africa », « Metilwa », « Ngoan Ezoum », « Eh a nyamvoe », « Au village », « Castors d’Afrique », « Va ma dzou dzam », etc sont, entre autres, sonorités qui feront toujours vibrer les mélomanes d’ici et d’ailleurs. C’est, d’ailleurs, la preuve que l’artiste ne meurt jamais.

Serge Aimé Bikoi

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